« La Maison de Bernarda Alba », de Federico Garcia Lorca, à la Comédie-Française

"La Maison de Bernarda Alba", de Federico Garcia Lorca, à la Comédie-Française,

© Comédie-Française, 2015

C’est noir, c’est austère, c’est tragique. Comme chez les dramaturges de l’Antiquité, nous devinons, dès les premiers mots, que le destin est en marche, qu’il n’y aura pas d’issue, pas d’alternative à la mort, cette mort qui inaugure le spectacle et qui, une heure et demie plus tard, viendra le clore. Brutalement. Irrémédiablement.

Le lieu le signale : il est celui de l’enfermement, une « maison » annonce le titre, un espace où l’on se terre, où l’on cache des secrets de famille et des désirs refoulés.

Mais, transformée par une scénographie grandiose, cette maison devient prison, fermée par un immense rideau en lequel se combinent la dentelle des moucharabiehs, l’oppressive claustration des grillages concentrationnaires et les infranchissables barrières d’un monastère.

Lire la suite

« Bande de filles », de Céline Sciamma

"Bandes de filles", d'Élise SciammaLe titre est trompeur. Il y a bien une bande de filles que filme Céline Sciamma : elle est constituée par trois adolescentes, Lady qui en est le centre, Fily et Adiatou. Lorsque Marieme se retrouve seule, désœuvrée, en butte contre l’institution scolaire, elle se décide à les rejoindre.

En même temps qu’un nouveau prénom (Vic), elle s’efforce d’acquérir confiance en soi, agressivité, aisance, féminité. Lady est alors un modèle plus qu’une amie. Marieme, d’ailleurs, ne voit pas dans son amie les parts d’ombre et de vulnérabilité. Elle recherche d’abord un moyen pour conquérir une volonté d’affirmation et d’estime de soi.

Pourtant, cette bande n’est pas l’unique objet du film. Les quatre personnages ne sont absolument pas placés sur un pied d’égalité devant la représentation.

Lire la suite

« Wake Up America, 1940-1960 », John Lewis et la lutte contre la ségrégation raciale aux États-Unis. Récit d’un destin hors du commun

"Wake Up America", de John Lewis, Andrew Aydin et Nate Powell, Rue de SèvresWake Up America, paru le 8 janvier 2014 aux éditions Rue de Sèvres, est un récit en bandes dessinées qui retrace vingt ans de l’histoire américaine contemporaine : 1940-1960.

Vingt ans qui ont fait passer les États-Unis d’une époque où la société, figée, reposait sur la ségrégation raciale, au réveil que rappelle le titre en forme de slogan, Wake Up America, un réveil obtenu grâce à la lutte des Noirs pour l’égalité.

Ce titre résonne comme un rappel des conditions de vie d’une époque injuste, fait écho au fameux discours de Martin Luther King, I have a dream, et invite à rester vigilants en matière de droits de l’homme. Comme le souligne l’historien américain Howard Zinn dans Une histoire populaire de l’Empire américain, récit graphique édité par Vertige Graphic, « une longue histoire de meurtres et d’intimidations maintint les Noirs dans la soumission. Entre 1890 et 1920, des foules de Blancs lynchèrent 4 000 Noirs ».

Lire la suite

« Lincoln », de Steven Spielberg

steven-spielberg-lincolnAbraham Lincoln (février 1809 – avril 1865) est le seizième président des États-Unis et le premier président républicain, élu pour deux mandats de quatre ans, en 1860 et 1864 (il n’a pu terminer le second, ayant été victime d’un attentat). C’est vu de dos et de trois-quarts que le comédien britannique Daniel Day-Lewis lui ressemble le plus. Grand nez, menton en galoche accentué par la barbe, visage osseux.

La silhouette filmique de ce grand homme – qui mesurait 1 m 93 – évoque les personnages de Dickens et s’inscrit dans les mémoires par son aspect caricatural. Puis on voit les yeux et on est conquis par ce regard bleu que l’acteur offre à son personnage. Il nous fait oublier les rides, savamment accentuées par toute une équipe de maquilleurs. Et quand ce regard s’empreint de malice pour raconter l’une de ces anecdotes historiques ou bibliques dont Lincoln avait le secret, ou pour faire l’un de ses discours de prédicateur inspiré que les gens apprenaient par cœur, on est définitivement conquis. Comme Jésus, le Président parle par paraboles.

Lire la suite