« Collage Résistant(s) » de Mustapha Boutadjine

"Tzigana", de Mustapha Boutadjine, 2010

« Tzigana », de Mustapha Boutadjine, 2010

Mustapha Boutadjine lacère des publicités dans les magazines de luxe. Puis il recolle les morceaux. Il fragmente l’ordre dominant pour célébrer le désordre, la vie.

Ces collages rendent hommage à des personnages emblématiques de notre histoire commune, inconnus ou non, poètes, artistes, militants, scientifiques qui un jour ont dit non. Sa démarche est picturale. Il peint avec le papier.

C’est à la fois son support et son matériau. Une démarche artistique unique, radicale, mémorielle aussi. Sous le titre « Collage Résistant(s) », Mustapha Boutadjine expose une quinzaine de ses créations à la galerie Corinne Bonnet. Il publie parallèlement un superbe ouvrage reprenant l’ensemble de ses œuvres.

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« Les Mains libres », de Man Ray et Paul Eluard. De la lyrique amoureuse au libertinage érotique

"Les Mains libres", de Paul Eluard et Man RayLes Mains libres est un ouvrage hybride qui est parcouru par des contradictions: poésie/peinture, tradition/modernité; amour du couple/libertinage.

Nous étudierons à travers ces oppositions le rapport du poète au peintre et à la femme.

Des indices iconographiques, textuels et biographiques nous permettent de lire ce texte image comme l’écriture d’une utopie amoureuse reposant sur l’échange des identités et des objets du désir. Cela dans la perspective surréaliste de la révolution politique, morale et métaphysique.

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« Mon tour du monde », de Charlie Chaplin

"Mon tour du monde", de Charlie ChaplinEn 1931 Charlie Chaplin effectue un long périple qui le mène des États-Unis en Asie via sa ville natale, Londres, et une partie de l’Europe.

Charlot, vagabond désormais millionnaire, est l’égal des plus grandes personnalités de la planète. À son retour l’acteur et cinéaste rédige un récit de voyage très personnel, une sorte d’autobiographie où la mélancolie se mêle aux trépidations d’un monde en ébullition.

Quatre-vingt ans après sa parution, et un siècle après la naissance officielle du personnage le plus emblématique du cinéma, A comedian sees the world est édité pour la première fois en France sous le titre Mon tour du monde.

 

 

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« Guy Debord. La société du spectacle et son héritage punk », d’Andrew Hussey

Andrew Hussey, "Guy Debord. "La Société du spectacle" et son héritage punk", éditions Globe, 2014Le titre simple, Guy Debord, pointe la méthode d’Andrew Hussey : ne jamais s’écarter de son personnage central, faire en sorte qu’il reste un personnage humain, un homme avec son programme fixe et ses contradictions, mais aussi un label, Debord, dont on pourrait même ignorer le prénom.

Debord est une marque que l’on évoque comme un univers mais aussi une menace, quelque chose comme Fantômas, Fu Manchu, le super méchant d’une société du spectacle qui la fascine et qu’elle utilise tandis qu’il décide de la fuir. Mais c’est aussi un point fixe à partir duquel le regard critique porté sur la société ne cille jamais. Son biographe peut en dérouler le fil, en démêler l’écheveau sans donner l’impression de se heurter à des difficultés insurmontables et la limpidité n’est pas la moindre des qualités de cet ouvrage, initialement paru en anglais sous le titre The Game of War: The Life and Death of Guy Debord. Lire la suite

« 24 jours, la vérité sur l’affaire Ilan Halimi », d’Alexandre Arcady

"24 jours, la vérité sur l’affaire Ilan Halimi", d'Alexandre ArcadyIl y a des films dont on ne peut parler qu’avec crainte et tremblement. Comme les films sur la Shoah par exemple. Le film d’Alexandre Arcady est de ceux-là. C’est un thriller haletant, mais il relate surtout avec la plus grande fidélité un fait divers si révélateur de l’état moral de notre société qu’il en devient un signal d’alerte emblématique.

