Au sommaire de « l’École des lettres », 2, 2015-2016

1_4_couverture_2-2015-2016_couv.1_4L’École des lettres poursuit dans son numéro 2, d’octobre-novembre 2015, l’exploration de la création contem-poraine, et présente des œuvres marquantes accessibles aux élèves – bande dessinée, romans, films – qui permettent, notamment, une réflexion distanciée sur les grands thèmes de société qui font la une des médias.

L’accent est également mis sur la redécouverte d’un classique, Frankenstein, de Mary Shelley, dont une nouvelle adaptation cinématographique sera prochainement dans les salles.

2016 constituera le deuxième temps fort des commémorations de la Première Guerre mondiale : l’École des lettres s’associera dans une prochaine livraison à ces manifestations, qui mobilisent de nombreux établissements, en présentant des analyses d’œuvres qui évoquent cette période.

La langue française évolue, mais quels usages suivre, et comment l’enseigner ? Quatre essais pour faire le point sur le sujet, sans omettre, au-delà de l’école, la question de l’alphabétisation en entreprise et la situation de ces « gens qu’on voit mais qu’on ne regarde pas »…

Comment prendre en charge sa première classe ? De quelle manière concevoir une progression annuelle ? Ces questions sont abordées avec, en toile de fond, une réflexion sur la réforme du collège applicable en 2016 – sur laquelle vos avis sont bien sûr très attendus.

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« Les Héritiers », de Marie-Castille Mention-Schaar

"Les Héritiers", de Marie-Castille Mention-SchaarPorté à bout de bras par une grande comédienne, Ariane Ascaride, Les Héritiers, de Marie-Castille Mention-Schaar est un beau sinon un grand film. Son titre même est un acte de foi dans la transmission des valeurs dans l’École de la République, malgré toutes les différences culturelles, religieuses et sociales.

Le film commence pourtant bien mal dans ce lycée Léon-Blum de Créteil, où une jeune fille vient récupérer son attestation de réussite au bac. La conseillère d’éducation et le proviseur lui refusent l’entrée dans l’établissement parce qu’elle porte un foulard.

Ils appliquent le règlement certes, mais cette scène emblématique illustre la limite du dialogue autour de deux principes tout aussi forts l’un que l’autre : la liberté d’expression et le principe de laïcité.

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« L’Oubli », de Frederika Amalia Finkelstein : mémoire mécanique

Frederika Amalia Finkelstein, "L'Oubli"

C’est un roman qui dérange, qui trouble. Ce qui est une bonne chose. Il est le fait d’une jeune femme qui ne peut savoir du XXe siècle et de son horreur profonde que ce que les ultimes survivants peuvent en raconter.

C’est donc le roman d’une transition vers l’absence de témoins, vers l’oubli, l’enfouissement ou la négation. La parole tend à disparaître, ou à n’exister plus que dans les témoignages filmés ou enregistrés. C’est avec cette réalité, contre elle aussi, que Frederika Amalia Finkelstein écrit son premier roman.

La narratrice a entre vingt et vingt cinq ans, un nom proche de celui de l’auteur qui a aussi cet âge. Alma traverse Paris pendant une nuit, et cherche à oublier, en marchant : « Je le dis sans honte : je veux oublier, anéantir cette infâme Shoah dans ma mémoire et l’extraire comme une tumeur de mon cerveau. » Il suffit pourtant qu’elle annonce ce programme dans l’incipit pour que tout s’enclenche et que chacune de ses pensées s’associe à cet événement.

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Enseigner le génocide des Tutsi au Rwanda, du collège à l’université

Enseigner le génocide des Tutsis au Rwanda

Le génocide des Tutsi au Rwanda de 1994, dont on vient de commémorer les vingt ans, est l’occasion de s’interroger sur ses représentations et son enseignement, en France notamment.

Les programmes d’histoire récents (classes préparatoires de CAP – BOÉN numéro 8 du 25 février 2010) font une place explicite à l’événement et à la démarche comparatiste qui permet de rendre compte des caractéristiques propres à une politique génocidaire dans une perspective citoyenne. Ils ouvrent ainsi la possibilité d’étudier en parallèle les génocides des Arméniens, des Juifs et des Tutsi, en soulignant leurs points communs mais aussi leurs différences.

