« Madame Bovary » selon Vincente Minnelli et Claude Chabrol

affiche-minnelli-3

Deux regards sur Emma Bovary

Adapter Madame Bovary pose plusieurs problèmes au scénariste et au cinéaste. Le premier tient au statut particulier du roman. Il fait partie des œuvres canoniques de la littérature française. Non seulement il est l’emblème d’une construction romanesque typique du XIXe siècle, mais le scandale qui a suivi sa parution et le procès de Flaubert en ont fait, à l’instar des Fleurs du Mal, un exemple des tensions entre l’invention littéraire et l’acceptation sociale, entre la singularité du destin d’un personnage et les conservatismes que ce destin met en lumière.

Cet aspect patrimonial rend la question récurrente de la fidélité de l’adaptation plus difficile et incite à la dévotion : Madame Bovary prend en charge une part de la France et de son histoire. Lorsque Claude Chabrol, qui s’est passionné pour mettre en images les ombres de la bourgeoisie française, s’empare du roman, il veut précisément aller le plus loin possible dans la fidélité au roman : faire entendre le style, être au plus près des métaphores et des nuances.

Lorsque c’est un cinéaste hollywoodien comme Vincente Minnelli qui travaille sur ce roman, dans un contexte de création marqué par les censures du code Hays et des règles de pudeur et de litotes, c’est une vision du caractère d’Emma qui le guide.

Lire la suite

« Les Prépondérants », d’Hédi Kaddour

"Les Prépondérants", d'Hédi KaddourOn est à Nahbès, au début des années 1920. La petite ville d’un pays du Maghreb, qu’on n’aura aucune peine à se représenter, est bouleversée par l’arrivée d’une équipe venue de Hollywood.

Neil Daintree, cinéaste aux nombreux succès, tourne là un film exotique. La vedette principale est sa femme, Kathryn Bishop ; l’acteur principal, une sorte de double de Valentino, se nomme Francis Cavarro.

En ces temps-là, la ville se divise en deux : d’un côté les locaux, avec Si Ahmed, caïd nommé par les autorités, son fils Raouf qui vient d’être reçu au baccalauréat, et toute une population composée de strates sociales soumises aux règles imposées par les « prépondérants ».

Ces derniers vivent entre eux, sont maîtres de l’essentiel, méprisent les indigènes qu’ils exploitent. Certains se dégagent un peu de l’ensemble, comme Ganthier. Il est le plus gros propriétaire de la région, négocie avec Rania, jeune veuve venue de la capitale dans cette ville, pour enrichir encore ses possessions. Il a fait la guerre dans les tranchées, en est revenu marqué mais pas amer, et on lui connaît surtout un lien solide : celui qu’il entretient avec Kid, son chien.

Le tournage du film attire également de nombreux curieux, ainsi que la journaliste Gabrielle Conti, amie de Rania, et bientôt dans la ligne de mire de Ganthier.
Lire la suite

« La Politesse », de François Bégaudeau

"La Politesse", de François BégaudeauDe bons livres passent entre les mailles d’un filet qu’on appellera le temps qui passe. Nous proposons ici une petite sélection pour que vous lisiez des œuvres vivantes, parfois parties des tables des libraires pour rejoindre d’anonymes rayons. L’été passera, et l’automne apportera sa grande moisson.

Il arrive souvent que l’écrivain dont on suit les pérégrinations en France, lors d’une tournée de présentation pour un nouveau livre, en assure la présentation et, de façon ironique, propose des promotions : trois exemplaires dédicacés pour le prix d’un, ou qui sait quoi d’autre.

Faire connaître un roman est aussi une activité commerciale, et on doit en passer par les lois du marché.

Lire la suite

Pierre Daix, « Aragon retrouvé (1916-1927) »

Pierre Daix, "Aragon retrouvé"Pierre Daix, qui nous a quittés à la fin de l’année dernière, nous laisse un nombre considérable de livres (plus de soixante-dix) dont, parmi ses nombreux essais, plusieurs consacrés à deux créateurs importants du XXsiècle qu’il a personnellement bien connus, Pablo Picasso et Louis Aragon.

Son ultime ouvrage, à partir d’un manuscrit achevé à la veille de sa mort, porte sur l’écrivain et vient compléter la solide biographie publiée en 1975, reprise et augmentée à deux reprises (1994 et 2004) et complétée, il y a peu (2009), par Aragon avant Elsa.

Lire la suite

Dans l’atelier de Vélasquez : « Je suis Juan de Pareja », d’Elizabeth Borton de Treviño

"Je suis Juan de Pareja", d'Elizabeth Borton de TrevinoEn 1989 paraissait à l’École des loisirs un roman dont l’intrigue se situe en plein siècle d’or espagnol, dans l’atelier du peintre Vélasquez. Cet ambitieux récit, publié vingt-quatre ans plus tôt aux États-Unis, avait obtenu, à sa sortie, la très prestigieuse médaille Newbery, qui récompense chaque année le meilleur livre de jeunesse américain.

