« Mémoires d’outre-mer », de Michaël Ferrier

"Mémoires d’outre-mer", de Michaël FerrierLoin du centre

Nous vivons avec la ferme conviction que la France est d’abord l’hexagone que l’on découvrait autrefois en lisant Le Tour de France de deux enfants. Certes, nous savons que ce pays est plus vaste qu’il n’en a l’air, et que de la Polynésie à l’Amérique en passant par la Réunion, il est divers à tous égards.

Nous n’en avons cependant qu’une conscience imparfaite. Peut-être est-ce là le sentiment qui animait Michaël Ferrier lorsqu’il est parti « outre-mer » sur les traces de son grand-père Maxime, un homme singulier, à part, sans doute trop rêveur et fantasque pour s’enfermer dans les murs nationaux, surtout au sortir de la guerre de 1914.

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« Le Fils de Saül », de László Nemes. Immersion dans l’enfer concentrationnaire

Géza Röhrig dans "Le Fils de Saul", de László Nemes

Géza Röhrig dans « Le Fils de Saul », de László Nemes

La fiction a toujours posé problème pour la représentation de la Shoah. Les historiens s’en méfient. Claude Lanzmann la condamne. Mais le film du Hongrois László Nemes, qui a obtenu à Cannes le Grand Prix, a démontré brillamment qu’à condition d’être d’une rigueur absolue et sans complaisance aucune, elle est un choix judicieux pour créer chez un public cette empathie qui arrache à l’indifférence.

En octobre 1944, à Auschwitz-Birkenau. Saül Ausländer est membre du Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs chargé de la manutention dans les crématoires. Nous connaissons cette extermination industrielle par les témoignages des Sonderkommandos cachés sous terre à Auschwitz en 1944 et réunis par le Mémorial de la Shoah.

Il en a été tiré un livre, Des voix sous la cendre (Le livre de poche, 2006). Ce document de première main qui fait partager au lecteur leur quotidien été la première source d’inspiration du cinéaste. « C’était, dit-il, comme être là, dans leurs vies, à l’intérieur. » Il avait aussi des raisons personnelles de faire ce film car des membres de sa famille avaient été exterminés à Auschwitz.

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Antigone : celle qui choisit de dire non. Parcours de personnage en seconde professionnelle

"Antigone recouvrant le corps de Polynice", de Marie Stillman (1844 –1927)

« Antigone et Ismène enterrant Polynice », de Marie Stillman, 1873

Les enjeux d’Antigone
à travers les siècles
et son actualité dans les programmes

de seconde professionnelle

« Depuis le Ve siècle avant Jésus-Christ, la sensibilité occidentale a vécu les moments cruciaux de son histoire et de son identité en référence à la légende d’Antigone et à sa prolongation artistique et spéculative. »

Cette affirmation de George Steiner, qui a recensé plus de deux cents versions d’Antigone, marque à quel point le personnage et son mythe structurent en profondeur la pensée occidentale. Devenu depuis le XIXe siècle le « dénominateur commun conceptuel » de notre lecture à la fois de la psychologie collective, de la structure sociale et des codes symboliques, le mythe d’Antigone focalise tout particulièrement notre « économie de l’imaginaire ».

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« Le Chemin des forçats », d’Alexandre Soljénitsyne

« Le Chemin des forçats », d'Alexandre SoljénitsyneEntre 1948 et 1952, Alexandre Soljénitsyne, suspecté de jugements séditieux contre Staline, est interné dans un camp de Sibérie. Pour aider à sa survie, pour rendre compte aussi, il décide d’écrire des poèmes qui, à mesure qu’il les compose, sont appris par cœur puis détruits.

Le résultat est un long texte poétique qui prend pour nom Vladimirka, parce que le convoi des bagnards passait par la ville de Vladimir, ou encore Dorojenka, qui en russe signifie « Le Chemin ».

C’est ce nom qui donne son titre au livre, Le Chemin des forçats, traduit de façon élégante par Hélène Henry pour les éditions Fayard qui le publient aujourd’hui.

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Colloque international Primo Levi

Colloque international Primo LeviLe colloque international sur Primo Levi, qui se déroulera à Chambéry les 25 et 26 mars 2015, organisé par Daniela Amsallem, a été conçu dans le cadre des échanges entre l’université Savoie Mont Blanc et l’université de Vercelli (Università del Piemonte Orientale), avec le soutien de l’université franco italienne et en collaboration avec l’Institut culturel italien de Lyon.

