De quelques précurseurs sombres annonçant l’éclair. Entretien avec Guy Darol

Guy Darol, "Outsiders, 80 francs-tireurs du rock et de ses environs"Tout ce que vous n’avez jamais su sur le rock (et que vous n’avez jamais pensé à demander) est ici. Dans ce livre essentiel, Outsiders, 80 francs-tireurs du rock et de ses environs, l’écrivain et journaliste Guy Darol révèle la face sombre du rock. Pas la plus maléfique, non, mais la moins célébrée, la moins spectaculaire et héroïque.

Les héros sont fatigants. Tout leur réussit. Mais face à l’échec ils s’effondrent. L’échec est bien sûr relatif. On pourrait établir un parallèle facile avec les cancres, ces intelligences différentes, incomprises.

Des perdants : Syd Barrett, The Residents, Moondog, Kevin Ayers, Captain Beefheart ? S’ils sont bien en marge – et la marge ne définit- elle pas le cadre ? – ces figures de l’authentique contre-culture ne seront jamais des produits marketés. Ils sont inaptes à la récupération. Des modèles ? Oui, en ceci qu’ils prônent la singularité et la ténacité. Sois-toi, il n’y a que toi. L’auteur ne conclut-il pas son avant-propos par cette phrase de Nietzsche tirée du Gai savoir : « Qui s’aime lui-même apprend à le faire en suivant une voie identique : il n’y a que celle-là. »

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« La Vénus à la fourrure », de Roman Polanski, d’après Leopold von Sacher-Masoch

"La Vénus à la fourrure", de Roman PolanskiUn magnifique plan-séquence d’un jour d’orage sur les grands boulevards se clôt par un travelling vers un curieux théâtre dont la façade occupe toute la largeur d’un unique bâtiment entre deux rues. Théâtre idéal, idée du théâtre.

À l’intérieur, seul, Thomas, le metteur en scène, exprime son découragement au téléphone : aucune des comédiennes qu’il a passé la journée à auditionner  n’est capable de jouer le personnage de Vanda dans son adaptation théâtrale de La Vénus à la fourrure, nouvelle de l’écrivain autrichien Leopold von Sacher-Masoch, écrite en 1869 (la pièce est en réalité de l’Américain David Ives).

Soudain surgit une jeune femme, qui le convainc de l’entendre. Elle s’appelle Vanda Jourdain et incarne tout ce que Thomas déteste : vulgaire, écervelée, délurée, elle est prête à tout pour obtenir le rôle et émaille ses phrases de « genre » ou « génial ». À son corps défendant, Thomas la laisse tenter sa chance et voit avec stupéfaction l’intruse se métamorphoser en une parfaite incarnation de la Vanda originale. Elle tire de son sac à point nommé les accessoires et les costumes, comprend parfaitement le personnage et connaît la pièce par cœur. L’audition devient un face à face intense, un jeu de fascination réciproque, qui enchaîne Thomas, le cloue sur place.

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