L’humour, valeur nationale : mallette théorique pour interventions pédagogiques

"Projet de costume pour MM. les journalistes", par André Gill, "L'Éclipse, janvier 1870

« Projet de costume pour MM. les journalistes », par André Gill, « L’Éclipse, 23 janvier 1870

Quelles valeurs enseigner dans l’école de la République ? S’en tient-on à la devise républicaine ? Faut-il lui ajouter tout ce qui est à même de fonder une unité nationale ?

À ces questions qui taraudaient déjà bien des enseignants et qui deviennent l’incontournable de l’après 11 janvier, le rassemblement national a sans doute apporté une réponse inattendue, très visible aux yeux des enfants et des adolescents, en étalant sur tous les écrans un mélange détonant de drapeaux tricolores et de caricatures de Charlie Hebdo.

Dans la solennité du moment, l’effroi des horreurs perpétrées, la sidération de la conscience citoyenne blessée, l’humour a pointé régulièrement le bout de son nez, jusqu’à se faire reconnaître comme valeur nationale.

Que faut-il faire d’une telle évidence : l’« esprit » français réunit les foules et fait chanter la Marseillaise ?

Dans toutes ses déclinaisons, de Rivarol à Groland, il semble pouvoir nous unir, être à même de tracer un pont entre le passé et l’avenir, un avenir que l’on voudrait le plus radieux possible pour la génération des petits manifestants en patinette, qui est aussi celle de jeunes téléspectateurs tourmentés par la perplexité ou la colère des adultes, et qui ne savent pas comment comprendre ces dessins humoristiques qui n’étaient pas pour eux et qu’ils doivent dissocier des insultes.

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« Le Désordre azerty », d’Éric Chevillard. Autoportrait de l’écrivain devant son clavier

"Le Désordre azerty", d'Éric ChevillardOn ne sait si, à l’instar de Christian Gailly,  Éric Chevillard utilise la bonne vieille machine à écrire mais, comme l’écrivain récemment disparu, les lettres lui apparaissent sur un clavier dans ce désordre qui est peut-être l’ordre véritable des choses.

Et l’autoportrait qu’il propose dans ce Désordre azerty est sans doute la meilleure manière pour lui de se présenter.

À l’article Photographie, il explique sa réticence à paraître. Cette réticence, on l’apprend dès les premières pages, qui portent sur le mot ASPE ou ASPLE, dont il ne donne pas la définition (on la trouvera dans n’importe quel dictionnaire) mais aurait pu porter sur l’adjectif asocial, « incapable de s’adapter aux normes sociales ». Ce qui est sans doute excessif, mais fondé.

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