Martin Scorsese à la Cinémathèque française

Passion

Exposition Martin Scorsese à la Cinémathèque françaiseUn grand artiste ouvre de nombreuses portes, les chemins qu’il emprunte conduisent sur d’autres chemins. Avec lui, on n’en finit pas de découvrir, d’apprendre, de s’émouvoir.

Et tel est le cas avec Martin Scorsese. Son intelligence est indissociable de son immense culture cinématographique et musicale. C’est à la fois un classique, ancré dans la tradition américaine, et un moderne. Son œuvre tient à une vision du monde née dans l’enfance. Le terme de passion est à donc à entendre dans sa polysémie.

L’exposition qui commence à Paris, après avoir été présentée à Berlin et avant de partir pour Melbourne, illustre ces passions.

Lire la suite

« Fairyland. Un poète homosexuel et sa fille à San Francisco dans les années 70 », d’Alysia Abbott, aux Éditions Globe

« Fairyland. Un poète homosexuel et sa fille à San Francisco dans les années 70 » d’Alysia Abbott, aux Éditions GlobeDans Fairyland, Alysia Abbott relate ses vingt premières années auprès de son père, le poète militant homosexuel Steve Abbott, mort du sida en 1993. Son livre, marqué par le deuil, s’ouvre sur celui de sa mère alors qu’elle est une petite enfant.

Fairyland est un témoignage sensible habité par l’amour, mais sans aucun pathos. C’est aussi une chronique des premières années du sida à San Francisco. Une « féerie » rose et noire.

Comment définir Fairyland ? Ce livre est à la croisée de tellement de chemins qu’on est immanquablement condamné à faire fausse route en le catégorisant. Certes il s’agit bien de la biographie du poète et journaliste homosexuel Steve Abbott par sa fille Alysia Abbott. Dis comme ça, c’est un peu sec. On peut tout aussi bien l’aborder comme la chronique documentée du San Francisco gay de l’après « summer of love » jusqu’aux ravages du sida. C’est insuffisant.

C’est surtout le récit, parfaitement traduit par Nicolas Richard, d’un amour profond entre un père et sa fille. Qualifier cet amour de filial est bien réducteur. Ne pas le nommer, ne pas le définir, ne pas le restreindre permet à Alysia de le garder bien vivant. Ce livre est vivant.

Lire la suite

Le yin et le gang : « A Most Violent Year », de J.C. Chandor

"A most violent year", de J.-C. ChandorA Most Violent Year (2014) est un thriller feutré, accessoirement un film en costumes d’une certaine manière – avec des moments de concentré de violence qui constituent la grande réussite de son scénario : il s’agit de scander la marche des personnages vers leur accomplissement de moments ou d’instants qui les révèlent pour ce qu’ils sont vraiment.

Ainsi Abel (allusion biblique, et on notera que l’étymologie de ce nom en appelle aux notions de « souffle » ou d’« existence précaire » –  l’ironie n’étant jamais totalement absente du propos de J.C. Chandor, fût-ce au milieu d’une tragédie), ainsi Abel s’adapte-t-il lui aussi aux circonstances, en dépit de son discours… Il est comme tout le monde, à commencer par le procureur, dont on pressent qu’il est plus corrompu encore peut-être que tous les autres – car insidieusement, politique oblige.

En fait, ce qui frappe dans A Most Violent Year, c’est l’absence de liberté dans un pays qui se proclame le chantre de la libre entreprise. Chandor propose une vision très pessimiste du libéralisme : la lutte de tous contre tous. Ce n’est pas nécessairement une mafia extérieure qui gangrène le système. Les voleurs agissent isolés, de tout-petits commerçants, ou petits artisans du crime si vous préférez (trois morts violentes « seulement » dans le film, par accident et par suicide). Mais on trouve immanquablement à qui revendre la marchandise.

Tous coupables (souvenir du Cercle rouge de Melville), au moins potentiellement puisque nous ne connaîtrons pas les coupables – pour une raison assez simple, mais je ne peux vous en dire plus.

Lire la suite

« Shirley. Visions of Reality », de Gustav Deutsch, un voyage dans la peinture de Edward Hopper

"Shirley. Visions of reality", de Gustav DeutschTous ceux qui aiment le peintre Edward Hopper et ont vu l’exposition qui lui a été consacrée au Grand Palais aimeront retrouver sa peinture dans le film de Gustav Deutsch, Shirley. Visions of Reality, un voyage dans la peinture de Edward Hopper. Un film à la démarche originale, puisqu’il tente de retrouver derrière les œuvres du peintre réputé hyperréaliste un peu de la réalité vécue qui les a inspirées.

Artiste et documentariste autrichien, Gustav Deutsch s’est spécialisé dans la réalisation à partir de « found footage », séquences de films récupérées un peu partout. Il s’est voulu phénoménologue du cinéma comme médium dans sa trilogie Film ist, réalisée en collaboration avec les archives cinématographiques européennes et américaines. Depuis 2003, il dirige avec sa compagne et collaboratrice Hanna Schimek un forum pour l’art et la science, le Light / Image – The Aegina Academy.

