L’enseignement de la colonisation et de la décolonisation et la lutte contre le racisme et les discriminations à l’école

Almanach du Petit Colon algérien, 1893

Almanach du Petit Colon algérien, 1893

Cet article a été écrit avant les attentats du 13 novembre dernier, pour l’université populaire organisée par la Maison des potes sur la question de la lutte contre le racisme. Les attentats ont bien entendu bouleversé la donne.

Depuis, beaucoup de prises de position, de tentatives d’explication, de décisions ont été adoptées. Il convient effectivement de répondre à certaines causes urgentes mais aussi de continuer à réfléchir sur d’autres facteurs profonds, directs et indirects.

Tahar Ben Jelloun, dans un article intitulé « Le terrorisme expliqué aux enfants », publié dans Le Monde daté du 28 novembre, insistait en conclusion sur la nécessité de lutter contre le racisme à l’école :

« La sécurité garantie à cent pour cent n’existe pas. Il y a le travail immédiat que fait la police, qui est nécessaire et très important, et puis il y a l’éducation sur le long terme. L’école doit intégrer dans ses programmes la lutte contre le racisme qui est souvent à la base de l’intolérance et du fanatisme qui se traduisent, dans la réalité, par l’exercice du mal absolu. »

Cet article voudrait essayer de donner quelques pistes pour aller dans ce sens. Elles sont bien entendu non exhaustives : il existe beaucoup d’autres manières pour lutter contre ce fléau. Je n’ai fait qu’évoquer celles que je connais le mieux.

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Réfugiés de partout et de nulle part. – Quand tout le reste n’est que littérature

Julien Clerc, ambassadeur de bonne volonté auprès du Haut Commissariat aux réfugiés des Nations unies

Julien Clerc, ambassadeur de bonne volonté auprès du Haut Commissariat aux réfugiés des Nations unies

Julien Clerc, une voix pour les droits

Julien Clerc reste avant tout un chanteur populaire. Compositeur de qualité, il a su s’adjoindre les services d’auteurs aussi réputés que Jean-Loup Dabadie pour « L’assassin assassiné » (1980) ou Étienne Roda-Gil pour « Utile » (1992).

Toutefois, comme ces deux titres en témoignent, cet adepte des chansons à texte ne rechigne pas à se servir de son micro pour exprimer des idées fortes. Si « L’assassin assassiné » renvoyait au thème de la peine de mort et « Utile » à celui de la liberté d’expression, une troisième chanson justifie d’être redécouverte en ces temps déraisonnables de migrations forcées.

Il s’agit bien entendu de « Réfugié », daté de 2012, un des chefs-d’œuvre lyriques de l’ambassadeur de bonne volonté du HCR.

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Anatomie d’un mensonge : «L’Imposteur», de Javier Cercas

"L'Imposteur", de Javier CercasEn mai 2005, alors que le Premier ministre espagnol doit pour la première fois assister à la commémoration de la libération des camps, un scandale éclate. Enric Marco, président de l’Amicale de Mauthausen, révèle que, contrairement à ce qu’il avait affirmé, il n’a jamais été déporté à Flossenbürg.

Il a menti sur cet aspect essentiel de son passé, mais sur d’autres, aussi. L’effet est ravageur. C’est sur cet événement que Javier Cercas revient dans L’Imposteur.

Le romancier espagnol, auteur des Soldats de Salamine et de Anatomie d’un instant s’intéresse aux ambiguïtés de l’Histoire.

Il met en relief sa complexité, ses paradoxes, n’hésitant pas à heurter une certaine bonne conscience et à se confronter lui-même au danger de son entreprise.

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La série des « Pozzis », de Brigitte Smadja, illustrée par Alan Mets. Un monde où tout est pozzible…

 couvmouchegabaritBrigitte Smadja a décidé un jour de tenter une expédition vers les territoires du merveilleux, ceux où tout est permis, après avoir longtemps arpenté ceux du réalisme. De sa complicité avec Alan Mets, au dessin coloré et si vivant, est né un nouveau monde, celui des Pozzis.

Nous y pénétrons, invités par Abel, dont le prénom biblique et l’initiale suggèrent des temps nouveaux. Le tome I endosse la promesse d’une histoire qui va durer, se compliquer, se développer…

À l’heure où paraissent les deux derniers épisodes de la série, explorons cet univers étrange, drôle et mystérieux.

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Le nouveau programme pour l’école maternelle à la rentrée 2015

Le nouveau programme d’enseignement à l’école maternelle entrant en vigueur à la rentrée 2015 a été publié le 13 avril 2015. Nous proposons ci-dessous l’ensemble des textes définissant ce nouveau programme.

