« Le Misanthrope » à la Comédie-Française : « le défaut d’être un peu plus sincère »

"Le Misanthrope" à la Comédie-FrançaiseLa version du Misanthrope donnée à la Comédie-Française jusqu’au 23 mars, et déjà représentée au printemps dernier, tranche avec beaucoup de mises en scène antérieures par son parti pris d’authenticité, comme si Clément Hervieu-Léger, s’étant mis à l’école d’Alceste, exigeait de ses personnages « le défaut d’être un peu plus sincère », autrement dit le mérite d’être un peu plus vrai que de coutume.

Ce n’est pas en effet le moindre intérêt d’une mise en scène par ailleurs riche en inventions (entre autres le décor à la Escher ou l’usage du piano) que d’avoir su travailler les caractères dans le sens d’une complexité intérieure qui fait de Célimène ou d’Alceste plus que des personnages de comédie, à savoir de Célimène plus qu’une coquette insolente, d’Alceste plus qu’un atrabilaire ridicule.

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« Dom Juan ou le Festin de pierre », de Molière, à la Comédie-Française

Le "Dom Juan" de Molière dans la mise en scène de Jean-Pierre VincentPrès de trois cent cinquante ans après sa création, en février 1665 au Palais-Royal par la troupe de l’auteur, La Grange jouant le rôle de Dom Juan, Molière celui de Sganarelle, Dom Juan ou le Festin de pierre est à nouveau à l’affiche dans la salle de la rue Richelieu.

Le programme fourni par la Comédie-Française omet de nous préciser le nombre de représentations que totalise l’œuvre mais mentionne quelques mémorables mises en scène, comme celles de Jean Meyer, d’Antoine Bourseiller, de Jean-Luc Boutté ou de Jacques Lasalle, pour s’en tenir aux plus récentes.

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« Alceste à bicyclette », de Philippe Le Guay

philippe-le-guay-alceste-a-bicycletteQuelques remarques en préambule. Ce film aura peu de chance d’être primé aux Oscars d’Hollywood. Contrairement à The Artist, il est particulièrement généreux en dialogues et son contenu semble réservé à un public français – à la rigueur francophone.

Autre chose : il faut recommander avec insistance à tous les professeurs de lettres d’emmener leurs élèves voir le film. Même si Le Misanthrope n’est pas inscrit à leur programme, ils mesureront l’actualité de la pièce et la vraie nature du travail des comédiens  (y compris dans l’art de respecter les diérèses pour une bonne mesure de l’alexandrin).

Dernière observation préalable : il est possible de faire un film sur tous les sujets et sans recourir à des budgets démesurés. Celui-ci est construit sur une intrigue d’une extrême minceur et n’a pas dû engager des capitaux très importants. Il suffit de réunir quelques bons acteurs (ils sont tous excellents), de bénéficier d’un décor exceptionnel (la très photogénique île de Ré, hissée ici au rang de personnage) et de laisser, devant une caméra inspirée, se dérouler l’histoire. Continuer la lecture

« Le Pauvre homme ! – Molière et l’affaire du Tartuffe », de Gabriel Conesa

L’enseignement de la littérature mène à tout, même au roman. Surtout quand il s’agit de parler d’un auteur à la vie riche et mouvementée (au point d’avoir plusieurs fois intéressé le cinéma) et d’une œuvre qui fit date par son audace et les remous qu’elle occasionna.

Gabriel Conesa, connu pour ses solides travaux sur le théâtre et notamment la comédie, aussi à l’aise pour démonter le mécanisme dramatique d’une pièce de Beaumarchais que pour jouer du trombone dans un trio de jazz se produisant, par exemple, au Petit Journal, Gabriel Conesa donc a franchi le pas et souhaité mettre son érudition au service d’une narration rondement menée invitant à une lecture plaisante.

Le titre du livre (Le Pauvre homme !) est sans ambiguïté, puisqu’il est emprunté à la plus célèbre des répliques de Tartuffe, et qu’il est assorti d’un sous-titre explicite resituant le sujet (Molière et l’affaire du Tartuffe). Figure encore en bonne place sur la couverture l’indispensable précision générique : « roman ».

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