« Spartacus & Cassandra », de Ioanis Nuguet

"Spartacus & Cassandra", de Ioanis NuguetSpartacus et Cassandra sont frère et sœur. Ils sont scolarisés dans une école, vraisemblablement de Seine-Saint-Denis.

Leurs parents viennent de Roumanie, mais eux sont nés en France. Ils sont encore attachés à leurs parents, mais ceux-ci ne peuvent pas s’occuper d’eux : la mère mendie et est irresponsable, le père fait certainement des petits trafics, il est malin, n’est pas coupé d’une communauté Rom qui s’est installée comme elle peut en France.

Il culpabilise sans cesse ses enfants et leur dit qu’il ne peut concevoir vivre sans eux, même s’il ne peut pas s’occuper d’eux matériellement. Ils ont rencontré Camille, une jeune femme qui travaille dans un cirque, qui s’est attachée à eux et s’en occupe au quotidien.

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« Bande de filles », de Céline Sciamma

"Bandes de filles", d'Élise SciammaLe titre est trompeur. Il y a bien une bande de filles que filme Céline Sciamma : elle est constituée par trois adolescentes, Lady qui en est le centre, Fily et Adiatou. Lorsque Marieme se retrouve seule, désœuvrée, en butte contre l’institution scolaire, elle se décide à les rejoindre.

En même temps qu’un nouveau prénom (Vic), elle s’efforce d’acquérir confiance en soi, agressivité, aisance, féminité. Lady est alors un modèle plus qu’une amie. Marieme, d’ailleurs, ne voit pas dans son amie les parts d’ombre et de vulnérabilité. Elle recherche d’abord un moyen pour conquérir une volonté d’affirmation et d’estime de soi.

Pourtant, cette bande n’est pas l’unique objet du film. Les quatre personnages ne sont absolument pas placés sur un pied d’égalité devant la représentation.

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Illettré, ça prend un ou deux « t » ?

garamontQu’est-ce que ce mot, Illettré ? Avec un « i » majuscule, on dirait presque qu’il possède trois « l ». Cependant tel l’oiseau, il a décidé de s’en tenir à deux.

De toute façon, un mot qui commence par trois consonnes identiques, en français, ça ne s’est jamais vu. Pas encore du moins.

Prêt à s’envoler de ses deux « l », les deux « t » d’illettré, à l’instar de deux pieds, le maintiennent fermement à terre. Entre ciel et terre, à sa tête se dresse le préfixe négatif il- qui présage un manque. Il-lettré: sans lettres. Un mot muni d’un semblant de tête qui exprime l’absence, avec deux ailes, deux pieds et qui n’a pas de lettres ?

Vous vous moquez, ce n’est pas un mot mais la Victoire de Samothrace ! Ou bien tout simplement une grande piperie ! Une personne adulte sans lettres, me souffle-t-on. Une personne sans lettres ? Illettré est à prendre au pied de la lettre, de la tête aux pieds ! Une personne qui n’est pas lettrée. Ayant été à l’école, et qui a dû pour des raisons diverses la quitter.

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« La Cour de Babel », de Julie Bertuccelli

"La Cour de Babel", de Julie BertuccelliDes adolescents écrivent au tableau des mots de leur langue maternelle et les traduisent en français.

L’orthographe est hésitante, mais ils s’appliquent à cet exercice, qui leur permet d’évoquer des souvenirs, de communiquer avec leurs camarades et d’apprendre la langue de leur pays d’adoption.

Dès cette première séquence du film de Julie Bertuccelli, la métaphore biblique est pleinement justifiée. Car elle explore et renouvelle ce que Derrida définit comme  « le mythe de l’origine du mythe, la métaphore de la métaphore, le récit du récit, la traduction de la traduction », avec sa double valence : châtiment divin par la perte irréparable de la langue adamique commune qui introduit la confusion (première étymologie) ou au contraire dans la cité de Dieu  (deuxième étymologie) instauration positive de la diversité et des conditions de l’altérité (François Marty),  invitation à « l’ouverture à l’autre, celui qui m’est radicalement différent, comme voie qui mène au Tout autre » (Emmanuel Lévinas), chance inestimable pour l’homme d’échapper à l’uniformisation stérilisante (Marie Balmary).

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Un enfant sur cinq en situation d’intégration sociale précaire ou très précaire en France

Rapport Unicef 2013À l’occasion de la Journée internationale des droits de l’enfant (20 novembre), l’UNICEF France publie les résultats de sa Consultation nationale des 6-18  ans, effectuée auprès de 22 500 enfants et adolescents vivant en France.

Cette dernière met en lumière que près d’un enfant sur cinq (17%) vit dans une situation d’intégration sociale précaire dont 7% sont « déjà pris dans un processus de disqualification sociale ».

Cette enquête a été menée de février à juillet 2013 dans 73 villes réparties sur tout le territoire, ainsi qu’à partir d’une plate-forme web dédiée. Elle a proposé aux participants de répondre à 133 questions couvrant les grands domaines de leur vie quotidienne et les aires essentielles de l’exercice de leurs droits. L’analyse sociologique des résultats statistiques, recueillis et compilés par TNS-Sofres, a été confiée à Serge Paugam (CNRS/EHESS/ENS), sociologue reconnu pour ses travaux sur la pauvreté et les inégalités sociales tandis que Catherine Dolto a accompagné le projet de son regard de médecin et thérapeute.

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« Quatre-vingt-treize », de Gilles Kepel

Les dramatiques événements qui se sont produits récemment à Montauban et à Toulouse jettent une lumière particulière  sur le dernier livre de Gilles Kepel, un de nos meilleurs spécialistes de l’islam.

L’ouvrage n’a rien de conjoncturel, ni de politique – encore moins de polémique – mais il apporte un éclairage saisissant sur les bouleversements liés à la présence de la population musulmane sur le territoire national. Même si le rodéo sanglant de Mohamed Merah relève plus du fanatisme ou de la démence que de problèmes d’intégration. Lire la suite