« Le Misanthrope » à la Comédie-Française : « le défaut d’être un peu plus sincère »

"Le Misanthrope" à la Comédie-FrançaiseLa version du Misanthrope donnée à la Comédie-Française jusqu’au 23 mars, et déjà représentée au printemps dernier, tranche avec beaucoup de mises en scène antérieures par son parti pris d’authenticité, comme si Clément Hervieu-Léger, s’étant mis à l’école d’Alceste, exigeait de ses personnages « le défaut d’être un peu plus sincère », autrement dit le mérite d’être un peu plus vrai que de coutume.

Ce n’est pas en effet le moindre intérêt d’une mise en scène par ailleurs riche en inventions (entre autres le décor à la Escher ou l’usage du piano) que d’avoir su travailler les caractères dans le sens d’une complexité intérieure qui fait de Célimène ou d’Alceste plus que des personnages de comédie, à savoir de Célimène plus qu’une coquette insolente, d’Alceste plus qu’un atrabilaire ridicule.

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Kaspar Hauser, enfant de brouillard

"L'Énigme de Kaspar Hauser", de Werner HerzogLa diffusion d’une copie numérique restaurée de L’Énigme de Kaspar Hauser (Jeder für sich und Gott gegen alle), de Werner Herzog, réalisé en 1974, est l’occasion de revenir sur une œuvre majeure qui nous interroge encore.

Un adolescent est trouvé le 26 mai 1828, hagard et épuisé, sur la place de Nuremberg. Une lettre à la main, écrite en gothique par une personne anonyme qui l’aurait élevé, n’indique même pas son nom.

« N’ayant aucune idée de la parole », comme l’écrit Werner Herzog au début de son film, les seuls mots qu’il savait prononcer « cavalier veux comme mon père » enflammèrent les théories sur son origine aussi bien que les suspicions.

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Professeur de lettres : en cours, pour surprendre, il faut innover

Discussion à bâtons rompus
avec une professeur de lettres classiques heureuse

Jeune retraitée de l’Éducation nationale, Claude Arditty exerce toujours à temps partiel dans l’enceinte de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis et à l’hôpital de Villejuif.

Au cours de sa carrière elle a enseigné au collège, au lycée et à l’IUFM, dans le cadre de formations pour adultes à l’université et au Greta de Massy, en IUT à Orsay, dans un établissement spécialisé pour de jeunes adultes handicapés à Palaiseau, mais aussi en milieu carcéral et  à l’hôpital. La diversité est pour elle l’une des clés du plaisir que procure notre métier.

Elle a accepté d’évoquer pêle-mêle des bribes de sa carrière : une éclaircie salutaire pour tous les enseignants ayant le désir de puiser à la source du bonheur d’enseigner.

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« Hamlet », de Shakespeare. La fortune scénique d’un chef-d’œuvre renouvelé à la Comédie-Française

"Hamlet" à la Comédie-Française, 2013

« Hamlet » à la Comédie-Française, 2013

On n’en finira jamais avec Hamlet, pièce emblématique de Shakespeare, voire sommet du théâtre, au moins occidental.

À la fois tragédie personnelle et politique, texte métaphysique, image éternelle de la modernité portée par une force poétique inaltérable, Hamlet interroge ce qu’est l’homme et interpelle chacun de nous. Aussi la pièce a-t-elle suscité une somme incomparable de commentaires et d’interprétations, générant un véritable mythe autour de son personnage éponyme.

Une même fascination s’est manifestée à la scène, dès la création de la pièce autour de 1600, d’abord évidemment en Angleterre, puis progressivement en France. La nouvelle mise en scène que présente la Comédie-Française (salle Richelieu, jusqu’au 12 janvier 2014), réalisée par un compatriote de Shakespeare, Dan Jemmet, s’inscrit dans cette riche tradition scénique, tout en s’offrant une certaine liberté et modernité.

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« Phèdre », de Racine, à la Comédie-Française

racine_phedreEst-ce un hasard si la pièce qui est considérée comme le chef-d’œuvre le plus accompli de Racine présente un lien privilégié avec notre plus prestigieux théâtre national ? Phèdre a inauguré la naissance de la Comédie-Française en 1680, trois ans après sa création, et y a été ensuite très souvent représentée, pour la plus grande gloire des actrices titulaires du rôle-titre.

Actuellement, Michael Marmarinos nous en offre une nouvelle mise en scène dans la salle Richelieu rénovée, en alternance jusqu’au 26 juin. C’est l’occasion de mesurer la fortune scénique de la pièce dans notre premier théâtre national de 1680 à 2013.

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« Hänsel et Gretel », de Engelbert Humperdinck, à l’Opéra Garnier

Hansel-et-GretelL’Opéra de Paris accueille à son répertoire Hänsel et Gretel de Engelbert Humperdinck dans une mise en scène de Mariame Clément, des décors de Julia Hansen, une direction musicale de Claus Peter Flor et une chorégraphie de Mathieu Guilhaumon, tous pour la première fois à Paris, afin de célébrer le bicentenaire de la parution, le 20 décembre 1812, des Contes de l’enfance et du foyer des frères Jacob et Wilhelm Grimm.

Inscrits depuis 2005 au patrimoine de l’UNESCO, ils ont été salués par l’ONU comme « le plus connu et le plus distribué des livres en Allemagne ».

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« Dans la maison », de François Ozon

affiche du film « Dans la maison », de François OzonLe cinéma de François Ozon aime à cultiver l’ambiguïté. Ne le lui reprochons pas, d’autres cinéastes, parfois très prestigieux, tels Hitchcock, Oliveira ou Chabrol, ont exploré la même voie. Et, en matière d’art, et de littérature en particulier, rares sont les chefs-d’œuvre construits sur la transparence ou l’univocité.

Ce qui ne veut pas dire qu’il suffit d’être embrouillé pour atteindre les sommets. Et embrouillé, le dernier film de François Ozon, Dans la maison, l’est plutôt, l’ambiguïté, ostensiblement recherchée, aboutissant à un désordre flou qui laisse le spectateur le mieux disposé dans un état de perplexité, voire de déception. Lire la suite