« Lincoln », de Steven Spielberg

steven-spielberg-lincolnAbraham Lincoln (février 1809 – avril 1865) est le seizième président des États-Unis et le premier président républicain, élu pour deux mandats de quatre ans, en 1860 et 1864 (il n’a pu terminer le second, ayant été victime d’un attentat). C’est vu de dos et de trois-quarts que le comédien britannique Daniel Day-Lewis lui ressemble le plus. Grand nez, menton en galoche accentué par la barbe, visage osseux.

La silhouette filmique de ce grand homme – qui mesurait 1 m 93 – évoque les personnages de Dickens et s’inscrit dans les mémoires par son aspect caricatural. Puis on voit les yeux et on est conquis par ce regard bleu que l’acteur offre à son personnage. Il nous fait oublier les rides, savamment accentuées par toute une équipe de maquilleurs. Et quand ce regard s’empreint de malice pour raconter l’une de ces anecdotes historiques ou bibliques dont Lincoln avait le secret, ou pour faire l’un de ses discours de prédicateur inspiré que les gens apprenaient par cœur, on est définitivement conquis. Comme Jésus, le Président parle par paraboles.

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« Marguerite Duras, la passion suspendue », entretiens avec Leopoldina Pallotta della Torre

marguerite-durasElle est là, Duras, sur la photo, dans ses pages, comme elle n’a jamais cessé d’être : entière, injuste, souvent, fulgurante dans ses propos. Les entretiens qu’elle a eus entre 1987 et 1989 paraissent en français sous le titre de La Passion suspendue.

On croyait ces entretiens perdus. Ils avaient paru en Italie dans une revue désormais disparue ; on les a retrouvés par hasard. La journaliste qui se rendait rue Saint-Benoît pour interroger l’auteur de L’Amant a connu tous les rites de l’écrivain.

À cette époque de sa vie, Duras, devenue célèbre, jouait un peu les divas ou les pythies. Et puis, soudain, comme l’écrit Leopoldina Pallotta della Torre, elle était « animée d’une curiosité irrésistible, vorace et presque enfantine ». Tout commençait alors ; les entretiens se sont poursuivis pendant deux ans. Continuer la lecture

« Chateaubriand », de Jean-Claude Berchet

jean-claude-berchet-chateaubriandComme souvent, quand il s’agit d’un géant de la littérature, nous pensions tout savoir de Chateaubriand. Nous avions tort. Et Jean-Claude Berchet nous en administre la preuve avec cette monumentale biographie de plus de mille pages qui, autant le reconnaître, éclipse toutes celles qui l’ont précédée.

Berchet est un érudit, un vrai chercheur, un indiscutable spécialiste qui a consacré une grande partie de sa vie à commenter et annoter les œuvres de l’auteur de René.

Il est surtout un passionné qui prend plaisir à nous faire partager l’objet de sa passion et un admirable narrateur qui parvient à nous raconter avec élégance autant qu’avec rigueur le détail d’une journée anodine de l’« enchanteur » ou un moment décisif du destin de notre pays.

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« Pater », d’Alain Cavalier

Trois films sur le pouvoir étaient présents à Cannes, La Conquête, de Xavier Durringer, L’Exercice du pouvoir, de Pierre Schoeller et Pater, d’Alain Cavalier. Les deux fictions politiques avaient l’avantage de la reconstitution, qui mêle les faits connus à des scènes imaginaires. Des acteurs y incarnent les personnages historiques, et toute la grammaire des plans et mouvements de caméra y coexiste avec le respect de la vérité attestée des décors et des costumes, de manière à obtenir cette « suspension de l’incrédulité » qui, pour Coleridge, crée l’illusion de réel. Alain Cavalier, lui, ne cherche pas du tout à créer une telle illusion. Continuer la lecture