Modiano, émule de Proust ou de Balzac ?

Plan du métro parisien en 1950Le dernier roman de Patrick Modiano, Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, commence comme un roman policier et se transforme insensiblement en investigation sur le passé du narrateur, qui ressemble à l’auteur comme un frère.

Jean Daragane en a les habitudes, les craintes, les manies. Romancier, il est en train d’écrire un roman sans titre, feint d’écrire une monographie sur Saint-Leu-la-Forêt et se consacre surtout à fouiller dans sa mémoire pour y retrouver des souvenirs presque complètement oubliés que lui rappellent les deux étranges visiteurs venus lui rendre son carnet d’adresses.

Autobiographie déguisée ou autodérision ? Mise en abyme, mise en boîte, mise en demeure. Un nom disparu de sa mémoire va le mener de proche en proche à une série d’autres noms de gens qui ont tous tenu un rôle dans sa vie. Jouant sur ces noms – calembours, anagrammes, emprunts à l’histoire (Führer) ou à la littérature –, comme sur ceux des lieux évoqués, il écrit un nouveau paragraphe de son « pedigree », dessine la cartographie d’une existence fantomatique qui a été la sienne dans les années 1950, 1960, 1980 et 2000.

 

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« L’Oubli », de Frederika Amalia Finkelstein : mémoire mécanique

Frederika Amalia Finkelstein, "L'Oubli"

C’est un roman qui dérange, qui trouble. Ce qui est une bonne chose. Il est le fait d’une jeune femme qui ne peut savoir du XXe siècle et de son horreur profonde que ce que les ultimes survivants peuvent en raconter.

C’est donc le roman d’une transition vers l’absence de témoins, vers l’oubli, l’enfouissement ou la négation. La parole tend à disparaître, ou à n’exister plus que dans les témoignages filmés ou enregistrés. C’est avec cette réalité, contre elle aussi, que Frederika Amalia Finkelstein écrit son premier roman.

La narratrice a entre vingt et vingt cinq ans, un nom proche de celui de l’auteur qui a aussi cet âge. Alma traverse Paris pendant une nuit, et cherche à oublier, en marchant : « Je le dis sans honte : je veux oublier, anéantir cette infâme Shoah dans ma mémoire et l’extraire comme une tumeur de mon cerveau. » Il suffit pourtant qu’elle annonce ce programme dans l’incipit pour que tout s’enclenche et que chacune de ses pensées s’associe à cet événement.

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« Souviens-moi », d’Yves Pagès

"Souviens-moi", d'Yves Pagès« Un petit rien bordé de rose »

« L’oubli, c’est un bruit de fond familier, le mien. » Telle est la première phrase de ce petit livre stimulant, qui figure en quatrième de couverture.

Yves Pagès dresse un autoportrait éclaté, bâti sous forme de fragments qui, sauf exception notable, ne comptent pas moins de quatre-vingt dix mots, chose qui exaspère le correcteur orthographique du traitement de texte.

Un seul de ces éclats ne compte que cent-quarante signes et pourrait être expédié via une célèbre messagerie.

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