Il prévoit la participation d’enseignants-chercheurs des deux établissements partenaires, ainsi que d’autres spécialistes français et italiens de l’écrivain turinois, qui aborderont sous un éclairage nouveau les différents aspects de sa personnalité et de son œuvre.
Seront traités des thèmes ayant trait à la biographie de l’auteur: sa participation à la Résistance, l’élaboration littéraire de son expérience vécue; sa position vis-à-vis de la science et de l’éthique, ses rapports avec la culture française.

Des documents inédits y seront présentés : les entretiens de Primo Levi avec Giovanni Tesio, en vue d’une biographie autorisée, et les adaptations radiophoniques de ses deux premiers livres: Si c’est un homme et La Trêve. Le directeur du Centre d’études Primo Levi de Turin exposera les activités du centre ainsi que la réception des œuvres de cet écrivain, devenu une figure incontournable du XXe siècle.

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Libération de Paris, la mémoire longue

Paris libéré, Musée CarnavaletLe 25 août 1944, après une semaine de combats, la population parisienne, soutenue par les troupes du général Leclerc, met fin à quatre ans d’occupation allemande dans la capitale.

Quelques mois plus tard, le 11 novembre 1944, le Musée Carnavalet présente « La Libération de Paris ». Ce panégyrique à la gloire des libérateurs, élaboré à chaud, tel un reportage, avec de nombreuses photos prises sur le vif, comporte quelques zones d’ombres.

Avec « Paris libéré, Paris photographié, Paris exposé », le même musée Carnavalet, à soixante-dix ans de distance, revisite cette première exposition et s’interroge sur la manière dont on écrit l’histoire.

Le 14 juin 1940 la Wehrmacht entre dans Paris. Quatre ans après, le 25 août 1944, le général Dietrich von Choltitz, gouverneur militaire allemand du Grand Paris, signe l’acte de reddition de l’armée d’occupation à la Préfecture de police. Ce jour-là le général de Gaulle prononce l’un de ses plus célèbres discours :

« Nous sommes ici chez nous dans Paris levé, debout pour se libérer et qui a su le faire de ses mains. Non, nous ne dissimulerons pas cette émotion profonde et sacrée. Il y a là des minutes, nous le sentons tous, qui dépassent chacune de nos pauvres vies. Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé mais Paris libéré ! Libéré par lui-même, libéré par son peuple avec le concours des armées de la France, avec l’appui et le concours de la France tout entière, de la France qui se bat, de la seule France, de la vraie France, de la France éternelle.»

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Jacques Delarue, résistant, commissaire de police et historien

Jacques Delarue, "Histoire de la Gestapo"

Entré dans la police comme gardien de la paix, c’est en tant que commissaire divisionnaire honoraire que Jacques Delarue prend sa retraite en 1978.

Sa carrière, commencée dans la Résistance, se poursuit après-guerre à la Direction centrale de la police judiciaire avec la traque de collaborateurs puis par celle de membres de l’OAS.

Parallèlement à son activité policière il publie près d’une dizaine de livres dont certains, comme son Histoire de la Gestapo, demeurent inégalés.

Jacques Delarue, vient de décéder le 14 septembre, à l’âge de 95 ans, dans une indifférence médiatique générale.

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« Algérie. Les pieds-rouges », de Catherine Simon

Catherine Simon, "Algérie. Les années pieds-rouges"Catherine Simon, journaliste au quotidien Le Monde, connaît bien l’Algérie pour y avoir été la dernière correspondante au début de la « décennie noire » des années 1990.

Afin de mieux expliquer l’évolution de la situation algérienne depuis son indépendance, elle a décidé de changer légèrement l’angle d’analyse, en s’intéressant non pas aux années de la guerre d’indépendance mais à l’immédiate après-guerre.

L’auteure se livre ainsi à une minutieuse description de la construction du pays nouvellement indépendant, avec ses espoirs, ses carences et ses dysfonctionnements déjà en germe.

Pour ce faire, elle n’a pas élaboré une grande fresque de l’Algérie indépendante, mais elle s’est focalisée sur une catégorie particulière de personnes, à savoir les Européens qui se sont installés en Algérie après l’indépendance, plus familièrement appelés les « pieds-rouges ».

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