Rêver kayak – une relecture à contre-courant du film de Bruno Podalydès, « Comme un avion »

"Comme un avion", de Denis Podalydès« Over an ocean away
Like salmon
Turning back for Nayram
… »

​Robert Wyatt, Maryan, Shleep, 1997.

 

À vous qui assurément l’avez déjà vu sans doute, je propose de revenir quelques semaines en arrière lorsque – le cœur en fête et le sourire aux yeux j’espère – vous sortiez dans la nuit de juin de la salle de cinéma où vous veniez de voir Comme un avion, film gai et pagaie à la fois.

Avec une grande liberté de ton et d’écriture, et sous de faux airs de légèreté, Bruno Podalydès nous fait vivre utopie et désir une heure trois quarts durant. Retour à Bounoure, donc, retour à Barchet, retour à Nayes, et rame ! Rame, rame, rameur, ramons – comme dans la chanson, même si c’est Moustaki et Bashung (grands disparus désormais hors du temps) plutôt qu’Alain Souchon (grand vivant) que nous donne à entendre la bande très originale du film (Le Temps de vivre et Vénus, choix qui ne sont pas anodins…).

Lire la suite

Ces objets qui nous envahissent : objets cultes, culte des objets. Catalogue des notions, textes et créations

BTS - Ces objets qui nous envahissent : objets cultes, culte des objetsPour approcher le thème de l’objet en deuxième année de BTS, nous proposons ici un abécédaire qui regroupe un ensemble de définitions, de références aux œuvres littéraires et artistiques, et une présentation des principaux textes qui évoquent l’objet.

Ce « dictionnaire » est précédé d’un entretien audio avec deux hommes de l’art – des brocanteurs – qui définissent leur rapport aux objets et dressent un tableau du marché, et suivi de l’esquisse de la première séance en classe.

Lire la suite

« Ormuz », de Jean Rolin

"Ormuz", de Jean RolinSérieux et fantaisiste

Le narrateur du Ravissement de Britney Spears traversait Los Angeles à pied ou en transports en commun, à la poursuite d’une ex-star roulant en 4×4.

Le héros de Ormuz, Wax, a l’intention de traverser le détroit à la nage. Certes, la distance n’est pas énorme – une quarantaine de kilomètres, mais les contraintes sont nombreuses, les obstacles plus encore.

Le narrateur de ce roman (le terme générique ne figure pas en couverture) est chargé de tenir la chronique de cette épreuve, de visiter les lieux, et d’établir les contacts nécessaires. Il faut donc discuter avec les Iraniens, leurs voisins arabes de l’autre côté du détroit, etc. Le plus difficile reste de circuler dans ce bras de mer. Environ trente pour cent de la production de gaz et de pétrole y transite, les navires de guerre, américains et autres, y stationnent en nombre, les militaires sont nerveux.

Les Iraniens mènent une guerre « asymétrique » et lancent des hors-bords chargés de pasdarans ou de gardiens de la révolution dans les eaux du détroit, eaux que de nombreuses épaves ou navires atteints par des missiles remplissent. Quant à cette eau qui devrait être d’un bleu azur, elle est remplie d’hydrocarbure et Wax ne peut franchir le rivage sans se coller les pieds dans les galets noirs et gluants.

Lire la suite

« Cette part de rêve que chacun porte en soi » : entretien avec Pierre Pachet

Entretien avec Pierre Pachet : "Le rêve que chacun porte en soi"

Jean-François Marquet et Pierre Pachet

Nous avons demandé à Pierre Pachet de nous éclairer sur quelques-uns des aspects liés à la thématique du rêve, au sens propre ou dans son acception de projection dans le futur, puisque l’intitulé du thème de BTS, La part du rêve que chacun porte en soi, nous invite à cette double interrogation.

Pierre Pachet a consacré deux ouvrages de référence à cette question, Nuits étroitement surveillées (1980) et La Force de dormir (1988), et il a fait de l’intime la sphère privilégiée de son œuvre sans pour autant sacrifier à la mode de l’autofiction. Il a également accordé récemment un entretien sur ce sujet à la revue Critique.

Lire la suite

« La Douceur de l’ombre. L’arbre source d’émotions, de l’Antiquité à nos jours », d’Alain Corbin

alain-corbin-la-douceur-de-l-arbrePartons de cet aphorisme, incipit du premier chapitre :

« L’arbre porte en lui une écriture. »

Accepter l’idée revient à plébisciter le livre que nous propose Alain Corbin qui réussit malicieusement à ne pas faire apparaître dans son titre principal, le mot « arbre ».

Donc l’arbre serait parent de l’écriture. D’une manière simple et presque triviale d’abord quand on grave sur son tronc, qu’on incise l’écorce pour laisser une trace, comme le font (ou le faisaient) les amoureux, réunissant, à la pointe du couteau, deux prénoms dans un cœur.

L’arbre devient alors porteur de message, substitut du livre avec lequel il partage une étymologie commune, liber, qui signifie aussi bien la pellicule située entre le bois et l’écorce que le livre.

Lire la suite