La France a vécu en janvier et février 2006 l’affaire Ilan Halimi, les 24 jours où s’est scellé le sort terrible de ce jeune homme séduit par une jeune femme servant d’appât pour le compte de kidnappeurs avides. Leur raisonnement simpliste était celui-là même qui avait alimenté toutes les théories du complot : les juifs sont riches et solidaires, ils paieront une grosse rançon.

Pour avoir la somme demandée, ils n’ont pas hésité à menacer et à harceler la famille du jeune homme. Quant à lui, refusant de le nourrir, ils l’ont torturé de toutes les façons possibles par haine et par mépris. Simplement parce qu’il était juif.

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« Bel-Ami », de Guy de Maupassant, proposition de séquence

"Bel-Ami", de Maupassant, dans l'édition de Xavier-Laurent Petit, "Classiques abrégés"Bel-Ami, roman de Maupassant qui parut tout d’abord en feuilleton dans Gil Blas (du 6 avril au 30 mars 1885), retrace la fulgurante ascension d’un « aventurier » de la Belle Époque. L’histoire se déroule entre le 28 juin 1880 et le 20 octobre 1882, sous la présidence de Jules Grévy (30 janvier 1879 – 2 décembre 1887).

La classe sociale triomphante est issue de la finance et des affaires ; elle pactise avec les journaux qui, depuis la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, sont devenus un support politique et financier. Le personnage du baron Walter est, dans le roman, une figuration de cette collaboration. Les agiotages provoqueront d’ailleurs le scandale du krach de l’Union Générale en 1882, évoqué par Émile Zola dans L’Argent.

Maupassant avait lui-même été journaliste pour Gil Blas, journal de centre gauche, mondain et boulevardier, mais aussi pour L’Écho de Paris, Le Figaro et La Revue des Deux Mondes. Il écrivit également, pour Le Gaulois, des reportages sur l’Algérie, ainsi que des chroniques mondaines sur les salons et intérieurs d’artistes, qui inspireront les expériences journalistiques du personnage principal de Bel-Ami.

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« À nous de jouer ! », de Stéphane Hessel

stephane-hessel-a-nous-de-jouerAu moment même où, à plus de quatre-vingt-quinze ans, le très jeune Stéphane Hessel décidait de prendre congé de la vie, les éditions Autrement faisaient paraître un opuscule, qu’on déclarera posthume, dans lequel l’auteur du fameux Indignez-vous ! donnait quelques pistes pour passer à l’action et affronter la crise économique et financière qui bouleverse le monde.

L’ouvrage, assez disparate et traduit de l’allemand, est composé de quatre parties précédées d’une courte préface à l’édition française. D’abord, une présentation générale due à Roland Merk, écrivain et journaliste se partageant entre Bâle et Paris ; puis la retranscription du discours prononcé à Zurich le 27 octobre 2011, sous le titre « Appel aux indignés de cette terre » ; suit la discussion avec le public dirigée par le journaliste André Marty ; enfin, un dialogue assez consistant avec Roland Merk intitulé : « Ayez de la compassion ! Au seuil de la société mondiale. »

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« L’autre vie d’Orwell », de Jean-Pierre Martin

jean-pierre-martin-l-autre-vie-d-orwellL’île de Jura, Hébrides intérieures, nord-ouest de l’Écosse : c’est dans ce lieu, hors du monde et du temps, qu’Eric Blair (alias George Orwell) choisit de se retirer pour écrire 1984. De 1984, il est d’ailleurs très peu question dans L’autre vie d’Orwell,de Jean-Pierre Martin. Comme s’il s’agissait d’une évidence.

Et il s’agit bien d’une évidence. La collection « L’un et l’autre », fondée par le regretté J.-B. Pontalis, a pour présupposé ce genre d’évidence.

Le militantisme assagi de Jean-Pierre Martin ne pouvait que rencontrer cette étape ultime et décisive dans la vie du plus pertinent des romanciers politiques suscités par le XXe siècle.…. Lire la suite