L’enseignement de la colonisation et de la décolonisation et la lutte contre le racisme et les discriminations à l’école

Almanach du Petit Colon algérien, 1893

Almanach du Petit Colon algérien, 1893

Cet article a été écrit avant les attentats du 13 novembre dernier, pour l’université populaire organisée par la Maison des potes sur la question de la lutte contre le racisme. Les attentats ont bien entendu bouleversé la donne.

Depuis, beaucoup de prises de position, de tentatives d’explication, de décisions ont été adoptées. Il convient effectivement de répondre à certaines causes urgentes mais aussi de continuer à réfléchir sur d’autres facteurs profonds, directs et indirects.

Tahar Ben Jelloun, dans un article intitulé « Le terrorisme expliqué aux enfants », publié dans Le Monde daté du 28 novembre, insistait en conclusion sur la nécessité de lutter contre le racisme à l’école :

« La sécurité garantie à cent pour cent n’existe pas. Il y a le travail immédiat que fait la police, qui est nécessaire et très important, et puis il y a l’éducation sur le long terme. L’école doit intégrer dans ses programmes la lutte contre le racisme qui est souvent à la base de l’intolérance et du fanatisme qui se traduisent, dans la réalité, par l’exercice du mal absolu. »

Cet article voudrait essayer de donner quelques pistes pour aller dans ce sens. Elles sont bien entendu non exhaustives : il existe beaucoup d’autres manières pour lutter contre ce fléau. Je n’ai fait qu’évoquer celles que je connais le mieux.

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Après les attentats : retrouver les racines de l’écriture

Le Monde des livres, Écrire sans trembler, 20 novembre 2015Cette semaine l’actualité n’est pas littéraire au sens où la vie spécifique des livres nous intrigue et nous passionne : elle est littéraire dans la mesure où les écrivains et les dessinateurs s’en sont emparés dans le cahier spécial que le Monde des Livres consacre aux attentats du vendredi 13 septembre.

Et ils s’en emparent bien, richement, diversement, chacun abordant à sa manière la question du rapport de l’écriture à la réalité tragique comme dans un colloque, virtuel certes, mais colloque tout de même.

Par le biais du texte d’idées, le plus courant, ou de fiction, plus rare parce que plus hasardeux.

C’est une équipe assez large (vingt-huit auteurs), mais riche de sa diversité, qui s’exprime dans cette édition du 20 novembre 2015.

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La jeune fille au cinéma. Entretien avec Zeynep Jouvenaux, programmatrice au Forum des images

Zeynep Jouvenaux, Forum des images

Zeynep Jouvenaux

Le Forum des images, à Paris, consacre une partie de son été à programmer des films autour du thème de la jeune fille. Il ne s’agit pas de montrer l’intérêt narratif d’un personnage, mais surtout de questionner la place donnée à la jeune fille dans la société et de discuter la façon dont le cinéma s’en empare.

L’éventail est large, du film d’horreur au film naturaliste, du film d’auteur au film hollywoodien. Malgré ces différences, des questions récurrentes s’imposent, qui touchent à l’ordre social que la jeune fille assume ou remet en question, à l’identité féminine dont le cinéma montre comment elle peut être induite par les représentations sociales et révéler la fabrication des stéréotypes.

L’âge de la jeune fille renvoie alors à des questions d’affirmation, de reconnaissance du féminin et de transmission. Entre secret et sauvagerie, conscience et apprentissage, revendication et passage de relais, la figure de jeune fille est une figure de transformation et de création.

Zeynep Jouvenaux, la programmatrice de ce cycle, nous parle de ce qui l’a guidé dans ses choix et des questions auxquelles sa programmation ouvre.

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Je suis Charlie : toi aussi

Je suis CharlieIl s’agit à la fois d’un slogan et d’un emblème. Un texte et une image qui font symbole et qui ont l’efficacité fulgurante du symbole.

Pourquoi ? Du point de vue visuel, c’est d’abord l’extrême sobriété du noir et blanc qui frappe. Le noir du deuil évidemment, mais aussi le noir de l’encre du journal. On ne se rend pas immédiatement compte qu’il y a un effet de citation : la typographie est celle de Charlie Hebdo. L’œil reconnaît inconsciemment cette typo mais ne l’identifie pas expressément.

Du côté texte, on perçoit le jeu de mots : Je suis (I am) / Je suis (I follow), le texte est conçu pour les followers de Twitter lesquels, certainement, interprètent rapidement la polysémie. Ce n’est pourtant pas là qu’est la clef.

