Cogito « Charlie » ergo sum

Montesquieu, "De l'esprit des lois", 1748 © BNF

Montesquieu, « De l’esprit des lois », 1748 © BNF

La tragédie du « mercredi noir » a fait couler beaucoup d’encre dans les établissements scolaires. Les professeurs interrogés par les journalistes ont notamment fait état de la difficulté de sortir des débats manichéens entre les « Je suis Charlie » et les « Je ne suis pas Charlie ». En somme, ce serait comme si l’on assistait à une réduction identitaire sinon grégaire de la confrontation des « idées-slogans ».

En conséquence, on aura tout lieu de comprendre à première vue le choix d’une suspension du débat à l’intérieur de la classe et son corollaire : le retour au déroulé classique du cours, comme avant l’affaire Charlie. À première vue seulement, comme on s’en doute. Car, dans la réalité quotidienne, chacun continue de parler, les uns en salle des profs, les autres en cour de récréation. Autrement dit, pour ce qui concerne spécifiquement la population adolescente, l’opposition « étiquette » in the mood se déplace spatialement.

Impensable dans la classe du fait des risques qu’il induit potentiellement, il trouve naturellement ses lieux d’extension au travers de tous les espaces et réseaux sociaux des élèves et, de fait, réduit à sa portion argumentative congrue.

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Racisme et terrorisme. Points de repères et données historiques

Hommage à "Charlie Hebdo", Paris, 12 janvier 2015L’attentat contre Charlie Hebdo suscite à juste titre un électrochoc dans la société française qui ne manquera pas d’avoir de nombreuses répercussions dans les classes, plongeant parfois les enseignants dans l’embarras pour ne pas dire davantage. Faut-il pour autant tenter d’éviter le problème ? Évidemment non, au contraire.

Quand j’ai commencé ma carrière d’enseignant en septembre 2001 dans un collège de « banlieue », à Chanteloup-les-Vignes, où des adolescents de plus de quarante nationalités se côtoyaient, la situation oscillait entre un soutien latent de quelques-uns à Oussama ben Laden et la crainte d’autres jeunes que l’un des nombreux avions qui passaient au-dessus de leur ville ne vienne s’écraser sur leur tour. Si je me permets de raconter cette anecdote personnelle, c’est pour montrer que, souvent, les plus touchés et les plus fragilisés ne sont pas ceux que l’on croit.

La précarité économique va évidemment de pair avec la fragilité sociale… et politique. L’acte barbare qui vient de se dérouler ne manquera pas – une fois encore – de stigmatiser celles et ceux qui se trouvent déjà dans une situation difficile. La stigmatisation, l’ostracisme, facilitent évidemment le repli sur soi communautariste, que recherchent précisément ceux qui ont commis cet attentat.

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