« Le Fils de Saül », de László Nemes. Immersion dans l’enfer concentrationnaire

Géza Röhrig dans "Le Fils de Saul", de László Nemes

Géza Röhrig dans « Le Fils de Saul », de László Nemes

La fiction a toujours posé problème pour la représentation de la Shoah. Les historiens s’en méfient. Claude Lanzmann la condamne. Mais le film du Hongrois László Nemes, qui a obtenu à Cannes le Grand Prix, a démontré brillamment qu’à condition d’être d’une rigueur absolue et sans complaisance aucune, elle est un choix judicieux pour créer chez un public cette empathie qui arrache à l’indifférence.

En octobre 1944, à Auschwitz-Birkenau. Saül Ausländer est membre du Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs chargé de la manutention dans les crématoires. Nous connaissons cette extermination industrielle par les témoignages des Sonderkommandos cachés sous terre à Auschwitz en 1944 et réunis par le Mémorial de la Shoah.

Il en a été tiré un livre, Des voix sous la cendre (Le livre de poche, 2006). Ce document de première main qui fait partager au lecteur leur quotidien été la première source d’inspiration du cinéaste. « C’était, dit-il, comme être là, dans leurs vies, à l’intérieur. » Il avait aussi des raisons personnelles de faire ce film car des membres de sa famille avaient été exterminés à Auschwitz.

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« Collage Résistant(s) » de Mustapha Boutadjine

"Tzigana", de Mustapha Boutadjine, 2010

« Tzigana », de Mustapha Boutadjine, 2010

Mustapha Boutadjine lacère des publicités dans les magazines de luxe. Puis il recolle les morceaux. Il fragmente l’ordre dominant pour célébrer le désordre, la vie.

Ces collages rendent hommage à des personnages emblématiques de notre histoire commune, inconnus ou non, poètes, artistes, militants, scientifiques qui un jour ont dit non. Sa démarche est picturale. Il peint avec le papier.

C’est à la fois son support et son matériau. Une démarche artistique unique, radicale, mémorielle aussi. Sous le titre « Collage Résistant(s) », Mustapha Boutadjine expose une quinzaine de ses créations à la galerie Corinne Bonnet. Il publie parallèlement un superbe ouvrage reprenant l’ensemble de ses œuvres.

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« Suite française », de Saul Dibb, d’après Irène Némirovsky. De la réalité romancée à la reconstitution filmée

"Suite française", de Saul Dibb, d’après Irène NémirovskyLe destin du roman d’Irène Némirovsky, Suite française, est aussi extraordinaire que celui de son auteur, juive russe née à Kiev en février 1903, immigrée en France en 1919, devenue romancière à succès et égérie littéraire de Tristan Bernard ou d’Henri de Régnier.

Mariée au banquier Michel Epstein, elle est baptisée en 1939, mais l’État lui refuse la naturalisation. Victime des lois antisémites promulguées en octobre 1940 par le gouvernement de Vichy, le couple ne peut plus travailler.

On peut se demander pourquoi Irène écrit dans les hebdomadaires de droite comme Candide ou Gringoire. De façon assez troublante, l’image qu’elle donne des juifs est plutôt défavorable. Faut-il l’attribuer à la haine de soi, analysée par Lessing, ou, comme le soutient Myriam Anissimov, dans son introduction à l’édition Denoël de Suite française, à une absence de choix devant la situation faite aux juifs en France ?

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Colloque international Primo Levi

Colloque international Primo LeviLe colloque international sur Primo Levi, qui se déroulera à Chambéry les 25 et 26 mars 2015, organisé par Daniela Amsallem, a été conçu dans le cadre des échanges entre l’université Savoie Mont Blanc et l’université de Vercelli (Università del Piemonte Orientale), avec le soutien de l’université franco italienne et en collaboration avec l’Institut culturel italien de Lyon.

Il prévoit la participation d’enseignants-chercheurs des deux établissements partenaires, ainsi que d’autres spécialistes français et italiens de l’écrivain turinois, qui aborderont sous un éclairage nouveau les différents aspects de sa personnalité et de son œuvre.
Seront traités des thèmes ayant trait à la biographie de l’auteur: sa participation à la Résistance, l’élaboration littéraire de son expérience vécue; sa position vis-à-vis de la science et de l’éthique, ses rapports avec la culture française.

