Entretien avec Aharon Appelfeld à propos de son premier livre pour la jeunesse, « Adam et Thomas », par Valérie Zenatti

Aharon Appelfeld © Patrice Normand

Aharon Appelfeld © Patrice Normand

De son enfance qui lui a fait connaître le pire et le meilleur, Aharon Appelfeld a tiré à ce jour plus de quarante romans traduits en trente-cinq langues.

Régulièrement cité comme « nobélisable », encensé par l’écrivain américain Philip Roth, il a reçu de nombreux prix prestigieux dont le prix d’Israël, le prix Nelly Sachs (Allemagne) et le prix Médicis étranger pour son livre autobiographique Histoire d’une vie (Éditions de l’Olivier/ »Point », Seuil).

Depuis 2004, il a acquis en France une notoriété et un public extrêmement fidèle qui le suit de livre en livre. Souvent comparé à Kafka, qu’il tient pour l’un de ses maîtres, il distille dans ses romans faussement réalistes le sentiment que les êtres et les situations dans lesquelles la vie les plonge, demeurent des énigmes difficilement déchiffrables.

Adam et Thomas est son premier livre pour la jeunesse. Il est paru en Israël au printemps 2013, enthousiasmant la critique et les lecteurs.Tous y ont reconnu la voix si particulière de l’écrivain, simple et profonde. Le livre est d’ores et déjà au programme dans les écoles et les collèges, mais de nombreux lecteurs adultes l’ont également suivi dans cet élargissement de son œuvre à la littérature de jeunesse. La situation initiale du livre (deux enfants redoublant d’ingéniosité pour survivre dans la forêt pendant la Seconde Guerre mondiale) est bien sûr directement inspirée de sa propre expérience, et les lecteurs sont profondément sensibles à cette dimension autobiographique.

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« La Voleuse de livres » (« The Book Thief »), de Brian Percival

"La Voleuse de livres" ("The Book Thief"), de Brian PercivalLa Voleuse de livres est d’abord un best-seller « pour jeunes adultes » de Markus Zusak, publié en 2005 en Australie et en mars 2007 en France aux éditions OH !, dans une traduction de Marie-France Girod.

Le film britannique de Brian Percival en est l’adaptation.

Il reprend le dispositif romanesque d’un récit omniscient, fait par une narratrice qui n’est autre que la Mort elle-même, du destin de la petite Liesel Meminger, fille de communistes, accueillie en 1938 par une famille allemande pour échapper à la police.

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« Le Dernier des injustes », de Claude Lanzmann

"Le Dernier des injustes", de Claude LanzmannLe film de Claude Lanzmann Le Dernier des injustes concerne Benjamin Murmelstein – ainsi surnommé par lui-même d’après le titre du roman d’André Schwarz-Bart, publié en juillet 1959 aux éditions du Seuil et Prix Goncourt –, placé par les nazis à la tête du conseil juif du camp de Theresienstadt pour exécuter leur plan d’extermination.

Le cinéaste l’avait longuement interviewé à Rome, en 1975, au début du tournage de Shoah, mais n’avait pas utilisé les rushes, qui avaient été confiés aux archives du Musée de l’Holocauste à Washington.

Quarante ans après le tournage initial de Shoah (1975) et trente ans après sa sortie (1985), après avoir montré l’évasion de Yehuda Lerner dans Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures (2001), après être revenu sur l’indifférence des Alliés, et en particulier de Roosevelt, dans Le Rapport Karski (2010), Lanzmann affronte, dans le Dernier des Injustes, la question si controversée de la collaboration. Et ce nouvel épisode revêt une importance toute particulière d’abord par sa remise en question historique, puis par le travail de mise en forme réalisé sur les documents existants.

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« Sonnenschein », de Daša Drndić : dans la spirale de l’Histoire

Sonnenschein-Dasa-DrndicHaya Tedeschi est une vieille femme. Elle attend.

À ses pieds, une immense corbeille rouge remplie de photos, de coupures de presse, de documents divers. Son attente, au début du roman, est « notre attente ».

Et, au fil des cinq cents pages de Sonnenschein, « roman documentaire » qu’on lit sans s’arrêter, notre impatience grandit.

Qu’est devenu Antonio Tedeschi, ce fils qu’elle a eu de Kurt Franz en 1944 ? Continuer la lecture

« Hannah Arendt », de Margarethe von Trotta

hannah-arendtRenonçant à une biographie exhaustive de la philosophe juive allemande Hannah Arendt (1906-1975), Margarethe von Trotta a choisi de se concentrer sur les quatre années tumultueuses pendant lesquelles elle a croisé Adolf Eichmann et sur les conséquences historiques et émotionnelles de cette expérience.

Évitant la linéarité d’un récit classique, la cinéaste reconstitue sa vie au moyen d’artifices narratifs astucieux : de brefs flash-backs sur la liaison avec Heidegger, avec qui Arendt est restée en contact malgré l’adhésion de son maître au parti nazi ; les cours qui lui permettent d’exposer sa pensée ; les conversations avec son mari et ses amis, où elle évoque ses souvenirs – en particulier son évasion du camp français de Gurs, dans lequel se trouvaient un nombre important de Juifs allemands qui avaient fui le régime nazi.

La construction du scénario, le sérieux de la reconstitution historique et l’intérêt du sujet en font une œuvre à voir absolument, le portrait magistral d’un être indépendant, confronté à des choix drastiques comme celui de l’exil, et dont l’histoire rejoint un thème récurrent des films de la cinéaste : montrer comment une personne réagit face à des événements historiques et sociaux sur lesquels elle n’a aucune prise.

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« In Darkness » (« Sous la ville »), d’Agnieszka Holland

Fille de deux journalistes, un père juif et une mère catholique, Agnieszka Holland est née en 1948 à Varsovie, après que ses grands-parents paternels aient été tués dans le ghetto et que sa mère ait participé à l’insurrection de 1944.

En raison de l’antisémitisme et du machisme qui règnent dans le cinéma polonais, elle s’inscrit à l’école de cinéma de Prague.

Mais son véritable apprentissage, elle le fait comme assistante de Krzysztof Zanussi et Andrzej Wajda, et découvre ainsi l’intérêt de traiter les problèmes politiques et moraux sous un régime autoritaire.. Continuer la lecture

Art Spiegelman, « Metamaus »

En 1992, Maus était consacré par le Prix Pulitzer. L’œuvre à laquelle Art Spiegelman a longtemps travaillé recevait la distinction américaine pour les plus grandes œuvres, comme celles de William Faulkner, Saul Bellow ou Toni Morrison.

Le dessinateur revient aujourd’hui sur cette bande dessinée exceptionnelle avec Metamaus, réflexion qu’il souhaite définitive.

Metamaus rassemble tous les documents concernant la bande dessinée que l’on a lue en France en 1987 puis 1992…

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« Welcome in Vienna », trilogie de Georg Stefan Troller et Axel Corti

Georg Stefan Troller, journaliste vedette de la télévision allemande, habitait depuis longtemps en France, d’où il présentait un « Journal parisien » très populaire.

Ses spectateurs le prenaient pour un Français et lui se faisait passer pour Alsacien.

L’écriture de Dieu ne croit plus en nous, le premier film de la trilogie Welcome in Vienna, réalisée par Axel Corti au début des années 80, l’a fait replonger dans son passé de juif autrichien.

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