Antigone : celle qui choisit de dire non. Parcours de personnage en seconde professionnelle

"Antigone recouvrant le corps de Polynice", de Marie Stillman (1844 –1927)

« Antigone et Ismène enterrant Polynice », de Marie Stillman, 1873

Les enjeux d’Antigone
à travers les siècles
et son actualité dans les programmes

de seconde professionnelle

« Depuis le Ve siècle avant Jésus-Christ, la sensibilité occidentale a vécu les moments cruciaux de son histoire et de son identité en référence à la légende d’Antigone et à sa prolongation artistique et spéculative. »

Cette affirmation de George Steiner, qui a recensé plus de deux cents versions d’Antigone, marque à quel point le personnage et son mythe structurent en profondeur la pensée occidentale. Devenu depuis le XIXe siècle le « dénominateur commun conceptuel » de notre lecture à la fois de la psychologie collective, de la structure sociale et des codes symboliques, le mythe d’Antigone focalise tout particulièrement notre « économie de l’imaginaire ».

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« La Tête haute », d’Emmanuelle Bercot, ou le parcours chaotique d’un jeune délinquant

"La Tête haute", d’Emmanuelle BercotComédienne, scénariste et réalisatrice, Emmanuelle Bercot s’offre le luxe de figurer sur deux affiches de films en compétition au Festival de Cannes 2015. Elle joue aux côtés de Vincent Cassel le premier rôle dans Mon roi de son amie Maïwenn et présente sa deuxième réalisation, La Tête haute.

Grande admiratrice de Catherine Deneuve, elle en avait fait en 2013 la vedette de son premier film, Elle s’en va. La comédienne y incarnait une femme de 60 ans en perte de repères qui quitte sa famille et découvre la liberté en compagnie de son petit-fils, Nemo Schiffman, le propre fils de la cinéaste.

Le rapport tendre mais conflictuel entre cette femme et le garçon est la ligne directrice de ce road-movie qui a été une révélation pour la critique.

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Pouvoir politique et liberté d’expression : Spinoza à la rescousse

Spinoza, par Franz Wulfhagen (1664)

Spinoza, par Franz Wulfhagen (1664)

Ces malheureuses circonstances provoquent de toutes parts des remarques qui s’inscrivent sur le fond de problèmes constituant encore des défis pour la bonne intelligence des conditions du « vivre ensemble ».

On entend partout l’hurlante invocation de nos droits fondamentaux, ceux de la liberté de penser et de s’exprimer, face au fanatisme intolérant qui, à travers eux, s’en prend à l’ordre public.

« La guerre est déclarée », déclament même certains.

Comment toutefois ne pas être frappé par ce à quoi nous avons assisté ces derniers jours : un duel entre, d’un côté, la république (littéralement, la res publica, la chose publique) et, de l’autre, une minorité infime incarnée dans quelques individus ? Duel incompréhensible s’il en est, compte tenu de l’incommensurabilité des forces en opposition.

Mais duel incompréhensible seulement si nous le pensons en termes de « guerre », comme certains responsables politiques l’ont fait expressément.

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Kaspar Hauser, enfant de brouillard

"L'Énigme de Kaspar Hauser", de Werner HerzogLa diffusion d’une copie numérique restaurée de L’Énigme de Kaspar Hauser (Jeder für sich und Gott gegen alle), de Werner Herzog, réalisé en 1974, est l’occasion de revenir sur une œuvre majeure qui nous interroge encore.

Un adolescent est trouvé le 26 mai 1828, hagard et épuisé, sur la place de Nuremberg. Une lettre à la main, écrite en gothique par une personne anonyme qui l’aurait élevé, n’indique même pas son nom.

« N’ayant aucune idée de la parole », comme l’écrit Werner Herzog au début de son film, les seuls mots qu’il savait prononcer « cavalier veux comme mon père » enflammèrent les théories sur son origine aussi bien que les suspicions.

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« En France », de Florence Aubenas

"En France", de Florence AubenasAvec pas mal d’humour – élégance du désespoir –, Florence Aubenas, dans son avant-propos suggère que son métier de journaliste-reporter ne consiste pas à « faire les chiens écrasés » mais à traquer les « humains écrasés ».

Elle nous en avait donné un aperçu en 2010 avec Le Quai de Ouistreham, récit d’une plongée dans le quotidien des travailleurs sans qualification.

Avec En France, elle prolonge l’expérience en proposant une série de courts textes centrés sur les laissés pour compte de la réussite, les obscurs représentants de la « France d’en bas » dont les portraits « finissent par dessiner, en pointillé, un territoire, ou plutôt un pays ».

Ce pays, le sien, le nôtre, est censé être connu alors que « c’est dans ce paysage familier que commence le mystère ».

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« Le Triangle d’hiver », de Julia Deck

"Le Triangle d'hiver", de Julia Deck

Thé ou café

Quel est le point commun entre la constellation formée par Sirius, Bételgeuse et Procyon, la Bérénice de Jean Racine, et le trajet SNCF entre Le Havre et Saint-Nazaire via Paris ?

Tous trois forment un triangle que l’on qualifiera d’équilatéral dans le cas du triangle d’hiver, le plus brillant dans le ciel de décembre.

On dira de même pour le trio que forme l’Inspecteur, Mademoiselle et Blandine Lenoir, les trois personnages du Triangle d’hiver, nouveau roman de Julia Deck.

 

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« Chant furieux », de Philippe Bordas : chanter le héros

"Chant furieux", de Philippe BordasDans Chant furieux, la musique et l’idée d’extrémité propre à la furie, dans l’étymologie sont mêlées.

Ce titre, celui du premier roman de Philippe Bordas, photographe et déjà auteur de Forcenés, livre autour du vélo, chante des héros d’aujourd’hui, les « zoniers », et l’un d’entre eux, entré en pleine lumière, Zidane.

L’aède se nomme Mémos, il est né dans la banlieue nord de Paris, comme le footballeur dans le quartier de la Castellane à Marseille. Le roman raconte les cent jours qui séparent l’ultime match d’  » El Zid » au Real Madrid et la finale de la Coupe du monde à Berlin.

Ce soir-là, Zidane qui a conduit son équipe au sommet, risque le geste le plus difficile pour marquer un penalty et réussit avec une parfaite désinvolture cette « panenka ». Il sort sur un carton rouge après un geste rageur qui marquera cette soirée : on se rappelle plus ce coup de boule que la victoire italienne. Zidane aura vécu jusqu’à l’extrême ce dernier moment.

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« Guy Debord. La société du spectacle et son héritage punk », d’Andrew Hussey

Andrew Hussey, "Guy Debord. "La Société du spectacle" et son héritage punk", éditions Globe, 2014Le titre simple, Guy Debord, pointe la méthode d’Andrew Hussey : ne jamais s’écarter de son personnage central, faire en sorte qu’il reste un personnage humain, un homme avec son programme fixe et ses contradictions, mais aussi un label, Debord, dont on pourrait même ignorer le prénom.

Debord est une marque que l’on évoque comme un univers mais aussi une menace, quelque chose comme Fantômas, Fu Manchu, le super méchant d’une société du spectacle qui la fascine et qu’elle utilise tandis qu’il décide de la fuir. Mais c’est aussi un point fixe à partir duquel le regard critique porté sur la société ne cille jamais. Son biographe peut en dérouler le fil, en démêler l’écheveau sans donner l’impression de se heurter à des difficultés insurmontables et la limpidité n’est pas la moindre des qualités de cet ouvrage, initialement paru en anglais sous le titre The Game of War: The Life and Death of Guy Debord. Lire la suite