Le programme de la classe de terminale du baccalauréat professionnel (BOÉN numéro 2 du 19 février 2009) mentionne explicitement le Rwanda dans le cadre du cours « Le monde depuis le tournant des années 1990 » : « On insiste sur les crises qui marquent le début de cette nouvelles période : génocides en Afrique et en Europe – Rwanda, Srebrenica. »

Mais qu’en est-il de la réalité de cet enseignement dans les classes françaises, y compris dans d’autres disciplines que l’histoire ? En philosophie, et bien sûr en français, où la réflexion sur le monde des valeurs est au cœur des programmes du collège et du lycée par la lecture des textes ainsi que par l’analyse du discours (notamment du discours argumentatif de la troisième à la première).

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18 septembre. Rencontre avec Valérie Zenatti au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme

"Jacob, Jacob", de Valérie ZenattiUne rencontre avec Valérie Zenatti est organisée jeudi 18 septembre à 19h 30 au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, à Paris, à l’occasion de la parution de son roman Jacob, Jacob (L’Olivier, 2014).

« Je n’avais jamais mis les pieds en Algérie jusqu’à ce que l’écriture m’y mène. Ce pays était pour moi un pays englouti. Parmi tous les visages en noir et blanc qui me fixaient dans l’album de famille, celui de Jacob se détachait.

Son regard vibrant semblait vouloir raconter son histoire, celle d’un jeune Juif de Constantine, enrôlé en juin 1944 pour libérer la France. De sa guerre, les siens ignoraient tout. Des gens pauvres, parfois démunis face à la vie, qui attendaient avec impatience le retour de celui qui était leur fierté, un valeureux.

En l’inventant, j’ai pu traverser la Méditerranée dans les deux sens, éprouver la tension qui existe entre la singularité d’une vie et son insignifiance au regard de l’Histoire, qui infléchit tant les destins, les brise parfois, mais auxquels la fiction peut donner écho. » Valérie Zenatti.
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« Jacob, Jacob », de Valérie Zenatti, prix du livre Inter 2015. Le chant de l’ortolan

"Jacob, Jacocb", e Valérie ZenattiDans les dernières phrases de son roman, longues comme des volutes de fumée qui s’envolent légères, la romancière signe Jacob, Jacob.

Elle a voyagé jusqu’à Constantine, a cherché la tombe de Jacob, ce beau jeune homme que l’on voit sans doute sur la photo de couverture, et qui aurait pu ou dû être son oncle.

Si une balle allemande ne l’avait pas atteint, alors que la Première Armée française menée par De Lattre de Tassigny libérait Thann et l’Alsace, à l’automne 1944.

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« Englebert des collines », de Jean Hatzfeld

"Englebert des collines", de Jean Hatzfeld« Même les animaux sauvages
refusaient de voir ça. »

« Souvent les rêves me rappellent ma mère, mon père. » La phrase est dite par Englebert, l’homme qu’a accompagné et écouté Jean Hatzfeld à Nyamata, au Rwanda. Pourtant, à la lire, on penserait au Garçon qui voulait dormir, de Aharon Appelfeld ou à d’autres romans ou récits de rescapés de la Shoah.

Qu’elle figure dans un texte ou l’autre dit la proximité entre ces génocides, l’un conduit il y a plus de soixante dix ans, l’autre il y aura vingt ans, le 7 avril prochain.

Journaliste à Libération au moment du crime, Hatzfeld a découvert le Rwanda en août 1994. Et quelques années après, il a vécu dans le pays, dans la campagne, écoutant d’abord les survivants, puis les meurtriers, racontant les retrouvailles dans les villages.

Cette trilogie, rééditée en un volume aux Éditions du Seuil, fait partie de ces grands livres du XXe siècle qui sont autant de stèles dédiées aux morts, et autant de paroles contre l’oubli, la banalisation ou la négation.

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Aharon Appelfeld, « Adam et Thomas », traduit par Valérie Zenatti, illustré par Philippe Dumas

Aharon Appelfeld, "Adam et Thomas", traduit par Valérie Zenatti, illustré par Philippe DumasDes histoires d’anges dans la forêt

« Ils marchaient main dans la main, rapidement. Ils arrivèrent à la lisière de la forêt avec le lever du jour. »

Voici la première phrase du nouveau roman d’Aharon Appelfeld. Tout est là : la sobriété de la prose et la densité d’un univers.

Celles et ceux qui ont lu Histoire d’une vie, Le garçon qui voulait dormir ou La Chambre de Mariana, pour ne prendre que trois exemples dans une œuvre riche, savent que la forêt dans laquelle arrivent des personnages de ce romancier n’est pas n’importe quel espace. C’est celui que l’enfant a rejoint, dans la nuit de la persécution nazie ; c’est à la fois l’espace effrayant et celui de la survie.

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