« Grand Budapest Hotel », de Wes Anderson

"The Grand Budapest Hotel", de Wes AndersonPeut-on imaginer univers plus différents que ceux de Stefan Zweig (1881-1942) et de Wes Anderson, réalisateur d’une œuvre cinématographique aux couleurs acidulées?

C’est pourtant à l’auteur de La Pitié dangereuse dont il a récemment découvert toute l’œuvre, moins prisée aux États-Unis que chez nous, et plus généralement à la culture d’une Europe martyrisée par la barbarie nazie que le cinéaste entend rendre hommage dans son dernier film, grand prix du jury au dernier Festival de Berlin.

Il y relate les aventures rocambo-lesques de Gustave H. (Ralph Fiennes), concierge d’un grand hôtel européen de l’entre-deux-guerres qui se trouve impliqué, avec son jeune protégé Zéro, dans le vol d’un précieux tableau de la Renaissance et une bataille pour les biens d’une grande famille.

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« Ceux qui ne dormaient pas. Journal 1944-1946 », de Jacqueline Mesnil-Amar

"Ceux qui ne dormaient pas", de Jacqueline Mesnil-AmarPublié pour la première fois en 1957 aux Éditions de Minuit et passé alors inaperçu parce qu’il était plutôt question, en France, de tourner la page, le journal de Jacqueline Mesnil-Amar (1909-1987) est réédité chez Stock en 2009, puis au Livre de poche en 2010.

Et on se rend compte que la perspective a complètement changé sur ce texte, qui mêle étroitement l’intime et l’Histoire, et que le moment est bien plus propice aujourd’hui à sa lecture. Sans doute parce qu’un travail considérable a été réalisé depuis lors sur la Shoah.

Jacqueline décrit au jour le jour les affres qu’elle connaît à partir du soir où son mari, André Amar, ne rentre pas à la maison. Arrêté le 18 juillet 1944 avec d’autres combattants de l’ombre, il va être envoyé à Fresnes, puis à Drancy, d’où il partira le 24 août dans le dernier convoi pour Auschwitz. Son évasion tient du miracle.

Sans nouvelles comme toutes les femmes de résistants et follement inquiète, Jacqueline écrit pour tromper l’attente, l’angoisse, pour essayer de comprendre pourquoi et comment sa vie vient d’être saccagée.

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« Ormuz », de Jean Rolin

"Ormuz", de Jean RolinSérieux et fantaisiste

Le narrateur du Ravissement de Britney Spears traversait Los Angeles à pied ou en transports en commun, à la poursuite d’une ex-star roulant en 4×4.

Le héros de Ormuz, Wax, a l’intention de traverser le détroit à la nage. Certes, la distance n’est pas énorme – une quarantaine de kilomètres, mais les contraintes sont nombreuses, les obstacles plus encore.

Le narrateur de ce roman (le terme générique ne figure pas en couverture) est chargé de tenir la chronique de cette épreuve, de visiter les lieux, et d’établir les contacts nécessaires. Il faut donc discuter avec les Iraniens, leurs voisins arabes de l’autre côté du détroit, etc. Le plus difficile reste de circuler dans ce bras de mer. Environ trente pour cent de la production de gaz et de pétrole y transite, les navires de guerre, américains et autres, y stationnent en nombre, les militaires sont nerveux.

Les Iraniens mènent une guerre « asymétrique » et lancent des hors-bords chargés de pasdarans ou de gardiens de la révolution dans les eaux du détroit, eaux que de nombreuses épaves ou navires atteints par des missiles remplissent. Quant à cette eau qui devrait être d’un bleu azur, elle est remplie d’hydrocarbure et Wax ne peut franchir le rivage sans se coller les pieds dans les galets noirs et gluants.

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« Petites scènes capitales », de Sylvie Germain

Sylvie Germain, "Petites Scènes capitales"Au début du nouveau roman de Sylvie Germain, Lili, l’héroïne, habite près d’une volière et elle est tout heureuse d’être réveillée par les cris et les chant des oiseaux.

Au terme de son histoire, quelque quarante ans plus tard, elle contrefait le chant d’un grèbe huppé dans un train filant vers Paris, pour contrer le verbiage d’un importun avec son téléphone portable.

On pourrait placer ces Petites scènes capitales sous le signe des oiseaux, omniprésents dans des pages qu’on lira d’un seul tenant, ou par fragments, comme autant de poèmes en prose. S’il y a un fil conducteur, une intrigue, la beauté de ce roman tient aussi à l’intensité de chaque scène capitale.

