« Fairyland. Un poète homosexuel et sa fille à San Francisco dans les années 70 », d’Alysia Abbott, aux Éditions Globe

« Fairyland. Un poète homosexuel et sa fille à San Francisco dans les années 70 » d’Alysia Abbott, aux Éditions GlobeDans Fairyland, Alysia Abbott relate ses vingt premières années auprès de son père, le poète militant homosexuel Steve Abbott, mort du sida en 1993. Son livre, marqué par le deuil, s’ouvre sur celui de sa mère alors qu’elle est une petite enfant.

Fairyland est un témoignage sensible habité par l’amour, mais sans aucun pathos. C’est aussi une chronique des premières années du sida à San Francisco. Une « féerie » rose et noire.

Comment définir Fairyland ? Ce livre est à la croisée de tellement de chemins qu’on est immanquablement condamné à faire fausse route en le catégorisant. Certes il s’agit bien de la biographie du poète et journaliste homosexuel Steve Abbott par sa fille Alysia Abbott. Dis comme ça, c’est un peu sec. On peut tout aussi bien l’aborder comme la chronique documentée du San Francisco gay de l’après « summer of love » jusqu’aux ravages du sida. C’est insuffisant.

C’est surtout le récit, parfaitement traduit par Nicolas Richard, d’un amour profond entre un père et sa fille. Qualifier cet amour de filial est bien réducteur. Ne pas le nommer, ne pas le définir, ne pas le restreindre permet à Alysia de le garder bien vivant. Ce livre est vivant.

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« Ceux qui ne dormaient pas. Journal 1944-1946 », de Jacqueline Mesnil-Amar

"Ceux qui ne dormaient pas", de Jacqueline Mesnil-AmarPublié pour la première fois en 1957 aux Éditions de Minuit et passé alors inaperçu parce qu’il était plutôt question, en France, de tourner la page, le journal de Jacqueline Mesnil-Amar (1909-1987) est réédité chez Stock en 2009, puis au Livre de poche en 2010.

Et on se rend compte que la perspective a complètement changé sur ce texte, qui mêle étroitement l’intime et l’Histoire, et que le moment est bien plus propice aujourd’hui à sa lecture. Sans doute parce qu’un travail considérable a été réalisé depuis lors sur la Shoah.

Jacqueline décrit au jour le jour les affres qu’elle connaît à partir du soir où son mari, André Amar, ne rentre pas à la maison. Arrêté le 18 juillet 1944 avec d’autres combattants de l’ombre, il va être envoyé à Fresnes, puis à Drancy, d’où il partira le 24 août dans le dernier convoi pour Auschwitz. Son évasion tient du miracle.

Sans nouvelles comme toutes les femmes de résistants et follement inquiète, Jacqueline écrit pour tromper l’attente, l’angoisse, pour essayer de comprendre pourquoi et comment sa vie vient d’être saccagée.

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