L’enseignement de la colonisation et de la décolonisation et la lutte contre le racisme et les discriminations à l’école

Almanach du Petit Colon algérien, 1893

Almanach du Petit Colon algérien, 1893

Cet article a été écrit avant les attentats du 13 novembre dernier, pour l’université populaire organisée par la Maison des potes sur la question de la lutte contre le racisme. Les attentats ont bien entendu bouleversé la donne.

Depuis, beaucoup de prises de position, de tentatives d’explication, de décisions ont été adoptées. Il convient effectivement de répondre à certaines causes urgentes mais aussi de continuer à réfléchir sur d’autres facteurs profonds, directs et indirects.

Tahar Ben Jelloun, dans un article intitulé « Le terrorisme expliqué aux enfants », publié dans Le Monde daté du 28 novembre, insistait en conclusion sur la nécessité de lutter contre le racisme à l’école :

« La sécurité garantie à cent pour cent n’existe pas. Il y a le travail immédiat que fait la police, qui est nécessaire et très important, et puis il y a l’éducation sur le long terme. L’école doit intégrer dans ses programmes la lutte contre le racisme qui est souvent à la base de l’intolérance et du fanatisme qui se traduisent, dans la réalité, par l’exercice du mal absolu. »

Cet article voudrait essayer de donner quelques pistes pour aller dans ce sens. Elles sont bien entendu non exhaustives : il existe beaucoup d’autres manières pour lutter contre ce fléau. Je n’ai fait qu’évoquer celles que je connais le mieux.

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L’éducation est une des pierres de l’édifice à ériger contre le fanatisme et la barbarie

Si l’on considère que l’un des nombreux facteurs menant à la radicalisation est le manque d’équité ressenti par certains jeunes, des mesures peuvent être mises en place à l’école afin de promouvoir une plus grande égalité des chances.

L’OCDE travaille pour une éducation plus inclusive et a souligné, dans ses études, les problèmes d’équité soulevés par notre système éducatif.

On constate en effet une relation étroite entre le milieu socio-économique des élèves et leurs compétences dans les tests du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA).

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Face aux criminels

Hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015 au pied de la statue de la République, à Paris © CR

Hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015 au pied de la statue de la République, à Paris © CR

 

Le prestige de la littérature a pu donner au mot « terroriste » une certaine aura romantique. Sans remonter aux conspirateurs latins montrés par Shakespeare dans son Jules César ou aux anarchistes russes évoqués par Tourgueniev et Dostoïevski, certains personnages de Malraux, Camus ou Sartre relevant de cette catégorie ont acquis une sorte de dignité littéraire qui aurait pour effet d’atténuer la violence de leurs choix.

Analysant ces figures devenues des archétypes, le professeur peut oublier de rappeler les monstruosités dont ils se rendent coupables et le délire fanatique qui les anime. Sans excuser le passage à l’acte, il peut lui trouver des justifications : le refus des totalitarismes, la réponse au terrorisme d’État, la défense d’un idéal, la volonté de faire entendre la voix des minorités.

L’incertitude de la frontière entre le « terroriste » et le « résistant » (le terroriste du camp adverse) ajoute à la confusion et encourage à l’indulgence.

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« Timbuktu », d’Abderrahmane Sissako : l’art contre la barbarie

Timbuktu« Il n’y a pas de choc de civilisations. Il y a des rencontres de civilisations », a dit Abderrahmane Sissako pour conclure ses remerciements après avoir reçu le César du meilleur réalisateur et celui du meilleur film de l’année 2014.

C’est vrai pour les hommes de bonne volonté. Pas pour les autres, ceux qui font triompher la haine sur l’amour.

Timbuktu nous emmène en Mauritanie pour raconter comment la ville de Tombouctou est tombée sous le joug des extrémistes religieux et les répercussions de ce régime sur ses habitants.

Le film s’ouvre sur une étendue de sable inondée d’une lumière chaude et dorée, image d’une paix inébranlable sur laquelle file en bondissant une gazelle agile. Quel symbole!…

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Des clés pour améliorer le climat scolaire. Entretien avec Caroline Veltcheff

La réseau Climat scolaire

Le réseau Climat scolaire

Caroline Veltcheff a été professeur et IPR-IA de Lettres. Puis elle a travaillé comme IPR Établissement et vie scolaire et a coordonné les dispositifs d’éducation prioritaire pour l’académie de Versailles.

Depuis trois ans, elle fait partie de l’équipe qui, autour d’Éric Debarbieux, met en place des actions à l’échelle nationale pour prévenir les violences scolaires.

Elle a monté le site Climat scolaire dans lequel interviennent des réseaux de partenaires très divers du système éducatif.

Les récents événements et l’accent mis sur le rôle de l’école nous ont amené à l’interroger. Un essai récemment paru, auquel elle a collaboré L’Évaluation en collège et lycée, peut éclairer pour partie les enjeux actuels.

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Trois remarques sur ce que peut faire le professeur de français

"Le Nom de la rose", de Jean-Jacques Annaud, d'après Umberto Ecco (1986)

« Le Nom de la rose », de Jean-Jacques Annaud, d’après Umberto Ecco (1986)

Les événements tragiques que traverse la France font couler beaucoup d’encre et on craint toujours de redire des évidences. Mais, en tant qu’enseignant de français, je souhaiterais revenir sur trois points.

• Le premier point est bien sûr l’occasion de travailler sur des textes, en donnant à la littérature une dimension dont elle est trop souvent privée dans les approches formalistes, technicistes ou purement patrimoniales. Bien sûr, Voltaire, Hugo, le combat de l’Encyclopédie, Zola (très probablement assassiné pour son combat d’intellectuel) seront sollicités… Mais ce sera aussi, par exemple, l’occasion de faire découvrir quelques extraits du Nom de la rose, d’Umberto Eco, ainsi que le film qui en a été tiré.

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Paris, dimanche 11 janvier 2015, 15h 25, boulevard Voltaire

Manifestation du 11 janvier 2015, à Paris

Manifestation du 11 janvier 2015, à Paris

En 1945, à la Libération, tout le monde se découvrait résistant. Depuis ce mercredi 7 janvier 2015, tout le monde devient Charlie

Nous y voilà. Mais la presse papier se meurt depuis belle lurette et Charlie Hebdo était il y a deux semaines au bord du gouffre.

Avons-nous vu un politique de droite comme de gauche pour venir à son secours, à son chevet ? Rien. Niet. Charlie allait sombrer dans les abysses de l’inculture s’il ne s’était pas passé cette horreur, cette ignominie.

Et là, tout le monde se rappelle que la « presse », ce sont des hommes, des femmes, des plumes qui défendent bec et ongles le droit de caricaturer ou d’être pamphlétaires.

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« Fanatisme », article du « Dictionnaire philosophique portatif » de Voltaire, 1764

Voltaire, "Dictionnaire philosophique portatif"« Le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère. Celui qui a des extases, des visions, qui prend ses songes pour des réalités, et ses imaginations pour des prophéties, est un fanatique novice qui donne de grandes espérances ; il pourra bientôt tuer pour l’amour de Dieu.

Barthélemy Diaz fut un fanatique profès. Il avait à Nuremberg un frère, Jean Diaz, qui n’était encore qu’enthousiaste luthérien, vivement convaincu que le pape est l’Antéchrist, ayant le signe de la bête. Barthélemy, encore plus vivement persuadé que le pape est Dieu en terre, part de Rome pour aller convertir ou tuer son frère : il l’assassine ; voilà du parfait : et nous avons ailleurs rendu justice à ce Diaz.

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