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« Exodus : Gods and Kings », de Ridley Scott

« Exodus : Gods and Kings », de Ridley ScottRidley Scott s’est imposé comme l’un des plus grands réalisateurs en revisitant systématiquement tous les genres : il a renouvelé la science-fiction avec Alien (1979) et Blade runner (1982) par une réflexion philosophique et un travail très sophistiqué de l’image ; le polar avec Traquée (1987) et Black rain (1989); le road movie avec Thelma et Louise (1991), l’équipée de deux pétroleuses pathétiques ; le film historique avec Christophe Colomb (1992) et l’épopée marine avec Lame de fond (1996).

Son originalité consiste dans l’alliance d’un sens très sûr de l’impact médiatique, d’une parfaite maîtrise technique, d’une solide culture historique et cinématographique et d’une grande exigence esthétique.

Avec Gladiator, il a remis le péplum au goût du jour en 2000. Depuis, ce genre kitsch et mégalomaniaque des années 50 et 60 ne cesse de donner lieu à de nouveaux films très ambitieux, comme le Noé de Darren Aronofsky en 2013. Exodus : Gods and Kings s’inscrit donc dans une veine épique contemporaine, biblique cette fois, en retraçant les péripéties légendaires de l’Exode.

 

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« Ceux qui ne dormaient pas. Journal 1944-1946 », de Jacqueline Mesnil-Amar

"Ceux qui ne dormaient pas", de Jacqueline Mesnil-AmarPublié pour la première fois en 1957 aux Éditions de Minuit et passé alors inaperçu parce qu’il était plutôt question, en France, de tourner la page, le journal de Jacqueline Mesnil-Amar (1909-1987) est réédité chez Stock en 2009, puis au Livre de poche en 2010.

Et on se rend compte que la perspective a complètement changé sur ce texte, qui mêle étroitement l’intime et l’Histoire, et que le moment est bien plus propice aujourd’hui à sa lecture. Sans doute parce qu’un travail considérable a été réalisé depuis lors sur la Shoah.

Jacqueline décrit au jour le jour les affres qu’elle connaît à partir du soir où son mari, André Amar, ne rentre pas à la maison. Arrêté le 18 juillet 1944 avec d’autres combattants de l’ombre, il va être envoyé à Fresnes, puis à Drancy, d’où il partira le 24 août dans le dernier convoi pour Auschwitz. Son évasion tient du miracle.

Sans nouvelles comme toutes les femmes de résistants et follement inquiète, Jacqueline écrit pour tromper l’attente, l’angoisse, pour essayer de comprendre pourquoi et comment sa vie vient d’être saccagée.

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Contrepoint : « Les Garçons et Guillaume, à table! » de Guillaume Gallienne

"Les garçons et Guillaume, à table!" de Guillaume GalienneIl faut bien le reconnaître : la transposition au cinéma par Guillaume Gallienne du spectacle qu’il donna sur scène il y a peu se révèle décevante.

Malgré une critique bienveillante voire louangeuse, malgré les vivats de Cannes en mai dernier et malgré une promotion savamment orchestrée.

Les Garçons et Guillaume, à table ! repose sur une idée astucieuse, ambitieuse même – comment un garçon, programmé pour être fille, reconquiert sa masculinité –, mais manque des qualités qui constituent un film : une intrigue, une construction cohérente, des personnages consistants, une utilisation pertinente des ressources de l’image.

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« Les Garçons et Guillaume, à table ! », de Guillaume Gallienne

"Les garçons et Guillaume, à table!" de Guillaume GalienneÀ 41 ans, Guillaume Gallienne est sociétaire de la Comédie-Française, acteur de cinéma et de télévision, lecteur de grands textes classiques, animateur d’émissions télévisées. En 2011, il a aidé le chorégraphe russe Alexeï Ratmansky à adapter Illusions perdues d’Honoré de Balzac pour le ballet du Bolchoï, spectacle qui est invité à l’Opéra de Paris à partir du 4 janvier 2014. On l’a vu en mai et juin derniers au théâtre du Vieux-Colombier exceller dans le rôle d’Oblomov, le personnage inventé par l’auteur russe Ivan Gontcharov, dans la mise en scène fine et drôle de Volodia Serre.

Au même moment, il présentait au festival de Cannes l’adaptation cinématographique d’un spectacle intimiste intitulé Les Garçons et Guillaume, à table !, qu’il avait écrit en 2008 avec Claude Mathieu, et dans lequel il racontait avec humour son enfance, son éducation et les traumatismes qu’elle avait pu engendrer.

Dans cette comédie autobiographique, il explique en effet que, sa mère ne le traitant pas comme ses frères, il a cru ne pas être un garçon comme eux. Ainsi poussé à « faire la fille », il a eu une dépression nerveuse à l’âge de douze ans.

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