La réforme des programmes de l’école et du collège et les recommandations de l’OCDE

Les ministres changent, les réformes se suivent… Difficile d’éviter un phénomène de lassitude chez les enseignants, qui ont une impression de changement incessant. Et pourtant, si les réformes s’enchaînent et semblent modifier chaque fois l’enseignement, elles n’en restent pas moins très proches dans leur esprit.

Car toutes les dernières réformes, et tout particulièrement celle que Mme Najat Valaud-Belkacem vient d’annoncer, s’adossent aux prescriptions de l’OCDE en matière d’éducation et proviennent d’une analyse comparée des différents systèmes éducatifs, de leurs réussites et de leurs échecs.

Rappelons qu’en 2010 l’OCDE dresse un état des lieux des modalités d’apprentissage réussi. La nouvelle réforme est une mise en place de ces préconisations, et elle le fait de façon plus explicite encore que les précédentes.

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« Le Consul », de Salim Bachi : un visa pour l’éternité

 

"Le Consul", de Salim BachiÀ partir du 17 juin 1940, un diplomate a signé plus de trente mille visas permettant à des réfugiés, des fugitifs, des proscrits de toutes sortes, de passer au Portugal. Cet homme, Aristides de Sousa Mendes (1885-1954), est « l’homme dressé seul face à l’abîme » dont Salim Bachi raconte une partie de l’existence, autour de ce moment fatidique.

En bandeau, l’éditeur a mis « Un juste », et on ne saurait qualifier autrement ce consul à Bordeaux qui, parmi les nombreuses victimes qu’il a sauvées, a signé les visas de dix mille juifs.

Le titre décerné par Yad Vashem lui est revenu à titre posthume, puisque Mendes est mort dans la solitude et la pauvreté, avant que ce qu’il avait fait ne soit connu et mis en lumière. L’exil intérieur qu’il a subi forme la trame des dernières pages du récit sur la forme duquel il convient de revenir.

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« Que reste-t-il de l’Occident ? », de Régis Debray et Renaud Girard

Régis Debray et Renaud Girard, "Que reste-t-il de l'Occident ?"Il y a de fortes chances que ce livre de petit format et de peu de pages, précédé d’un titre interrogatif et austère, affecté d’une double signature, ce qui brouille le message, passe inaperçu et se perde dans les limbes brumeux d’une rentrée éditoriale pauvre en essais novateurs.

Ce serait dommage, car les questions abordées, les analyses proposées et la présentation formelle – la double voix – méritent mieux qu’un détour poli.

Debray et Girard, anciens « petits camarades » de la rue d’Ulm, ont suivi des parcours suffisamment différents – l’un philosophe parfois engagé, écrivain et homme de culture, l’autre journaliste international, spécialiste du Moyen-Orient et professeur à Sciences-Po – pour offrir des visions éloignées voire divergentes des grands problèmes de notre temps fédérés autour de la question qu’on aurait tort de croire anachronique (en renvoyant au brûlot de Spengler de 1922, Le Déclin de l’Occident) :  « Que reste-t-il de l’Occident ? ».

À l’aide d’une argumentation serrée encadrée de cordiaux échanges épistolaires, les deux auteurs suggèrent, chacun à sa manière et dans son style propre, quelques éléments de réponse qui invitent à la réflexion.

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« Le Bleu des abeilles », de Laura Alcoba

"Le Bleu des abeilles"; de Laura AlcobaDe La Plata au Blanc-Mesnil

En 2007 paraissait Manège, Petite histoire argentine, un court roman de Laura Alcoba qui mettait en scène la narratrice, enfant, dans l’Argentine en crise des années soixante-dix. On était à quelques mois du coup d’État qui conduirait Videla et ses comparses au pouvoir et plongerait le peuple argentin dans une période de violence.

L’enfant qui racontait, était fille de militants révolutionnaires ; son père était en prison, sa mère et elle vivaient dans la clandestinité, à La Plata.

Fausse identité, silence, nécessité de se cacher et de changer de refuge, ce roman décrivait tous ces tourments du point de vue de l’enfant qui ne comprend pas toujours, mais qui obéit aux strictes consignes des adultes. Le récit qui en résultait avait une forme d’innocence ou de naïveté qui mettait à distance une réalité sans doute moins légère qu’il y paraissait.

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« Les 100 mots de l’Italie », de Michel Feuillet

michel-feuillet-les-100-mots-de-l-italiePlus que de Tennessee, nous avons tous en nous quelque chose de l’Italie. Ou mieux, nous nous sentons tous un peu Italiens, ce qui permet de rappeler la boutade de Jean Cocteau : « Un Français, c’est un Italien de mauvaise humeur. »

Pour aller à la rencontre des vrais Italiens et de leur merveilleux pays, pour comprendre leur mode de fonctionnement, apprécier leurs nombreuses qualités et retrouver leurs insupportables défauts (dont ils sont les premiers à se moquer, comme le démontre l’entrée « Autodérision »), nous invitons, entre deux voyages dans la péninsule, à parcourir avec attention ce petit bijou de concision, d’élégance, de rigueur et d’humour que sont Les 100 mots de l’Italie signés de Michel Feuillet, grand spécialiste de la langue et de la culture italiennes.

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Rroms, Tsiganes et voyageurs

rroms-tsiganes-et-voyageursLa ville de Douarnenez accueille du 23 au 31 août son 36e Festival de cinéma, traditionnellement consacré aux minorités et, cette année, dédié aux « Rroms, Tsiganes et voyageurs ».

Plus de quatre-vingts films de fiction particulièrement rares seront projetés à cette occasion, à côté d’œuvres « classiques » comme Les Tsiganes montent au ciel d’Emil Loteanu, Le Temps des Gitans d’Emir Kusturica, J’ai même rencontré des Tziganes heureux d’Aleksandar Petrovic, et  des  films de Tony Gatlif.

De nombreux documentaires seront aussi présentés, comme Des Français sans histoire de Raphael Pillosio ou Un camp tzigane où il ferait bon vivre, de Cédric Condom.

Trois expositions, des rencontres musicales et des débats littéraires éclaireront l’histoire et la culture de ces communautés méconnues et fréquemment stigmatisées.

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Adieu à l’Indigné

stephane_hesselStéphane Hessel a décidé de prendre congé, discrètement, par une froide journée de février. Nous aurions pu le croire éternel, tant sa force de conviction et l’intensité de ses engagements le rendaient jeune, indifférent à l’état-civil qui lui avait donné quatre-vingt quinze ans en novembre dernier, puisque le hasard l’avait fait naître au moment même où la vieille Russie entamait sa révolution.

Nous l’aurions voulu éternel, pour qu’il puisse encore longtemps nous apporter sa ferveur contagieuse, son enthousiasme juvénile, son pouvoir de séduction et d’indignation, ce thème, développé il y a environ trois ans dans un livre d’à peine un peu plus de dix pages, lui ayant apporté une tardive notoriété. Continuer la lecture

Lucien Febvre et François Crouzet, « Nous sommes des sang-mêlés »

Nous sommes des sang-mêlés est un « manuel d’histoire de la civilisation française », co-écrit par Lucien Febvre et François Crouzet en 1950, mais jamais édité et oublié jusqu’à aujourdhui dans un grenier.

Dans un contexte d’après-guerre qui a ravagé le monde et fait resurgir la violence et la barbarie, l’un des plus grands historiens français s’engage à écrire un livre d’Histoire en adhérant au projet de l’Unesco, créée en 1945, de lutter contre le racisme, ferment de guerre et de haine, et de faire triompher la paix universelle.

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