Antigone : celle qui choisit de dire non. Parcours de personnage en seconde professionnelle

"Antigone recouvrant le corps de Polynice", de Marie Stillman (1844 –1927)

« Antigone et Ismène enterrant Polynice », de Marie Stillman, 1873

Les enjeux d’Antigone
à travers les siècles
et son actualité dans les programmes

de seconde professionnelle

« Depuis le Ve siècle avant Jésus-Christ, la sensibilité occidentale a vécu les moments cruciaux de son histoire et de son identité en référence à la légende d’Antigone et à sa prolongation artistique et spéculative. »

Cette affirmation de George Steiner, qui a recensé plus de deux cents versions d’Antigone, marque à quel point le personnage et son mythe structurent en profondeur la pensée occidentale. Devenu depuis le XIXe siècle le « dénominateur commun conceptuel » de notre lecture à la fois de la psychologie collective, de la structure sociale et des codes symboliques, le mythe d’Antigone focalise tout particulièrement notre « économie de l’imaginaire ».

Lire la suite

En relisant Guy Debord, cinquante ans après

"La Société du spectacle", de Guy DebordUn récent numéro de l’École des lettres rendait compte des débats organisés autour du livre de Andrew Hussey, Guy Debord. La Société du spectacle et son héritage punk (Éditions Globe). Cette lecture a réveillé en moi l’écho de toutes les références  à l’Internationale situationniste et à Guy Debord entendues en Mai 1968. Cela m’a donné envie de relire, avec bien des années de recul, les écrits de ce dernier.

Le point central et qui me semble bien observé : l’essentiel du rapport social est maintenant dans l’image et non dans l’authenticité de l’être. On est passé de l’être au paraître. Il faut se faire voir, se faire entendre, faire son autoportrait en permanence. « La condition de vedette est la spécialisation du vécu apparent. »

De plus, le spectacle est lié à la société de consommation. L’abondance des marchandises et la création incessante de nouveaux objets participent au spectacle comme un« pseudo-usage de la vie ».

Mais, au-delà, s’ouvre un grand vide : « Le spectacle ne veut en venir à rien d’autre qu’à lui-même. »

Lire la suite

« Que reste-t-il de l’Occident ? », de Régis Debray et Renaud Girard

Régis Debray et Renaud Girard, "Que reste-t-il de l'Occident ?"Il y a de fortes chances que ce livre de petit format et de peu de pages, précédé d’un titre interrogatif et austère, affecté d’une double signature, ce qui brouille le message, passe inaperçu et se perde dans les limbes brumeux d’une rentrée éditoriale pauvre en essais novateurs.

Ce serait dommage, car les questions abordées, les analyses proposées et la présentation formelle – la double voix – méritent mieux qu’un détour poli.

Debray et Girard, anciens « petits camarades » de la rue d’Ulm, ont suivi des parcours suffisamment différents – l’un philosophe parfois engagé, écrivain et homme de culture, l’autre journaliste international, spécialiste du Moyen-Orient et professeur à Sciences-Po – pour offrir des visions éloignées voire divergentes des grands problèmes de notre temps fédérés autour de la question qu’on aurait tort de croire anachronique (en renvoyant au brûlot de Spengler de 1922, Le Déclin de l’Occident) :  « Que reste-t-il de l’Occident ? ».

À l’aide d’une argumentation serrée encadrée de cordiaux échanges épistolaires, les deux auteurs suggèrent, chacun à sa manière et dans son style propre, quelques éléments de réponse qui invitent à la réflexion.

Lire la suite

De quoi la « théorie des genres » est-elle le nom ?

"Résurrection de la censure", par Gavarni (1832)

« Résurrection de la censure », par Gavarni (1832)

Enseignant les Gender Studies et les Cultural Studies dans les universités françaises et américaines depuis une quinzaine d’années, un collaborateur de l’École des lettres, Martial Poirson, analyse en février 2014 les sous-bassements idéologiques d’une polémique dont l’école est le terrain de manœuvre, la société civile le champ d’expansion, et le pouvoir politique le coupable désigné.

Des associations extrémistes n’hésitent pas à appeler au boycott de l’école obligatoire de la République, et une partie de l’opposition nourrit de façon opportuniste un sentiment puritain et homophobe, au prix d’amalgames douteux et de raccourcis contestables

Le désarroi des enseignant est compréhensible face à la violence de telles accusations et à l’indécision apparente de ses tutelles. Le propos de cet article est ainsi de donner quelques points de repère pour mieux appréhender les enjeux du débat et ses possibles dérives.

  Lire la suite

« Michael Kohlhaas », d’Arnaud Des Pallières

Des-Pallieres-Michael-KohlhaasIl faut rendre grâce aux sélectionneurs du dernier Festival de Cannes d’avoir programmé en compétition officielle le film d’Arnaud Des Pallières.Dommage seulement que le jury n’ait pas jugé bon d’attribuer au moins un prix d’interprétation à la performance de Mads Mikkelsen (mais il l’avait obtenu l’an dernier).

S’il est inconnu du grand public, ce cinéaste s’est signalé depuis longtemps à l’attention des critiques par une œuvre exigeante caractérisée par le choix de sujets humanistes et par un incontestable talent pour la mise en scène.

Lire la suite