« Les Mains libres », de Man Ray et Paul Eluard. De la lyrique amoureuse au libertinage érotique

"Les Mains libres", de Paul Eluard et Man RayLes Mains libres est un ouvrage hybride qui est parcouru par des contradictions: poésie/peinture, tradition/modernité; amour du couple/libertinage.

Nous étudierons à travers ces oppositions le rapport du poète au peintre et à la femme.

Des indices iconographiques, textuels et biographiques nous permettent de lire ce texte image comme l’écriture d’une utopie amoureuse reposant sur l’échange des identités et des objets du désir. Cela dans la perspective surréaliste de la révolution politique, morale et métaphysique.

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En relisant Guy Debord, cinquante ans après

"La Société du spectacle", de Guy DebordUn récent numéro de l’École des lettres rendait compte des débats organisés autour du livre de Andrew Hussey, Guy Debord. La Société du spectacle et son héritage punk (Éditions Globe). Cette lecture a réveillé en moi l’écho de toutes les références  à l’Internationale situationniste et à Guy Debord entendues en Mai 1968. Cela m’a donné envie de relire, avec bien des années de recul, les écrits de ce dernier.

Le point central et qui me semble bien observé : l’essentiel du rapport social est maintenant dans l’image et non dans l’authenticité de l’être. On est passé de l’être au paraître. Il faut se faire voir, se faire entendre, faire son autoportrait en permanence. « La condition de vedette est la spécialisation du vécu apparent. »

De plus, le spectacle est lié à la société de consommation. L’abondance des marchandises et la création incessante de nouveaux objets participent au spectacle comme un« pseudo-usage de la vie ».

Mais, au-delà, s’ouvre un grand vide : « Le spectacle ne veut en venir à rien d’autre qu’à lui-même. »

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« Dériver » avec Guy Debord, tables rondes avec Andrew Hussey, Will Self et Jean-Marie Durand

Andrew Hussey © CR, l'École des lettres

Andrew Hussey © CR, l’École des lettres

 

Les 25 et 26 septembre 2014, l’écrivain et historien britannique Andrew Hussey présentait son livre, Guy Debord. « La Société du spectacle » et son héritage punk, publié aux éditions Globe, en présence de son compatriote et préfacier, le romancier Will Self.

Ces deux débats publics étaient animés par le journaliste Jean-Marie Durand, rédacteur en chef de la rubrique Idées au magazine Les Inrockuptibles, et traduits par Marguerite Capelle.

Le premier était organisé à la Maison de la Poésie, à Paris, le second au siège de l’école des loisirs. La transcription de ces deux rencontres est donnée dans l’École des lettres.

 

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« Guy Debord. La société du spectacle et son héritage punk », d’Andrew Hussey

Andrew Hussey, "Guy Debord. "La Société du spectacle" et son héritage punk", éditions Globe, 2014Le titre simple, Guy Debord, pointe la méthode d’Andrew Hussey : ne jamais s’écarter de son personnage central, faire en sorte qu’il reste un personnage humain, un homme avec son programme fixe et ses contradictions, mais aussi un label, Debord, dont on pourrait même ignorer le prénom.

Debord est une marque que l’on évoque comme un univers mais aussi une menace, quelque chose comme Fantômas, Fu Manchu, le super méchant d’une société du spectacle qui la fascine et qu’elle utilise tandis qu’il décide de la fuir. Mais c’est aussi un point fixe à partir duquel le regard critique porté sur la société ne cille jamais. Son biographe peut en dérouler le fil, en démêler l’écheveau sans donner l’impression de se heurter à des difficultés insurmontables et la limpidité n’est pas la moindre des qualités de cet ouvrage, initialement paru en anglais sous le titre The Game of War: The Life and Death of Guy Debord. Continuer la lecture

26 septembre 2014, table ronde : L’influence de Guy Debord et de « La Société du spectacle » en Europe et dans le monde anglo-saxon

Andrew Hussey, "Guy Debord. "La Société du spectacle" et son héritage punk", éditions Globe, 2014À l’occasion de la publication de Guy Debord. « La Société du spectacle » et son héritage punk, d’Andrew Hussey, préfacé par Will Self, les éditions Globe (groupe l’école des loisirs) et l’École des lettres vous convient le vendredi 26 septembre 2014, de 14h 30 à 16h 30, à une table ronde avec :

ANDREW HUSSEY : directeur de l’École des hautes études avancées de l’université de Londres à Paris, il est également journaliste, et collabore au Guardian et à la revue littéraire Granta ;

WILL SELF : auteur de nombreux romans et essais, il enseigne l’histoire des idées contemporaines à l’université de Brunel, et notamment la « psychogéographie » de Guy Debord ;

JEAN-MARIE DURAND : rédacteur en chef des pages « Idées » aux Inrockuptibles.

 

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Ossip Mandelstam, un poète contre

Ossip Mandelstam en 1934. Photographie du NKVD

En 1981, lors du repas qui suivit l’enterrement de Nadejda, veuve d’Ossip, chacun se leva pour dire un poème de Mandelstam. À l’époque, les œuvres du poète mort dans le Goulag n’existaient que très partiellement en URSS, et circulaient plutôt en samizdat.

La puissance de la poésie à laquelle Ossip Mandelstam avait consacré sa vie s’exprimait là, à travers d’anonymes admirateurs qui bravaient la férule de quelques momies au pouvoir.

Le pouvoir, et en particulier celui de Staline, a eu raison de Mandelstam. Mis au ban de la société pendant près de dix ans, poursuivi, exilé puis persécuté, il a fini ses jours près de Vladivostok, dans une baraque dévolue aux « contre-révolutionnaires ». Sa maladie de cœur, le froid et l’épidémie de typhus qui dévastaient le camp, ont mis fin à une existence devenue de plus en plus difficile. Mais des témoins racontent que même au camp, Mandelstam disait des poèmes de Dante à ses compagnons, des « droit commun ». Continuer la lecture