« Avoir un corps », de Brigitte Giraud

brigitte-giraud-avoir-un-corpsL’expérience de la peau

À la toute fin de son récit, Brigitte Giraud évoque le travail mené avec Bernadette Gaillard, chorégraphe. Avoir un corps est le résultat de nombreux échanges entre les deux artistes.

On ne saurait parler davantage du corps que par la danse et le mouvement dans l’espace et la première caractéristique de l’écriture, telle que la pratique Brigitte Giraud, c’est l’action donnée par les verbes.

Ils sont là, au présent, comme un flux ininterrompu, comme ils étaient là, dans J’apprends, récit proche de celui-ci puisqu’il mettait en scène la narratrice qui entre dans le monde avec candeur, envie voire enthousiasme, avant d’apprendre le silence, le mensonge et ce qui est caché.

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« Jimmy P. (Psychothérapie d’un Indien des plaines) », d’Arnaud Desplechin

arnaud-desplechin-jimmy-pAvec Jimmy P., Arnaud Desplechin livre probablement son meilleur film, depuis La Vie des morts (1991), La Sentinelle (1992), Comment je me suis disputé (1996), Rois et reines (2004).

Jimmy P reprend le thème des fantômes d’une guerre passée, comme dans La Sentinelle, et son acteur fétiche Mathieu Amalric pour faire mesurer l’apport exceptionnel de l’ethnopsychanalyste franco-américain Georges Devereux.

Le film retrace en particulier sa rencontre décisive avec un soldat américain, Indien Pied Noir (Black Foot) d’origine, ayant combattu en France.

Après la deuxième guerre mondiale, Jimmy Picard, à la suite d’un accident de combat, souffre de troubles graves (maux de tête, insomnies, cécité et surdité occasionnelles) et il est hospitalisé au Winter Veteran Hospital installé à Topeka (Kansas), où il est confié aux bons soins du pionnier de l’ethnopsychiatrie.   Continuer la lecture

Les lauriers de la honte – Richard Millet

Prenez un écrivain estimable, reconnu de ses pairs, apprécié pour sa belle écriture, publié chez un éditeur célèbre où il occupe, de surcroît, des fonctions importantes attestant une bonne connaissance des choses de la littérature, mais qui, parallèlement, souffre d’une insuffisante «couverture médiatique» et d’une relative ignorance de la part du grand public. Il reste à cet obscur bien que brillant créateur une solution efficace : défendre l’indéfendable, valoriser l’horreur, célébrer l’ignominie et gagner par le scandale ce qui n’a pu être obtenu par le talent.

Voilà sans doute, conscient ou non, le calcul de Richard Millet quand il a fait paraître, le 22 août dernier, aux éditions Pierre-Guillaume de Roux, en appendice à son essai Langue fantôme, un Éloge littéraire d’Anders Breivik. Car on n’ose croire que cet intellectuel respecté, bien qu’un peu mythomane, voire mégalomane, ait pu se lancer de bonne foi et sincèrement dans l’apologie de la barbarie au nom d’une prétendue croisade en faveur de la pureté de la race blanche. Continuer la lecture

Lucien Febvre et François Crouzet, « Nous sommes des sang-mêlés »

Nous sommes des sang-mêlés est un « manuel d’histoire de la civilisation française », co-écrit par Lucien Febvre et François Crouzet en 1950, mais jamais édité et oublié jusqu’à aujourdhui dans un grenier.

Dans un contexte d’après-guerre qui a ravagé le monde et fait resurgir la violence et la barbarie, l’un des plus grands historiens français s’engage à écrire un livre d’Histoire en adhérant au projet de l’Unesco, créée en 1945, de lutter contre le racisme, ferment de guerre et de haine, et de faire triompher la paix universelle.

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« Tomboy », de Céline Sciamma, un film de plain-pied dans l’enfance – Sélection École au cinéma et Collège au cinéma 2013-2014

"Tomboy", de Céline SciammaTomboy, sorti en 2011, avait peu de chance de rester longtemps à l’affiche face au dernier Woody Allen, à la Palme d’or du festival de Cannes, à Mel Gibson et Jodie Forster réunis dans Le Complexe du castor. Il s’agissait d’un « petit film », à petit budget, tourné en France, avec des acteurs excellents mais inconnus (Mathieu Demy et Sophie Cattani dans le rôle des parents), (Zoé Héran, Jeanne Disson et Malonn Lévana interprétant les enfants).

Le sujet n’était pas très « porteur » : à la faveur d’un déménagement Laure, 10 ans, se fait passer pour Michaël auprès des enfants de sa nouvelle résidence. Elle est un « tomboy », un garçon manqué en anglais.

Quant au talent de Céline Sciamma, la jeune réalisatrice, il n’était pas encore confirmé. Même si elle avait reçu pour Naissance des pieuvres le prix Louis Delluc du Premier film en 2007, Tomboy n’était que son second long métrage.

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