La jeune fille au cinéma. Entretien avec Zeynep Jouvenaux, programmatrice au Forum des images

Zeynep Jouvenaux, Forum des images

Zeynep Jouvenaux

Le Forum des images, à Paris, consacre une partie de son été à programmer des films autour du thème de la jeune fille. Il ne s’agit pas de montrer l’intérêt narratif d’un personnage, mais surtout de questionner la place donnée à la jeune fille dans la société et de discuter la façon dont le cinéma s’en empare.

L’éventail est large, du film d’horreur au film naturaliste, du film d’auteur au film hollywoodien. Malgré ces différences, des questions récurrentes s’imposent, qui touchent à l’ordre social que la jeune fille assume ou remet en question, à l’identité féminine dont le cinéma montre comment elle peut être induite par les représentations sociales et révéler la fabrication des stéréotypes.

L’âge de la jeune fille renvoie alors à des questions d’affirmation, de reconnaissance du féminin et de transmission. Entre secret et sauvagerie, conscience et apprentissage, revendication et passage de relais, la figure de jeune fille est une figure de transformation et de création.

Zeynep Jouvenaux, la programmatrice de ce cycle, nous parle de ce qui l’a guidé dans ses choix et des questions auxquelles sa programmation ouvre.

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« Spartacus & Cassandra », de Ioanis Nuguet

"Spartacus & Cassandra", de Ioanis NuguetSpartacus et Cassandra sont frère et sœur. Ils sont scolarisés dans une école, vraisemblablement de Seine-Saint-Denis.

Leurs parents viennent de Roumanie, mais eux sont nés en France. Ils sont encore attachés à leurs parents, mais ceux-ci ne peuvent pas s’occuper d’eux : la mère mendie et est irresponsable, le père fait certainement des petits trafics, il est malin, n’est pas coupé d’une communauté Rom qui s’est installée comme elle peut en France.

Il culpabilise sans cesse ses enfants et leur dit qu’il ne peut concevoir vivre sans eux, même s’il ne peut pas s’occuper d’eux matériellement. Ils ont rencontré Camille, une jeune femme qui travaille dans un cirque, qui s’est attachée à eux et s’en occupe au quotidien.

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« Vincent n’a pas d’écailles », de Thomas Salvador

"Vincent n'a pas d'écailles", de Thomas SalvadorC’est peu de dire que Vincent aime l’eau. Elle est son élément naturel. Dès les premières images du film de Thomas Salvador, il s’y ébroue, y nage, y plonge, y ondule, y crawle, y papillonne.

Lacs, torrents, fontaines, canaux, lavoirs, mais aussi baignoire, douche, pluie tout lui est bon. Jusqu’au moindre seau d’eau. Pourquoi ?

Parce qu’il s’y ressource, s’y régénère et y puise une force extraordinaire. Sec, il est un homme normal ; mouillé, il devient invincible, Vincent.

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Grégoire Korganow, « Prisons – 67 065 », à la Maison européenne de la photographie

Grégoire Korganow, "Prisons"Depuis le 4 février, la Maison européenne de la photographie accueille le travail que Grégoire Korganow, « photographe du réel », a effectué dans des prisons françaises entre 2011 et 2014.

Le réel, ce photographe nous y confronte sans ménagement après qu’il a pu s’y plonger en étant nommé « contrôleur délégué des lieux de privation de liberté ». Durant ces trois années, Grégoire Korganow a disposé d’un accès sans aucune limite, de jour comme de nuit, à tous les espaces de l’univers carcéral.

À travers ce regard ubiquitaire, nous pénétrons les détails d’un monde qui a son organisation propre, le quotidien des prisonniers, leurs lieux de vie.

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« Madame Bovary », de Gustave Flaubert. Dictionnaire du domaine d’étude : lire, écrire, publier

Gustave Flaubert par Nadar, 1869

Gustave Flaubert par Nadar, 1869

Gustave Flaubert, et particulièrement Madame Bovary, semblent tout indiqués pour traiter de la question Lire, écrire, publier.

D’abord pour ce qui concerne l’édition au XIXe siècle. Ce livre absolu qui contient toute la vie de Flaubert offre par son existence même, son écriture, sa publication une réflexion sur ce qui fait la littérature et, au-delà, la culture littéraire d’une époque.

Flaubert se livre sur ses désarrois d’écrivain à sa maîtresse qui archive soigneusement ses lettres, offrant par là un témoignage de première importance sur la gestation du roman. Ses manuscrits ont en outre été soigneusement conservés et leur amplitude ainsi que la variété des ratures et repentirs suffiraient à justifier l’existence de la génétique du texte. Un procès a accompagné sa publication engageant la question de la censure, de la parution.

