Après les attentats : retrouver les racines de l’écriture

Le Monde des livres, Écrire sans trembler, 20 novembre 2015Cette semaine l’actualité n’est pas littéraire au sens où la vie spécifique des livres nous intrigue et nous passionne : elle est littéraire dans la mesure où les écrivains et les dessinateurs s’en sont emparés dans le cahier spécial que le Monde des Livres consacre aux attentats du vendredi 13 septembre.

Et ils s’en emparent bien, richement, diversement, chacun abordant à sa manière la question du rapport de l’écriture à la réalité tragique comme dans un colloque, virtuel certes, mais colloque tout de même.

Par le biais du texte d’idées, le plus courant, ou de fiction, plus rare parce que plus hasardeux.

C’est une équipe assez large (vingt-huit auteurs), mais riche de sa diversité, qui s’exprime dans cette édition du 20 novembre 2015.

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« Il racconto dei racconti » (« Le Conte des contes »), de Matteo Garrone

tales-of-talesIl racconto dei racconti (Le Conte des contes) est le recueil le plus ancien d’Europe, écrit au XVIe siècle en napolitain par Jean Baptiste Basile, qui puisait beaucoup dans la Bible.

C’est lui qui a inspiré les frères Grimm et Perrault. On ne s’étonnera donc pas de trouver dans le film de Matteo Garrone leurs thèmes favoris, la stérilité féminine vaincue, l’affrontement de la Belle et de la Bête, les ogres, les fées et les sorcières.

L’Animalité y est omniprésente, incitant à se demander qui est plus monstrueux des bêtes ou des hommes, question philosophique qui habite le cinéma italien depuis Monicelli et Fellini.

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« Harry Potter à l’école de la philosophie », de Marianne Chaillan

"Harry Potter à l'école de la philosophie", de Marianne ChaillanHarry Potter a déjà fait couler beaucoup d’encre. Je ne songe pas aux milliers d’articles qui lui ont été consacrés dans la presse mais seulement aux commentaires, plus ou moins heureux, qu’il a suscités.

Le premier essai notable aura été celui d’Isabelle Smadja, Harry Potter, les raisons d’un succès. L’auteure passait aux cribles de la philosophie, de la psychanalyse et de la sociologie les quatre premiers volumes de la série.

Isabelle Cani, dans Harry Potter ou l’anti Peter Pan, se livrait à une comparaison astucieuse entre les deux personnages éponymes, montrant que Peter Pan préfigurait le culte de l’éternelle jeunesse qui agite notre époque tandis qu’Harry Potter, après un long cheminement vers l’âge adulte, en assumait pleinement les contraintes et les valeurs.

L’essai de Marianne Chaillan, Harry Potter à l’école de la philosophie, publié dernièrement chez Ellipses, confirme en partie la thèse d’Isabelle Cani et démontre une nouvelle fois, si besoin en était, la richesse d’une œuvre qui, tout en s’inscrivant pleinement dans notre temps, a su intégrer de façon ludique les héritages philosophiques et culturels de la civilisation occidentale.

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« Noé », de Darren Aronofsky

« Noé », de Darren AronofskyDarren Aronofsky, l’immense réalisateur de Black Swan (2010), a obtenu le succès dès son premier film, π (1996), œuvre ambitieuse, à la fois sociologique et métaphysique, qui nous introduit à Wall Street et nous entraîne jusqu’aux mystères numérologiques de la Kabbale.

La Bible a été sa source d’inspiration privilégiée, en particulier dans The Fountain (2006), où il déploie les significations du verset 24 du chapitre 3 de la Genèse : « Ayant chassé l’homme, il posta en avant du jardin d’Eden des chérubins agitant une épée flamboyante, pour garder les abords de l’arbre de vie. »

L’histoire d’un médecin qui ne peut se résigner à voir mourir son épouse malade y présente l’homme comme un chercheur frénétique de connaissance et la femme comme le symbole de la vie sage et sereine, qui implique la mort.

Avec Noé, Darren Aronofsky s’attaque à la mise en scène d’un épisode biblique proprement dit, les fameux chapitres 6 à 9 de la Genèse sur le déluge, cataclysme primordial devenu la métaphore par excellence de toutes les catastrophes naturelles et historiques et la preuve de la malédiction divine.

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« Réparer les vivants », de Maylis de Kerangal

"Réparer les vivants", de Maylis de KarengalUne chanson de gestes pour notre temps

D’abord il y a Simon, un jeune garçon qui se damnerait pour « la » vague, celle qui explose dans l’hiver sur la plage non loin du Havre. Simon et Chris et Johan, trois amis qui s’inventent une vie entre Normandie et États-Unis, sur leur planche ou dans leur « van ».

Ils se retrouvent à pas d’heure, sans avoir rien planifié, mais après un coup d’œil à la météo. Et ce matin-là ils affrontent la mer.

À leur retour, le conducteur, Chris, perd le contrôle du véhicule. Alors tout s’enchaîne, et en vingt-quatre heures, la tragédie qui verra l’enterrement d’un mort verra aussi comment réparer les vivants.

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