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« Robert Mitchum ne revient pas », de Jean Hatzfeld

jean-hatzfeld-robert-mitchum-ne-revient-pasDes amoureux à Sarajevo

Il s’appelle Vahidin, elle se nomme Marija. Ils vivent en Yougoslavie et préparent les Jeux olympiques de Barcelone en 1992. Ils s’entraînent sur le mont Igman qui domine Sarajevo. Courses, tirs, et embrassades. Ils s’aiment.

Un jour de fin de printemps, ça tonne. Ce sont les premiers obus d’une guerre qui déchirera plusieurs années durant la Bosnie, et qui séparera Vahidin, bosniaque et donc musulman, de Marija, bosnienne, puisqu’elle est serbe et orthodoxe. Et avec eux, tout un pays, voire l’Europe entière.

Jean Hatzfeld, dont on connaît très bien l’œuvre consacrée au génocide rwandais, a été reporter à Sarajevo dans ces années de guerre. Il a raconté cette expérience dans un beau récit, L’Air de la guerre, paru en 1994. Ici, c’est de fiction qu’il s’agit, même si – on l’apprend en cherchant sur Internet – un athlète « sans nationalité définie » (ou peu s’en faut) a, comme Vahidin, remporté la médaille de bronze en tir aux Jeux olympiques de Barcelone. Mais il est mentionné comme athlète serbe, et non bosniaque.

Pour le reste, on est dans une fiction et les deux héros se trouvent bientôt séparés par la guerre. Vahidin quitte Ilidza, la banlieue dans laquelle Marija et lui vivaient en voisins, pour Sarajevo où demeure toute sa famille. Elle reste. Continuer la lecture

« Belle du Seigneur », de Glenio Bonder, d’après Albert Cohen

glenio-bonder-belle-du-seigneurIl y a des œuvres littéraires réputées inadaptables au cinéma.

Comme La Recherche du temps perdu de Proust, Belle du Seigneur d’Albert Cohen l’est éminemment puisque c’est un roman fleuve en sept parties et 106 chapitres, dont l’action principale est l’amour fou d’un diplomate, Solal, pour une femme mariée, Ariane d’Auble, aristocrate protestante, épouse d’un petit bourgeois obscur, Adrien Deume.

Une véritable épopée amoureuse où la naissance de l’amour, la conquête, l’enlèvement, la lassitude et la mort évoquent la Bible, l’Iliade, les chansons de geste ou Anna Karénine. Mais si le nom d’Ariane l’Aryenne est emprunté à la mythologie grecque et à la légende de Thésée, celui de Solal inaugure une légende propre à Albert Cohen, celle de la famille des Solal, dont les aventures burlesques ont été retirées du livre à la demande de Gaston Gallimard lors de la publication en 1968, puis publiées séparément sous le titre Les Valeureux en 1969.

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Concours national de la Résistance et de la déportation 2013-2014 : « La libération du territoire et le retour à la République »

concours-national-de-la-resistance-et-de-ladeportationLes modalités de participation au Concours national de la Résistance et de la déportation créé en 1961 par Lucien Paye, ministre de l’Éducation nationale, à la suite d’initiatives d’associations et particulièrement de la Confédération nationale des combattants volontaires de la Résistance (CNCVR), sont précisés dans le BOÉN n° 22 du 30 mai 2013.

Ce concours a pour objectif de « perpétuer chez les jeunes Français la mémoire de la Résistance et de la déportation afin de leur permettre de s’en inspirer et d’en tirer des leçons civiques dans leur vie d’aujourd’hui ».

Pour l’année 2013-2014, le thème suivant a été arrêté : « La libération du territoire et le retour à la République ».

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« À nous de jouer ! », de Stéphane Hessel

stephane-hessel-a-nous-de-jouerAu moment même où, à plus de quatre-vingt-quinze ans, le très jeune Stéphane Hessel décidait de prendre congé de la vie, les éditions Autrement faisaient paraître un opuscule, qu’on déclarera posthume, dans lequel l’auteur du fameux Indignez-vous ! donnait quelques pistes pour passer à l’action et affronter la crise économique et financière qui bouleverse le monde.

L’ouvrage, assez disparate et traduit de l’allemand, est composé de quatre parties précédées d’une courte préface à l’édition française. D’abord, une présentation générale due à Roland Merk, écrivain et journaliste se partageant entre Bâle et Paris ; puis la retranscription du discours prononcé à Zurich le 27 octobre 2011, sous le titre « Appel aux indignés de cette terre » ; suit la discussion avec le public dirigée par le journaliste André Marty ; enfin, un dialogue assez consistant avec Roland Merk intitulé : « Ayez de la compassion ! Au seuil de la société mondiale. »

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