Depuis, le livre est réédité sur tous les modes et avec toutes sortes de présentations, préfaces, avant-propos, paratextes qui permettent de maintenir le débat autour de la statue géante de Flaubert et il ne se passe guère d’années sans que quelqu’un, critique, historien, sociologue ne tente une redécouverte de cette œuvre et de la vie de son auteur.

Mais Lire, écrire, publier c’est aussi le lot des personnages. Emma lit, écrit, Charles est un mauvais lecteur, Homais s’institue journaliste critique, publicateur scientifique, la plupart des acteurs est concerné par cette invasion de l’écriture ou d’une culture dévoyée, selon Flaubert lui-même.

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« Shirley. Visions of Reality », de Gustav Deutsch, un voyage dans la peinture de Edward Hopper

"Shirley. Visions of reality", de Gustav DeutschTous ceux qui aiment le peintre Edward Hopper et ont vu l’exposition qui lui a été consacrée au Grand Palais aimeront retrouver sa peinture dans le film de Gustav Deutsch, Shirley. Visions of Reality, un voyage dans la peinture de Edward Hopper. Un film à la démarche originale, puisqu’il tente de retrouver derrière les œuvres du peintre réputé hyperréaliste un peu de la réalité vécue qui les a inspirées.

Artiste et documentariste autrichien, Gustav Deutsch s’est spécialisé dans la réalisation à partir de « found footage », séquences de films récupérées un peu partout. Il s’est voulu phénoménologue du cinéma comme médium dans sa trilogie Film ist, réalisée en collaboration avec les archives cinématographiques européennes et américaines. Depuis 2003, il dirige avec sa compagne et collaboratrice Hanna Schimek un forum pour l’art et la science, le Light / Image – The Aegina Academy.

Avec ce film, il prend pour point de départ treize tableaux de Edward Hopper et, en leur donnant vie par la mise en scène, reconstitue par une sorte de diaporama la vie quotidienne des Américains entre les années 1930 et 1960, à travers la vie d’un couple fictif emblématique, la comédienne Shirley et son époux photojournaliste, directement inspirés du peintre et de son principal modèle, sa femme Joséphine.

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La genèse de « Madame Bovary » dans la correspondance de Flaubert

Gustave Flaubert par Carjat, 1870 © Centre Flaubert, université de Rouen

Gustave Flaubert par Carjat, 1870 © Centre Flaubert, université de Rouen

Madame Bovary est au programme de littérature de terminale littéraire pour les deux années qui viennent. On a beaucoup écrit sur ce roman et les professeurs le connaissent bien. Cependant la perspective d’étude « Lire-écrire-publier » implique un travail en amont et en aval de l’œuvre.

Comme l’indique le Bulletin officiel : « Le travail sur le domaine “lire-écrire-publier” invite les élèves « à une compréhension plus complète du fait littéraire, en les rendant sensibles, à partir d’une œuvre et pour contribuer à son interprétation, à son inscription dans un ensemble de relations qui intègrent les conditions de sa production comme celles de sa réception ou de sa diffusion ».

L’étude de la genèse du texte y est recommandée : « Pour l’étude de Madame Bovary de Gustave Flaubert, le professeur privilégiera l’analyse de la genèse qui permet aux élèves de pénétrer dans le laboratoire de l’écrivain et de s’interroger sur le processus de création du roman », et il renvoie à une source précieuse : « La correspondance de Flaubert avec ses contemporains, véritable essai sur l’art romanesque, permet de mieux comprendre la genèse du roman, révélant l’épreuve d’une écriture qui rompt avec le mythe de l’inspiration. »

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« Party Girl », de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis

"Party Girl", de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel TheisCe film a réussi à faire parler de lui lors du dernier festival de Cannes, où il a fait l’ouverture de la section Un certain regard.

Ses promesses ont d’ailleurs éveillé les attentes avant même l’ouverture du festival, puisque les trois grandes sections cannoises en-dehors de la compétition officielle se sont battues pour pouvoir le programmer.

Il faut croire que l’excitation était justifiée : Party Girl a remporté la Caméra d’or qui récompense le meilleur premier film. Les journalistes ont beaucoup glosé sur la constitution inédite du groupe de réalisateurs : ils sont trois, sans constituer une fratrie, il y a une femme, son amie et un copain d’enfance ; certains ont fait la Femis, ce qui les place parmi les « espoirs » du cinéma français. L’actrice principale est la propre mère de Samuel Theis. Enfin, ils ne filment pas Paris et sa jeunesse mais surtout une vieille entraîneuse mosellane, chez elle, à Forbach.

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