“L’Oubli”, de Frederika Amalia Finkelstein : mémoire mécanique

Frederika Amalia Finkelstein, "L'Oubli"

C’est un roman qui dérange, qui trouble. Ce qui est une bonne chose. Il est le fait d’une jeune femme qui ne peut savoir du XXe siècle et de son horreur profonde que ce que les ultimes survivants peuvent en raconter.

C’est donc le roman d’une transition vers l’absence de témoins, vers l’oubli, l’enfouissement ou la négation. La parole tend à disparaître, ou à n’exister plus que dans les témoignages filmés ou enregistrés. C’est avec cette réalité, contre elle aussi, que Frederika Amalia Finkelstein écrit son premier roman.

La narratrice a entre vingt et vingt cinq ans, un nom proche de celui de l’auteur qui a aussi cet âge. Alma traverse Paris pendant une nuit, et cherche à oublier, en marchant : « Je le dis sans honte : je veux oublier, anéantir cette infâme Shoah dans ma mémoire et l’extraire comme une tumeur de mon cerveau. » Il suffit pourtant qu’elle annonce ce programme dans l’incipit pour que tout s’enclenche et que chacune de ses pensées s’associe à cet événement.

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“Avoir un corps”, de Brigitte Giraud

brigitte-giraud-avoir-un-corpsL’expérience de la peau

À la toute fin de son récit, Brigitte Giraud évoque le travail mené avec Bernadette Gaillard, chorégraphe. Avoir un corps est le résultat de nombreux échanges entre les deux artistes.

On ne saurait parler davantage du corps que par la danse et le mouvement dans l’espace et la première caractéristique de l’écriture, telle que la pratique Brigitte Giraud, c’est l’action donnée par les verbes.

Ils sont là, au présent, comme un flux ininterrompu, comme ils étaient là, dans J’apprends, récit proche de celui-ci puisqu’il mettait en scène la narratrice qui entre dans le monde avec candeur, envie voire enthousiasme, avant d’apprendre le silence, le mensonge et ce qui est caché.

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