« Boyhood », de Richard Linklater, un hymne à la vie

"Boyhood", de Richard LinklaterComment traduire Boyhood ?

Le film retrace sur douze ans l’enfance d’un garçon depuis l’âge de six ans jusqu’à l’âge de dix-huit ans.

Pour réaliser un long métrage de fiction sur l’enfance dans sa globalité, avec ses étapes et ses expériences décisives, le réalisateur Richard Linklater a choisi un procédé déjà employé par le documentaire et par les premières séries américaines du soap opera, et a décidé de filmer l’enfant et sa famille quelques jours par an pendant une longue période de temps.

Au lieu de se focaliser sur un âge précis comme François Truffaut dans Les quatre cents coups par exemple, il a voulu montrer tous les âges de l’enfance chronologiquement et en temps réel. Truffaut a suivi Antoine Doinel toute sa vie et lui a consacré plusieurs films dans lesquels on voit Jean-Pierre Léaud se transformer. Linklater a voulu concentrer en un seul cette évolution.

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« La Bobine d’Alfred », de Malika Ferdjoukh

Malika Ferdjoukh, "La bobine d'Alfred"C’est dans des circonstances dignes d’une comédie américaine qu’Harry Bonnet se retrouve à Hollywood.

Son père, cuisinier et cinéphile averti, a réussi à se faire embaucher par une grande star du muet, Lina Lamont – pour mémoire, Lina Lamont est l’héroïne de Singing in the rain –, qui les a emmenés, lui et son fils, à Hollywood.

Nous sommes en 1964, le jeune Harry reconnaît que son anglais « n’en mène pas large » dans ce Hollywood tout entêté de sa propre gloire. Il découvre avec stupeur le luxe des villas de star, l’ampleur des rues et des paysages.

Le roman prend donc les allures d’un récit initiatique. Mais très vite le lecteur comprend que l’intérêt réside ailleurs.

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« Je ne retrouve personne », d’Arnaud Cathrine

Faire la solitude

Il y a cinquante ans, à Villerville, un homme venait retrouver une petite fille. Mais il rencontrait aussi un restaurateur bourru avec qui il faisait une fête mémorable dans le village. C’était pour le compte d’un film, Un singe en hiver, d’Henri Verneuil, et nul n’a oublié la corrida improvisée par Belmondo, ou la saoulerie avec Gabin.

Aurélien Delamare a le souvenir de ces faits, mais plus rien de tel ne se déroulera dans son village natal. Il est venu là sur l’injonction de Cyrille, son frère aîné, le « régent » comme il l’appelle, et il vient vendre la maison familiale ; leurs parents vivent désormais à Nice et nul ne vit plus dans la maison au bord de la mer.

Aurélien est romancier, il a publié un livre qu’il n’aime guère et dont il devrait pourtant assurer la promotion. Il a prévu de ne rester qu’une nuit. Il y passera l’automne et l’hiver, « faisant la solitude » plutôt que la trouvant, selon la formule de Marguerite Duras dans Écrire. Et de la solitude à l’isolement, il n’est qu’un pas qu’il franchira dans cette saison qui s’achève avec le retour provisoire de toute la famille, pour vider la maison pendant les fêtes de fin d’année. Continuer la lecture