Avec ce film, il prend pour point de départ treize tableaux de Edward Hopper et, en leur donnant vie par la mise en scène, reconstitue par une sorte de diaporama la vie quotidienne des Américains entre les années 1930 et 1960, à travers la vie d’un couple fictif emblématique, la comédienne Shirley et son époux photojournaliste, directement inspirés du peintre et de son principal modèle, sa femme Joséphine.

Lire la suite

« Boyhood », de Richard Linklater, le choix de l’ordre du monde

"Boyhood", de Richard Lakleter © IFC Films

« Boyhood », de Richard Lakleter © IFC Films

Le film de Richard Linklater ne présente pas seulement un réel intérêt esthétique, il offre une vision de l’enfance et de l’adolescence particulièrement originale à laquelle nos élèves seront sensibles, comme nous l’avons été nous-mêmes.

Le film oblige en effet le spectateur à se placer devant les choix des personnages et à s’interroger sur ce qu’il aurait pu faire lui-même, ou même s’il y avait lieu d’agir.

En ce sens, les réactions des adultes et des adolescents font partie du projet du film, au même titre que son absence absolue de jugement par rapport à ses personnages ou son très grand souci d’ouverture.

Lire la suite

« Boyhood », de Richard Linklater, un hymne à la vie

"Boyhood", de Richard LinklaterComment traduire Boyhood ?

Le film retrace sur douze ans l’enfance d’un garçon depuis l’âge de six ans jusqu’à l’âge de dix-huit ans.

Pour réaliser un long métrage de fiction sur l’enfance dans sa globalité, avec ses étapes et ses expériences décisives, le réalisateur Richard Linklater a choisi un procédé déjà employé par le documentaire et par les premières séries américaines du soap opera, et a décidé de filmer l’enfant et sa famille quelques jours par an pendant une longue période de temps.

Au lieu de se focaliser sur un âge précis comme François Truffaut dans Les quatre cents coups par exemple, il a voulu montrer tous les âges de l’enfance chronologiquement et en temps réel. Truffaut a suivi Antoine Doinel toute sa vie et lui a consacré plusieurs films dans lesquels on voit Jean-Pierre Léaud se transformer. Linklater a voulu concentrer en un seul cette évolution.

Lire la suite

« La Valse des pantins », de Martin Scorsese

"La Valse des pantins", de Martin ScorseseQuand le rire se fige

Truffaut expliquait que son plaisir était de voir les films sur grand écran avant de les revoir sur son écran de télévision et, alors, en cassette vidéo. Aujourd’hui, on dirait autrement mais l’idée reste la même et un support numérique aide à retrouver une émotion, un plaisir, ou à remettre en perspective un film. C’est le cas avec ce DVD.

Dans les suppléments de La Valse des pantins – King of comedy en anglais – Thelma Schoonmaker ,qui a monté la plupart des films de Scorsese, raconte comment elle travaille avec le metteur en scène, très soucieux du montage. Selon elle, les grands cinéastes sont des monteurs dans l’âme, et Scorsese, comme Eisenstein ou Hitchcock en est un : il pense en monteur.

Un écran de télévision branché sur TCM, la chaîne américaine diffusant des classiques, est allumée en permanence, son coupé. Et tandis qu’ils travaillent sur leur film, Scorsese jette des coups d’œil sur cet écran, et attire l’attention de sa monteuse sur tel plan, tel autre, tel effet. Le cinéaste ne cesse d’être cinéphile. Celles et ceux qui ont vu Voyage à Hollywood puis Voyage en Italie le savent, et se régalent à l’entendre et à le voir commenter les films.

Lire la suite

« Rêves d’or » (« La Jaula de Oro »), de Diego Quemada-Diez, prix Jean-Renoir des lycéens 2014

"Rêves d'or" ("La Jaula de Oro"), de Diego Quemada-DiezLa Jaula de Oro (littéralement la « cage dorée », titre français Rêves d’or) de Diego Quemada-Diez a remporté le prix Jean-Renoir des lycéens 2014. Il avait été présenté au Festival de Cannes 2013, dans le cadre de la section Un Certain Regard et avait suscité une émotion unique.

C’est une œuvre à la fois engagée et personnelle sur la dure vie des migrants, prêts à tout pour tenter de rejoindre les États-Unis. Deux jeunes garçons, Juan et Samuel, et une fille, Sara, tous trois âgés de quinze ans, fuient le Guatemala pour tenter de réaliser le rêve américain.

Au cours de leur traversée du Mexique, ils rencontrent Chauk, un Indien tzotzil ne parlant pas espagnol et voyageant sans papiers. Pris dans une rafle, ils sont renvoyés tous trois au Guatemala.

Lire la suite