Des documents inédits y seront présentés : les entretiens de Primo Levi avec Giovanni Tesio, en vue d’une biographie autorisée, et les adaptations radiophoniques de ses deux premiers livres: Si c’est un homme et La Trêve. Le directeur du Centre d’études Primo Levi de Turin exposera les activités du centre ainsi que la réception des œuvres de cet écrivain, devenu une figure incontournable du XXe siècle.

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« Le Consul », de Salim Bachi : un visa pour l’éternité

 

"Le Consul", de Salim BachiÀ partir du 17 juin 1940, un diplomate a signé plus de trente mille visas permettant à des réfugiés, des fugitifs, des proscrits de toutes sortes, de passer au Portugal. Cet homme, Aristides de Sousa Mendes (1885-1954), est « l’homme dressé seul face à l’abîme » dont Salim Bachi raconte une partie de l’existence, autour de ce moment fatidique.

En bandeau, l’éditeur a mis « Un juste », et on ne saurait qualifier autrement ce consul à Bordeaux qui, parmi les nombreuses victimes qu’il a sauvées, a signé les visas de dix mille juifs.

Le titre décerné par Yad Vashem lui est revenu à titre posthume, puisque Mendes est mort dans la solitude et la pauvreté, avant que ce qu’il avait fait ne soit connu et mis en lumière. L’exil intérieur qu’il a subi forme la trame des dernières pages du récit sur la forme duquel il convient de revenir.

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« L’Oubli », de Frederika Amalia Finkelstein : mémoire mécanique

Frederika Amalia Finkelstein, "L'Oubli"

C’est un roman qui dérange, qui trouble. Ce qui est une bonne chose. Il est le fait d’une jeune femme qui ne peut savoir du XXe siècle et de son horreur profonde que ce que les ultimes survivants peuvent en raconter.

C’est donc le roman d’une transition vers l’absence de témoins, vers l’oubli, l’enfouissement ou la négation. La parole tend à disparaître, ou à n’exister plus que dans les témoignages filmés ou enregistrés. C’est avec cette réalité, contre elle aussi, que Frederika Amalia Finkelstein écrit son premier roman.

La narratrice a entre vingt et vingt cinq ans, un nom proche de celui de l’auteur qui a aussi cet âge. Alma traverse Paris pendant une nuit, et cherche à oublier, en marchant : « Je le dis sans honte : je veux oublier, anéantir cette infâme Shoah dans ma mémoire et l’extraire comme une tumeur de mon cerveau. » Il suffit pourtant qu’elle annonce ce programme dans l’incipit pour que tout s’enclenche et que chacune de ses pensées s’associe à cet événement.

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Jacques Delarue, résistant, commissaire de police et historien

Jacques Delarue, "Histoire de la Gestapo"

Entré dans la police comme gardien de la paix, c’est en tant que commissaire divisionnaire honoraire que Jacques Delarue prend sa retraite en 1978.

Sa carrière, commencée dans la Résistance, se poursuit après-guerre à la Direction centrale de la police judiciaire avec la traque de collaborateurs puis par celle de membres de l’OAS.

Parallèlement à son activité policière il publie près d’une dizaine de livres dont certains, comme son Histoire de la Gestapo, demeurent inégalés.

Jacques Delarue, vient de décéder le 14 septembre, à l’âge de 95 ans, dans une indifférence médiatique générale.

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Concours national de la Résistance et de la déportation 2014-2015

Carte des camps de concentration et d'extermination © FNDIRP

Carte des camps de concentration et d’extermination © FNDIRP

Un concours sur l’histoire et la mémoire
de la Résistance et de la déportation

Le concours national de la Résistance et de la déportation vise à perpétuer chez les collégiens de troisième et les lycéens la mémoire de la Résistance et de la déportation. La participation au concours permet aux élèves d’en tirer des leçons civiques dans leur vie d’aujourd’hui.

Le thème de l’édition 2014-2015 est La libération des camps nazis, le retour des déportés et la découverte de l’univers concentrationnaire.

 

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