« L’Institutrice », de Nadav Lapid

"L'Institutrice", de Navad LapidL’institutrice Nira décèle chez le petit Yoav, un enfant de cinq ans, des dons extraordinaires pour la poésie.

Visiblement inspiré au sens fort du terme, comme le suggère son prénom – qui est celui du neveu du roi David, dérivé du nom de Dieu d’Israël et du mot père et signifiant « Dieu du père » –, il profère des poèmes, que recueille scrupuleusement sa nounou.

Nira elle-même écrit des poèmes comme pour échapper à la banalité de sa vie conjugale avec un mari matérialiste et sans imagination. Subjuguée par le talent précoce de Yoav, elle voit dans le fait d’être avec lui un bonheur et une mission. Du coup, obsédée par le jeune et mystérieux prodige, elle s’intéresse moins à ses propres enfants – adultes il est vrai – et décide d’encourager ses prédispositions, envers et contre tous, y compris le père de Yoav.

Cette entreprise désespérée lui fait franchir la ligne de la raison et de la loi.

 

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« La Cour de Babel », de Julie Bertuccelli

"La Cour de Babel", de Julie BertuccelliDes adolescents écrivent au tableau des mots de leur langue maternelle et les traduisent en français.

L’orthographe est hésitante, mais ils s’appliquent à cet exercice, qui leur permet d’évoquer des souvenirs, de communiquer avec leurs camarades et d’apprendre la langue de leur pays d’adoption.

Dès cette première séquence du film de Julie Bertuccelli, la métaphore biblique est pleinement justifiée. Car elle explore et renouvelle ce que Derrida définit comme  « le mythe de l’origine du mythe, la métaphore de la métaphore, le récit du récit, la traduction de la traduction », avec sa double valence : châtiment divin par la perte irréparable de la langue adamique commune qui introduit la confusion (première étymologie) ou au contraire dans la cité de Dieu  (deuxième étymologie) instauration positive de la diversité et des conditions de l’altérité (François Marty),  invitation à « l’ouverture à l’autre, celui qui m’est radicalement différent, comme voie qui mène au Tout autre » (Emmanuel Lévinas), chance inestimable pour l’homme d’échapper à l’uniformisation stérilisante (Marie Balmary).

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Antoine Compagnon, « Une question de discipline »

"Une question de dicipline", d'Antoine CompagnonIl ne faudrait pas que le lecteur distrait néglige d’arriver à la dernière page de ce livre d’entretiens qu’Antoine Compagnon a donné à Jean-Baptiste Amadieu. Il raterait cet aveu étonnant auquel tout amoureux des livres ne peut que souscrire, avec tristesse :

« Pour s’intéresser à la littérature, la lire, l’étudier par-delà toute discipline, il est indispensable de rester un peu bête. »

Bête, Compagnon ne peut pas vraiment être soupçonné de l’être. Pourtant, quand on est fils de militaire, qu’on a passé une partie de sa jeunesse à l’étranger, que l’on est sorti de Polytechnique et qu’après une spécialisation aux Ponts et chaussées on se prépare à devenir ingénieur, se retrouver, quelques années plus tard, à enseigner la littérature française moderne et contemporaine au Collège de France, si ce cheminement ne signale pas forcément une inclination à la bêtise, il conduit néanmoins à se poser des questions.

Et c’est bien la bizarrerie de cet itinéraire qui peut nous retenir d’abord dans ce livre et dans ce personnage.

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Je suis en 3e j’adore lire et j’adore écrire je veux devenir prof de littérature mais pour être prise dois-je faire du latin ou du grec ?

L’enquête sur les motivations et la formation requises pour devenir professeur de lettres sur ce site traverse les générations : dans les commentaires ajoutés aux témoignages et réflexions, une élève de troisième écrit :

« Bonjour, Je suis en 3eme j’adore lire mes lectures sont de niveaux adultes a 12 ans j’ai même lu « Autant en emporte le vent » a cet âge la et j’adore écrire je veux devenir prof de littérature depuis plusieurs années mais pour être prise dois je faire du latin ou du grec ?  Merci. »

Des collaborateurs de l’École des lettres, enseignant dans les situations les plus diverses,  ou écrivains, lui répondent. Vos points de vue sont attendus !

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« La Vie d’Adèle », d’Abdellatif Kechiche, ou le vibrant portrait de l’«institutrice»

 

Adèle Exarchopoulos, lycéenne puis professeur des écoles dans "la Vie d'Adèle", d'Abdellatif Kechiche

Adèle Exarchopoulos, lycéenne puis professeur des écoles dans « la Vie d’Adèle », d’Abdellatif Kechiche

Qui aurait dit qu’une bande dessinée, fût-elle des plus inspirées, aurait abouti à une adaptation cinématogra-phique suscitant à la fois polémiques contingentes et légitime admiration ? Le 17 décembre La vie d’Adèle, d’Abdellatif Kechiche poursuit ainsi sa moisson de récompenses en se voyant attribuer le prestigieux prix Louis Delluc.

L’occasion est trop belle non pour relancer le débat sur la façon de tourner du réalisateur, mais plutôt sur l’orientation de son propos cinématographique et ses focalisations sur des scènes scolaires.

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Une utopie pour le présent : « L’Éducation réinventée », de Salman Khan

salman-kahn-l-education-reinventee« Une école grande comme le monde » : c’est le sous-titre de l’essai publié début septembre par Salman Khan, Américain d’origine indienne, livre précédé et suivi d’une rumeur flatteuse voire élogieuse.

Khan a crée une « académie » qui s’étend sur cinq continents. Ses bâtiments sont virtuels ou presque. Il suffit en effet d’un ordinateur ou d’une tablette, d’un écran pour visionner des vidéos, et donc d’une connexion à internet.

Le but : révolutionner les méthodes d’enseignement. Mais pourquoi ?

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« Dans la maison », de François Ozon

affiche du film « Dans la maison », de François OzonLe cinéma de François Ozon aime à cultiver l’ambiguïté. Ne le lui reprochons pas, d’autres cinéastes, parfois très prestigieux, tels Hitchcock, Oliveira ou Chabrol, ont exploré la même voie. Et, en matière d’art, et de littérature en particulier, rares sont les chefs-d’œuvre construits sur la transparence ou l’univocité.

Ce qui ne veut pas dire qu’il suffit d’être embrouillé pour atteindre les sommets. Et embrouillé, le dernier film de François Ozon, Dans la maison, l’est plutôt, l’ambiguïté, ostensiblement recherchée, aboutissant à un désordre flou qui laisse le spectateur le mieux disposé dans un état de perplexité, voire de déception. Continuer la lecture

Utiliser le multimédia pour renouveler ses pratiques

Une célèbre société propose des formations à ses acheteurs et clients pour les familiariser avec l’ordinateur qu’ils se sont procuré. Outre les manipulations de base, le client apprend à se servir du logiciel permettant le montage de film, le travail sur la photo, etc. L’offre de formation permet ainsi à cette entreprise de conquérir et fidéliser des clients. D’autres sociétés privées, hélas, profitent de la peur ou d’une certaine misère intellectuelle pour vendre leurs services. Cotées en Bourse, elles affichent en permanence leurs offres dans les moyens de transport.

Il ne s’agira cependant pas ici de comparer un système fondé sur l’argent à la formation publique, et notamment à celle des élèves ou de leurs professeurs, mais de considérer les ressources que le numérique peut nous offrir. Continuer la lecture