Les premières ressources d’accompagnement seront communiquées à partir de mai 2015.

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« Elle s’appelait Tomoji », de Jirô Taniguchi

jiro-taniguchi-tomojiTopographie du pays de Tomoji

Le nouvel album de Jirô Taniguchi est au départ une œuvre de commande : il s’agissait de raconter la vie de Tomoji Uchida, créatrice d’un temple bouddhiste dans la région de Tokyo. Un temple que fréquente assidûment depuis trente ans la femme de Taniguchi, et où l’artiste aussi se rend de temps à autre en personne.

Il s’en est tenu pour finir à l’enfance de cette femme à la vie à la fois étonnante et banale au demeurant : étonnante si l’on s’en tient à cet épisode de la création d’un temple – dont on imagine les difficultés –, banale si l’on se réfère à ce qui nous est raconté, et qui a dû constituer le lot de bien des femmes japonaises au début du siècle dernier.

Elle s’appelait Tomoji nous arrive après les longues marches – oui, parfois les très longues marches de ses héros dans nombre d’albums plus ou moins anciens – du bien nommé Homme qui marche au Promeneur en passant par Le Gourmet solitaire et ses déambulations gastronomiques à la recherche de la soupe au miso idéale (la soupe au miso ou le Graal des jours d’une vie humblement parfaite). Ces héros sont bien souvent des hommes en errance, en mouvement.

À ma connaissance, voici le premier album de Taniguchi qui soit intégralement consacré à un personnage principal féminin – on a certes déjà rencontré dans l’œuvre de Taniguchi nombre de figures féminines merveilleuses, mais jamais avec ce degré de présence au monde. Une présence tranquille et déterminée, dans l’attente comme dans les questions qu’elle pose.

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Racisme et terrorisme. Points de repères et données historiques

Hommage à "Charlie Hebdo", Paris, 12 janvier 2015L’attentat contre Charlie Hebdo suscite à juste titre un électrochoc dans la société française qui ne manquera pas d’avoir de nombreuses répercussions dans les classes, plongeant parfois les enseignants dans l’embarras pour ne pas dire davantage. Faut-il pour autant tenter d’éviter le problème ? Évidemment non, au contraire.

Quand j’ai commencé ma carrière d’enseignant en septembre 2001 dans un collège de « banlieue », à Chanteloup-les-Vignes, où des adolescents de plus de quarante nationalités se côtoyaient, la situation oscillait entre un soutien latent de quelques-uns à Oussama ben Laden et la crainte d’autres jeunes que l’un des nombreux avions qui passaient au-dessus de leur ville ne vienne s’écraser sur leur tour. Si je me permets de raconter cette anecdote personnelle, c’est pour montrer que, souvent, les plus touchés et les plus fragilisés ne sont pas ceux que l’on croit.

La précarité économique va évidemment de pair avec la fragilité sociale… et politique. L’acte barbare qui vient de se dérouler ne manquera pas – une fois encore – de stigmatiser celles et ceux qui se trouvent déjà dans une situation difficile. La stigmatisation, l’ostracisme, facilitent évidemment le repli sur soi communautariste, que recherchent précisément ceux qui ont commis cet attentat.

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De la vertu pédagogique des commémorations de la Première Guerre mondiale

"La guerre documentée", 1919Le rideau est tombé sur la première année du cycle de commémorations de la Première Guerre mondiale à Notre-Dame-de-Lorette, ce 11 novembre 2014. L’action pédagogique nationale menée à cette occasion s’est appuyé sur les initiatives locales portées par les équipes pédagogiques. Elle s’est inscrite dans une volonté clairement affichée d’un « travail de mémoire » et de réflexion appliquée à l’« objet » Première Guerre mondiale portant sur la pluridisciplinarité et la pédagogie par projet.

Il ne s’agissait point d’abandonner l’apprentissage des savoirs disciplinaires. Mais de se souvenir que leur organisation dans le cadre scolaire est un héritage pédagogique du XIXe siècle… Chaque discipline ou matière construit un vocabulaire et des outils techniques propres. Mais que sont-ils sans les compétences intellectuelles transversales qui les soutiennent?

Le Centenaire, posé dans ce cadre, a été pensé comme un laboratoire pédagogique. Il peut, nous le croyons, servir à imaginer différemment l’enseignement dispensé aux élèves et la formation des maîtres qui lui est liée, en s’appuyant sur les pratiques mises en œuvre au plus près des classes.

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