Dans l’atelier de Vélasquez : « Je suis Juan de Pareja », d’Elizabeth Borton de Treviño

"Je suis Juan de Pareja", d'Elizabeth Borton de TrevinoEn 1989 paraissait à l’École des loisirs un roman dont l’intrigue se situe en plein siècle d’or espagnol, dans l’atelier du peintre Vélasquez. Cet ambitieux récit, publié vingt-quatre ans plus tôt aux États-Unis, avait obtenu, à sa sortie, la très prestigieuse médaille Newbery, qui récompense chaque année le meilleur livre de jeunesse américain.

Bien avant Tracy Chevalier, Elizabeth Borton de Treviño choisissait de convier son lecteur dans l’intimité d’un peintre majeur du XVIIe siècle, grâce, du reste, à un artifice romanesque fort proche de celui employé dans La Jeune Fille à la perle.

En effet, le narrateur n’est autre que l’esclave Juan de Pareja, né à Séville, qui fut l’assistant du peintre et que ce dernier immortalisa dans un tableau aujourd’hui conservé au Metropolitan Museum de New York.

La confection de ce portrait fournit évidemment l’un des épisodes phares du roman, mais elle est loin d’en être le seul sujet. De fait, c’est toute la vie de Juan qu’imagine l’auteur, et ce récit fictif (qui n’est pas un simple prétexte – il n’est, en soi, nullement dénué d’intérêt) permet de suivre pas à pas la longue et brillante carrière de Diego Vélasquez.

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L’enseignement de l’histoire des esclavages et de leurs abolitions

La Direction générale de l’enseignement scolaire précise les modalités d’organisation de la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions – le 10 mai – dans les établissements.

Cette journée a été instituée en référence à la date de l’adoption en dernière lecture par le Sénat de la loi du 21 mai 2001 qui reconnaît la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité.

Cette loi a notamment instauré le comité pour l’histoire et la mémoire de l’esclavage.

Marc Olivier Baruch, « Des lois indignes ? Les historiens, la politique et le droit »

Marc-Olivier Baruch, "Des lois indignes ? Les historiens, la politique et le droit"Nous aurions presque oublié, alors que la chose fit grand bruit dans le landernau universitaire et politique. En décembre 2005, quelques-uns de nos plus éminents historiens, dont certains professeurs au Collège de France, des académiciens et jusqu’à un ancien ministre apposaient leur signature au bas d’un manifeste collectif  intitulé Liberté pour l’histoire.

Il s’agissait de s’élever contre une série de lois jugées « indignes de la République » car attentatoires à la liberté de pensée et d’expression des historiens. Une disposition gouvernementale (vite abrogée) avait cristallisé l’émotion, en partie légitime, de la corporation, celle qui prétendait imposer à l’école de souligner « le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord ».

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« 12 Years A Slave », de Steve McQueen

"12 Years a Slave", de Steve McQueenLe réalisateur britannique Steve McQueen a fait une percée remarquable dans le cinéma contemporain en 2008 avec Hunger, qui retraçait sans aucune concession l’incarcération, la grève de la faim et l’agonie de l’activiste irlandais Bobby Sands.

Dans 12 Years A Slave, il adapte le livre de Solomon Northup, charpentier et musicien afro-américain, homme libre et considéré de Saratoga dans l’État de New York, l’un des quelques États abolitionnistes d’Amérique au XIXe siècle.

Kidnappé et vendu en 1841 par deux escrocs, il a passé douze ans de captivité dans des plantations de Louisiane et a été miraculeusement sauvé en 1853. Il a dès lors consacré le reste de sa vie à raconter le calvaire vécu pendant ces années où il a partagé l’atroce condition des esclaves.

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« Wake Up America, 1940-1960 », John Lewis et la lutte contre la ségrégation raciale aux États-Unis. Récit d’un destin hors du commun

"Wake Up America", de John Lewis, Andrew Aydin et Nate Powell, Rue de SèvresWake Up America, paru le 8 janvier 2014 aux éditions Rue de Sèvres, est un récit en bandes dessinées qui retrace vingt ans de l’histoire américaine contemporaine : 1940-1960.

Vingt ans qui ont fait passer les États-Unis d’une époque où la société, figée, reposait sur la ségrégation raciale, au réveil que rappelle le titre en forme de slogan, Wake Up America, un réveil obtenu grâce à la lutte des Noirs pour l’égalité.

Ce titre résonne comme un rappel des conditions de vie d’une époque injuste, fait écho au fameux discours de Martin Luther King, I have a dream, et invite à rester vigilants en matière de droits de l’homme. Comme le souligne l’historien américain Howard Zinn dans Une histoire populaire de l’Empire américain, récit graphique édité par Vertige Graphic, « une longue histoire de meurtres et d’intimidations maintint les Noirs dans la soumission. Entre 1890 et 1920, des foules de Blancs lynchèrent 4 000 Noirs ».

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« Lincoln », de Steven Spielberg

steven-spielberg-lincolnAbraham Lincoln (février 1809 – avril 1865) est le seizième président des États-Unis et le premier président républicain, élu pour deux mandats de quatre ans, en 1860 et 1864 (il n’a pu terminer le second, ayant été victime d’un attentat). C’est vu de dos et de trois-quarts que le comédien britannique Daniel Day-Lewis lui ressemble le plus. Grand nez, menton en galoche accentué par la barbe, visage osseux.

La silhouette filmique de ce grand homme – qui mesurait 1 m 93 – évoque les personnages de Dickens et s’inscrit dans les mémoires par son aspect caricatural. Puis on voit les yeux et on est conquis par ce regard bleu que l’acteur offre à son personnage. Il nous fait oublier les rides, savamment accentuées par toute une équipe de maquilleurs. Et quand ce regard s’empreint de malice pour raconter l’une de ces anecdotes historiques ou bibliques dont Lincoln avait le secret, ou pour faire l’un de ses discours de prédicateur inspiré que les gens apprenaient par cœur, on est définitivement conquis. Comme Jésus, le Président parle par paraboles.

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« Django Unchained », de Quentin Tarantino

quentin-tarentino-django-unchainedMort ou vif, tel est le refrain qui scande Django Unchained.

Dans le sud des États-Unis, deux ans avant la guerre de Sécession, le docteur King Schultz (Christoph Waltz), dentiste allemand reconverti en chasseur de primes, achète Django (Jamie Foxx), un esclave capable de l’aider à reconnaître les frères Brittle, meurtriers qu’il recherche. Il lui promet de lui rendre sa liberté lorsqu’il les aura capturés – morts ou vifs.

Pendant la traque, Django parle à Schultz de Broomhilda, sa femme, vendue comme lui mais à un autre maître. Pour la retrouver, Schultz élabore un plan : il s’agit de s’introduire dans l’immense plantation de Calvin Candie, le plus puissant planteur du Mississipi, et de prétendre vouloir acheter des lutteurs noirs. Continuer la lecture