Madame de Sévigné, lettres du 3 au 11 mars 1671

Mme de Sévigné, par Claude Lefèbvre

Mme de Sévigné, par Claude Lefèbvre,
musée Carnavalet

Nous proposons ici une étude littéraire de trois lettres de Mme de Sévigné adressées à Mme de Grignan, un mois après son départ pour la Provence

Ces lettres correspondent donc à un éloignement dont la durée permet à la fois de mesurer la douleur désormais lestée d’une certaine épaisseur de temps et de prendre acte de la régularité d’un commerce destiné à la compenser.

Ce jeu de balancier délimite l’espace rhétorique au sein duquel se joue la communication entre la mère et la fille. L’écriture de la lettre se manifeste comme l’expression d’un échange à distance équivalant à une conversation avec un absent. En cela, ces lettres, comme le reste de la correspondance de Mme de Sévigné, répondent à la définition canonique de l’échange épistolaire. Cette définition peut cependant s’infléchir lorsque l’on examine la manière d’écrire des deux femmes.

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Antoine Compagnon, « Une question de discipline »

"Une question de dicipline", d'Antoine CompagnonIl ne faudrait pas que le lecteur distrait néglige d’arriver à la dernière page de ce livre d’entretiens qu’Antoine Compagnon a donné à Jean-Baptiste Amadieu. Il raterait cet aveu étonnant auquel tout amoureux des livres ne peut que souscrire, avec tristesse :

« Pour s’intéresser à la littérature, la lire, l’étudier par-delà toute discipline, il est indispensable de rester un peu bête. »

Bête, Compagnon ne peut pas vraiment être soupçonné de l’être. Pourtant, quand on est fils de militaire, qu’on a passé une partie de sa jeunesse à l’étranger, que l’on est sorti de Polytechnique et qu’après une spécialisation aux Ponts et chaussées on se prépare à devenir ingénieur, se retrouver, quelques années plus tard, à enseigner la littérature française moderne et contemporaine au Collège de France, si ce cheminement ne signale pas forcément une inclination à la bêtise, il conduit néanmoins à se poser des questions.

Et c’est bien la bizarrerie de cet itinéraire qui peut nous retenir d’abord dans ce livre et dans ce personnage.

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En quête de la beauté : « Les Découvertes », d’Éric Laurrent

Éric Laurrent est devenu écrivain en publiant Coup de foudre,  en 1995. Les Découvertes, qui paraît cet automne, donne après À la fin, court récit paru en 2004, quelques clés de l’univers du romancier.

Les femmes occupent une certaine place dans son univers. Le narrateur parle même d’un « trop grand amour » pour répondre à la question plus qu’embarrassée de son père quant à ses inclinations sexuelles.

Dans le milieu populaire et catholique qui est le sien, en ces années quatre-vingt, on attend d’un fils qu’il se marie et fonde une postérité.

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