Bien avant Tracy Chevalier, Elizabeth Borton de Treviño choisissait de convier son lecteur dans l’intimité d’un peintre majeur du XVIIe siècle, grâce, du reste, à un artifice romanesque fort proche de celui employé dans La Jeune Fille à la perle.

En effet, le narrateur n’est autre que l’esclave Juan de Pareja, né à Séville, qui fut l’assistant du peintre et que ce dernier immortalisa dans un tableau aujourd’hui conservé au Metropolitan Museum de New York.

La confection de ce portrait fournit évidemment l’un des épisodes phares du roman, mais elle est loin d’en être le seul sujet. De fait, c’est toute la vie de Juan qu’imagine l’auteur, et ce récit fictif (qui n’est pas un simple prétexte – il n’est, en soi, nullement dénué d’intérêt) permet de suivre pas à pas la longue et brillante carrière de Diego Vélasquez.

Lire la suite

Lire et étudier « Ceux de 14 ». Hommage à Maurice Genevoix, cent ans après

Maurice Genevoix, "Ceux de 14"Voilà cent ans, Maurice Genevoix, jeune officier d’infanterie de 23 ans, parti en campagne contre l’Allemagne dès août 1914, connaissait aux Éparges une expérience combattante douloureuse à plusieurs titres.

Ayant pourtant été témoin à plusieurs reprises de la mort reçue et donnée, de l’épreuve du feu au plus fort de batailles et d’offensives meurtrières, il est engagé en février 1915 avec le 106e RI de Chalons, au sud-est de Verdun, dans de terribles conditions. Le piton des Éparges et son point X se trouvent aux mains des troupes allemandes.

À l’est, la plaine de la Woëvre, à l’ouest, l’organisation défensive française. Pour les Allemands, il s’agissait de pouvoir couper les communications françaises et étouffer Verdun ; pour les Français, de réduire le saillant allemand.

Lire la suite

Amin Maalouf. Heurs et malheurs de la filiation

Amin Maalouf

Amin Maalouf

Né à Beyrouth en 1949, Amin Maalouf quitte le Liban en 1976 pour s’installer à Paris où il devient rédacteur en chef de Jeune Afrique.

Après le succès de son premier livre, Les Croisades vues par les Arabes, il renonce au journalisme. Son œuvre se partage entre des romans (Léon l’Africain, Samarcande, Les Jardins de lumière, Le Premier Siècle après Béatrice, Le Rocher de Tanios, roman pour lequel il a reçu le Prix Goncourt, Les Échelles du Levant, Le Périple de Baldassare, Les Désorientés et des essais : Les Croisades vues par les Arabes, Les Identités meurtrières, Le Dérèglement du monde.

Entre les deux, il y a une œuvre centrale, Origines, qui raconte l’histoire de la famille de l’auteur. Amin Maalouf est-il un chasseur des mauvais augures ou un diseur de bonne aventure ? Habité par les douleurs du monde qui blessent sans répit l’espèce humaine fragile depuis la « nuit-aube » des temps, son œuvre romanesque fait cheminer le lecteur des routes lumineuses de la Soie aux champs minés des obscurantismes, de l’« Orient désert » au soleil cou coupé de l’Occident.

Confrontant les identités salutaires aux « identités meurtrières », elle interroge les consciences sans jamais leur faire la leçon, déroulant son fil d’Ariane du point d’origine au point de fuite… « Je ne changerai pas de route à cause de mon nom, je ne changerai pas de nom à cause de ma route » (Samarcande).

Lire la suite

50 ans de littérature pour la jeunesse. Raconter hier pour préparer demain, un colloque organisé par le CRILJ

CRILJ - Centre de recherche et d'information sur la littérature pour la jeunesse - Colloque 2015 : 50 ans de littérature pour la jeunesse. Raconter hier pour préparer demainEn 2015, le Centre de recherche et d’information sur la littérature pour la jeunesse (CRILJ) aura cinquante ans. Depuis sa naissance le monde a bien changé mais sans doute encore plus la littérature pour la jeunesse et ceux qui la créent ou l’accompagnent.

À cette occasion deux questions au moins se posent : celle des valeurs et définitions de l’enfance, celle du militantisme en faveur de la culture et de l’éducation populaire. Questions générales que ce colloque traitera au travers de diverses approches touchant à l’édition, à divers genres comme la poésie et le théâtre, les prix, le statut des créateurs, la reconnaissance par l’Éducation nationale, le rôle des médiateurs et l’irruption de l’université dans un domaine qu’elle ignorait le plus souvent.

Avec comme fil conducteur une interrogation sur les effets générationnels. Un tel anniversaire nous invite donc à une distanciation qui n’avait guère cours il y a un demi-siècle, mais ce colloque n’aurait pas de sens s’il ne se voulait aussi une relance pour un idéal qui a conservé toute son actualité.

Lire la suite