« Mémoires d’outre-mer », de Michaël Ferrier

"Mémoires d’outre-mer", de Michaël FerrierLoin du centre

Nous vivons avec la ferme conviction que la France est d’abord l’hexagone que l’on découvrait autrefois en lisant Le Tour de France de deux enfants. Certes, nous savons que ce pays est plus vaste qu’il n’en a l’air, et que de la Polynésie à l’Amérique en passant par la Réunion, il est divers à tous égards.

Nous n’en avons cependant qu’une conscience imparfaite. Peut-être est-ce là le sentiment qui animait Michaël Ferrier lorsqu’il est parti « outre-mer » sur les traces de son grand-père Maxime, un homme singulier, à part, sans doute trop rêveur et fantasque pour s’enfermer dans les murs nationaux, surtout au sortir de la guerre de 1914.

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Dans la cellule : « La Cache », de Christophe Boltanski

"La Cache", de Christophe BoltanskiLa « rue de Grenelle » est l’hôtel particulier dont les Boltanski ont été locataires pendant une longue période. Dans cet endroit habite encore Jean-Élie, frère du plasticien Christian et du sociologue Luc.

C’est le fils de ce dernier, Christophe, connu comme reporter, qui écrit le roman vrai de cette famille étonnante et de ce lieu qui ne l’est pas moins.

Le plan du roman suit celui des pièces ou espaces décrits : la cache, qui donne son titre au livre, y apparaît dans le chapitre intitulé « Entre-deux ». Cet entre-deux désigne un réduit au premier étage, non loin de la salle de bains, également décrite, et des escaliers menant au rez-de-chaussée où tout commence. Le premier lieu décrit est l’intérieur… d’une Fiat 500. C’est en effet grâce à ce « pot de yaourt » que les Boltanski sortaient de leur hôtel particulier, en groupe.

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« Suite française », de Saul Dibb, d’après Irène Némirovsky. De la réalité romancée à la reconstitution filmée

"Suite française", de Saul Dibb, d’après Irène NémirovskyLe destin du roman d’Irène Némirovsky, Suite française, est aussi extraordinaire que celui de son auteur, juive russe née à Kiev en février 1903, immigrée en France en 1919, devenue romancière à succès et égérie littéraire de Tristan Bernard ou d’Henri de Régnier.

Mariée au banquier Michel Epstein, elle est baptisée en 1939, mais l’État lui refuse la naturalisation. Victime des lois antisémites promulguées en octobre 1940 par le gouvernement de Vichy, le couple ne peut plus travailler.

On peut se demander pourquoi Irène écrit dans les hebdomadaires de droite comme Candide ou Gringoire. De façon assez troublante, l’image qu’elle donne des juifs est plutôt défavorable. Faut-il l’attribuer à la haine de soi, analysée par Lessing, ou, comme le soutient Myriam Anissimov, dans son introduction à l’édition Denoël de Suite française, à une absence de choix devant la situation faite aux juifs en France ?

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Libération de Paris, la mémoire longue

Paris libéré, Musée CarnavaletLe 25 août 1944, après une semaine de combats, la population parisienne, soutenue par les troupes du général Leclerc, met fin à quatre ans d’occupation allemande dans la capitale.

Quelques mois plus tard, le 11 novembre 1944, le Musée Carnavalet présente « La Libération de Paris ». Ce panégyrique à la gloire des libérateurs, élaboré à chaud, tel un reportage, avec de nombreuses photos prises sur le vif, comporte quelques zones d’ombres.

Avec « Paris libéré, Paris photographié, Paris exposé », le même musée Carnavalet, à soixante-dix ans de distance, revisite cette première exposition et s’interroge sur la manière dont on écrit l’histoire.

Le 14 juin 1940 la Wehrmacht entre dans Paris. Quatre ans après, le 25 août 1944, le général Dietrich von Choltitz, gouverneur militaire allemand du Grand Paris, signe l’acte de reddition de l’armée d’occupation à la Préfecture de police. Ce jour-là le général de Gaulle prononce l’un de ses plus célèbres discours :

« Nous sommes ici chez nous dans Paris levé, debout pour se libérer et qui a su le faire de ses mains. Non, nous ne dissimulerons pas cette émotion profonde et sacrée. Il y a là des minutes, nous le sentons tous, qui dépassent chacune de nos pauvres vies. Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé mais Paris libéré ! Libéré par lui-même, libéré par son peuple avec le concours des armées de la France, avec l’appui et le concours de la France tout entière, de la France qui se bat, de la seule France, de la vraie France, de la France éternelle.»

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Jacques Delarue, résistant, commissaire de police et historien

Jacques Delarue, "Histoire de la Gestapo"

Entré dans la police comme gardien de la paix, c’est en tant que commissaire divisionnaire honoraire que Jacques Delarue prend sa retraite en 1978.

Sa carrière, commencée dans la Résistance, se poursuit après-guerre à la Direction centrale de la police judiciaire avec la traque de collaborateurs puis par celle de membres de l’OAS.

Parallèlement à son activité policière il publie près d’une dizaine de livres dont certains, comme son Histoire de la Gestapo, demeurent inégalés.

Jacques Delarue, vient de décéder le 14 septembre, à l’âge de 95 ans, dans une indifférence médiatique générale.

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« Oradour-s. D’un village à l’autre », photographies de Charles Borrett

"Oradour-s. D'un village à l'autre", photographies de Charles BorrettLe photographe Charles Borrett s’est immergé à Oradour-sur-Glane pour y réaliser des sténopés. Ce mot désigne à la fois un appareil et un procédé photographique qualifié de pauvre : une boîte percée d’un trou et une pellicule suffisent pour réaliser des images atmosphériques et mystérieuses qui révèlent souvent bien plus que ce qu’imagine l’opérateur une fois qu’il a déclenché.

« Le très grand angle fait qu’on ne sait pas exactement ce qu’on va voir », explique Charles Borrett. Comme si un sens caché apparaissait au tirage.

Cela tient à la technique même de ce moyen abordable par tous. Le temps de pause, parfois long, ne donne pas la possibilité de figer la vie, mais de rendre leur âme aux objets inanimés.

Cette photographie lente, à l’opposé du mitraillage offert par le numérique, est parfaitement en adéquation avec le but poursuivi par Charles Borrett.

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« Aurais-je été résistant ou bourreau ? », de Pierre Bayard

pierre-bayardPierre Bayard, professeur de littérature à l’université Paris VIII et psychanalyste, aime les sujets décoiffants, présentés en des titres accrocheurs, de préférence interrogatifs : Qui a tué Roger Ackroyd ? (1998), Comment améliorer les œuvres ratées ? (2000), Et si les œuvres changeaient d’auteurs ? (2010) et, le plus connu du genre, Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? (2007).

Dans la plupart des cas, le contenu de ces ouvrages ne tient pas vraiment la promesse de leurs titres et s’adresse moins au grand public, impatient de découvrir la réponse à une question inattendue, qu’à des spécialistes, de littérature essentiellement, prêts à se lancer, par des voies détournées, dans une étude plus sérieuse que ne l’annonce l’emballage.

La couverture austère des Éditions de Minuit, et le prestigieux catalogue de la maison, sont d’ailleurs là pour dissiper toute velléité de lecture légère ou divertissante.…. Lire la suite