La bienveillance en question

Les candidats au bac, série S, signent depuis cette semaine une pétition contre les dernières épreuves de maths qu’ils jugent trop dures (slogan « Arrêtez le carnage »). Certains médias qui relaient cette information ne manquent pas d’ajouter ce commentaire: pourtant plus de  90 % d’entre eux obtiendront leur bac. Traduisez : les épreuves ne sont pas si difficiles puisqu’ils réussissent en masse.

Loin de suggérer la mauvaise foi ou l’inconséquence des candidats, cette protestation lycéenne révèle au contraire l’honnêteté des élèves aux yeux de qui la maîtrise réelle du programme importe plus que sa notation, la réussite personnelle plus que l’évaluation nationale. Leur réaction intègre semble insensible à cette mystérieuse alchimie qui pourtant, année après année, change la boue des épreuves en or des résultats.

Cette transmutation savante s’opère selon un procédé très simple nommé : bienveillance. C’est trop dur mais la note est douce : bienveillance. C’est pas bon mais ça passe : bienveillance. On n’y arrive pas, mais on s’en sort : bienveillance. Ce que nous dit cette fronde lycéenne c’est que trop de bienveillance tue l’estime de soi.

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