Des mots pour exister

"21 jours... au cœur de l'illettrisme", réalisé par Alexandra Alévêque et Philippe Lagnier © France 2

« 21 jours… au cœur de l’illettrisme », réalisé par Alexandra Alévêque et Philippe Lagnier © France 2

France 2 diffusait, mardi 16 décembre, un reportage d’Alexandra Alévêque, 21 jours… au cœur de l’illettrisme. Pendant ces vingt-et-un jours, la journaliste Alexandra Alévêque a animé des ateliers de lecture, d’écriture et de mathématiques, au sein de l’association « Mots et Merveilles » à Aulnoye-Aymerie, dans le nord de la France.

Elle y a rencontré un petit groupe de personnes qui ont grandi sans avoir acquis les connaissances de base en français et en mathématiques et qui ont accepté de se livrer. Un homme a cependant souhaité garder l’anonymat et explique, sous le regard bienveillant d’Alexandra Alévêque, la honte qu’il éprouve de ne pouvoir lire et écrire « comme tout le monde ».

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« Bande de filles », de Céline Sciamma

"Bandes de filles", d'Élise SciammaLe titre est trompeur. Il y a bien une bande de filles que filme Céline Sciamma : elle est constituée par trois adolescentes, Lady qui en est le centre, Fily et Adiatou. Lorsque Marieme se retrouve seule, désœuvrée, en butte contre l’institution scolaire, elle se décide à les rejoindre.

En même temps qu’un nouveau prénom (Vic), elle s’efforce d’acquérir confiance en soi, agressivité, aisance, féminité. Lady est alors un modèle plus qu’une amie. Marieme, d’ailleurs, ne voit pas dans son amie les parts d’ombre et de vulnérabilité. Elle recherche d’abord un moyen pour conquérir une volonté d’affirmation et d’estime de soi.

Pourtant, cette bande n’est pas l’unique objet du film. Les quatre personnages ne sont absolument pas placés sur un pied d’égalité devant la représentation.

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Illettré, ça prend un ou deux « t » ?

garamontQu’est-ce que ce mot, Illettré ? Avec un « i » majuscule, on dirait presque qu’il possède trois « l ». Cependant tel l’oiseau, il a décidé de s’en tenir à deux.

De toute façon, un mot qui commence par trois consonnes identiques, en français, ça ne s’est jamais vu. Pas encore du moins.

Prêt à s’envoler de ses deux « l », les deux « t » d’illettré, à l’instar de deux pieds, le maintiennent fermement à terre. Entre ciel et terre, à sa tête se dresse le préfixe négatif il- qui présage un manque. Il-lettré: sans lettres. Un mot muni d’un semblant de tête qui exprime l’absence, avec deux ailes, deux pieds et qui n’a pas de lettres ?

Vous vous moquez, ce n’est pas un mot mais la Victoire de Samothrace ! Ou bien tout simplement une grande piperie ! Une personne adulte sans lettres, me souffle-t-on. Une personne sans lettres ? Illettré est à prendre au pied de la lettre, de la tête aux pieds ! Une personne qui n’est pas lettrée. Ayant été à l’école, et qui a dû pour des raisons diverses la quitter.

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Édouard Louis, « En finir avec Eddy Bellegueule »

Édouard Louis, "En finir avec Eddy Bellegueule"Fuir

Le sentiment de honte est peut-être ce qui distingue et honore les humains. Qui l’éprouve a conscience d’être et d’avoir une place. Ce mot apparaît, à des titres bien différents, chez Primo Levi, Annie Ernaux, Tiphaine Samoyault , et désormais Édouard Louis.

Ce très jeune écrivain publie son premier roman, En finir avec Eddy Bellegueule. Le texte est impressionnant, dès sa scène inaugurale. Un jeune collégien se fait cracher dessus par deux garçons dans un couloir. Il se fait insulter et on lui demande brutalement si c’est lui le « pédé ».

Dès lors, il est l’autre, dans un univers clos qui, telle une poupée russe, enferme un autre univers clos, etc. La Picardie, le village, le collège, voici ce qui constituera le cadre dans lequel se débattra Eddy avant de fuir. Ce verbe à l’infinitif que se répète le jeune garçon comme une injonction fera l’objet de la seconde partie du roman.

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