« Les Cahiers dessinés » : l’art du dessin à la Halle Saint-Pierre

Les Cahiers dessinésDe Victor Hugo à Siné, de Pierre Alechinsky à Tomi Ungerer, le dessin s’expose à la Halle Saint-Pierre qui ouvre ses portes aux Cahiers dessinés. À travers cette revue qu’il dirige après treize ans d’existence le dessinateur Frédéric Pajak ne cesse d’explorer les mille facettes d’un langage qui surprend toujours.

« Avant de faire de la gymnastique ou de la musique on dessine. On sait dessiner quand on est enfant. Tous les enfants dessinent. Même celui qui croit qu’il est maladroit ne l’est pas tant que ça, il dit quelque chose. C’est un moyen d’expression, un langage incroyable. Après, quand on devient dessinateur, on se rend compte de la profondeur de ce langage. Je suis dessinateur, je sais ce que c’est, c’est un monde qui s’ouvre sous moi, j’ai une autre sensibilité sur le dessin, je vois comment ils ont dessiné et je me dis “Comment ont-ils pu dessiner ça ?” Souvent je suis ébahi. Il y a beaucoup de dessins devant lesquels je reste sans voix. »

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Lire en hommage ? – Lire les images.

Dessin de Gustave Doré

Dessin de Gustave Doré

Apprendre à lire un dessin de presse, c’est s’initier à une forme d’expression à la croisée entre art et journalisme, une forme aussi simple que redoutable.

Le dessin de presse est d’abord spécifique en ce qu’il est immédiat ; trait sur le papier, presque « à main levée », il surgit comme un trait d’esprit immédiatement traduit par son auteur.

Lorsque Cabu entre à Hara Kiri, il est chargé par Cavana de dessiner des instantanés de concert de jazz ; la rubrique s’intitule « Coin de nappe ». Le dessinateur de presse saisit ce qui lui passe par la tête, sans cesse, pour son travail, mais il consigne aussi des observations qui lui sont plus personnelles. Un dessinateur peut avoir son jardin secret, comme François Olislaeger au journal Le Monde. C’est un curieux, un instinctif mais aussi quelqu’un qui, à l’instar du photographe d’actualité, développe sa manière, son regard propre. En ce sens, il n’est jamais neutre; même s’il cherche à se faire comprendre du plus grand nombre, il impose peu à peu sa vision. D’où cette identité particulière des dessinateurs, dont la signature est rapide comme le coup de patte du chat : Charb, Riss, Luz pour Charlie Hebdo, Kroll pour Le Soir ou Frap pour Presse Océan…

Analyser  le dessin de presse, c’est donc chercher à comprendre en quoi il constitue une forme particulière d’expression graphique, mais aussi en quoi il est révélateur d’une identité d’auteur, d’un talent singulier.

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Une nouvelle didactique de l’écriture imaginée par le groupe OZER

Émile Zola, par André Gill, « Les Hommes d’aujourd’hui », septembre 1878

Émile Zola, par André Gill, « Les Hommes d’aujourd’hui », septembre 1878

À la rentrée de septembre 2014, l’École des lettres publiait un avis, « Attention travaux », qui annonçait le feuilleton pédagogique du groupe OZER (Observatoire zolien des écritures réflexives) à paraître à partir de janvier 2015.

Olivier Lumbroso et Françoise Gomez, co-fondateurs du groupe, proposent aujourd’hui en préambule la réflexion qui nourrit ce travail en cours.

Comme en septembre, ils ont choisi en toute complicité d’écrire à quatre mains et à deux voix. Continuer la lecture

Entrées sur Éluard. « Les Mains libres », de Paul Éluard et Man Ray

"Les Mains libres", de Paul Eluard et Man RayQuelques mots et définitions pour entrer dans la poésie d’Eluard et dans l’univers de Man Ray, pour saisir les aspects communs de leur travail.

D’Amour à Facile, Mains libres ou Mains levées, et Surréalisme, une tentative de mise en évidence de ce qui  passe de l’un à l’autre, du photographe et peintre au poète, comment ils empruntent à la grammaire de la danse et de la mode, à l’époque même, avant de lui restituer son sens dans une œuvre intuitive.

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La liberté de la presse plus que jamais à défendre

100 dessins de "Cartooning for peace" pour la liberté de la pressePrise d’otages, assassinats, censure des armées ou des pouvoirs politiques, mises sur écoutes, chasse aux diffuseurs d’infos sensibles, mises en examen de médias ou de journalistes… La vie des journalistes dans le monde contemporain est de moins en moins facile. La liberté de la presse est en danger, et avec elle celle des citoyens.

La publication de 100 dessins de “Cartooning for peace” pour la liberté de la presse, permet d’apporter un soutien à l’ONG Reporters sans frontières, mais aussi de disposer d’une sélection de dessins français et étrangers sur ce thème que l’on pourra analyser en classe.

Ces “grains de sable qui font dérailler notre regard” ont une vertu éducative à ne pas négliger. Ils nous informent avec les armes de l’humour sous toutes ses formes et de la caricature sur l’état du monde.

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Willi Glasauer, auteur, illustrateur, photographe et lithographe

Willi Glasauer, "Grüsse aus der Fremde", DuMont,1987

Willi Glasauer, autoportrait,
« Grüsse aus der Fremde », 1987

Accède-t-on de plein droit à l’Olympe des illustrateurs en entrant dans un dictionnaire comme celui de Jacques Sternberg (Dictionnaire des idées revues, édité par Denoël en 1985) ?

La notice consacrée par Sternberg à Willi Glasauer le laisse croire :

«Quand, entre 1945 et 1950, je rédigeais fiévreusement des manuscrits qui, refusés par tout le monde, faisaient l’aller-retour entre ma table de travail et les comités de lecture, je me gorgeais de dessins d’humour, de terreur et de fantastique. Cette passion a fini par s’éteindre et il y a des années que je n’avais pas reçu un choc semblable à celui que j’encaissai de plein fouet en découvrant par hasard chez Gallimard un carton de dessins d’un certain Glasauer. D’hallucinantes compositions donnaient à voir un monde d’épouvante, sorte de compromis entre les collages de Max Ernst et Jérôme Bosch, avec des personnages de cauchemar qui révélaient autant de virtuosité technique, de morbidité que d’imagination…»

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«Giacomo Foscari », de Mari Yamazaki, un manga historique entre Japon et Occident

Mari Yamazaki, "Giacomo Foscari" © Rue de SèvresLa bande dessinée japonaise, le ou la manga, est un genre protéiforme qui s’adresse à tous types de publics.

Dans les années 1980-1990, le manga s’est heurté à de nombreux préjugés, forgés par la diffusion de certains dessins animés dans les programmes destinés à la jeunesse.

On leur reproche d’être trop violents, de ne mettre en scène que des personnages caricaturaux véhiculant des idées simplistes et d’être servis par un dessin minimaliste.

Cette vision réductrice a fait long feu. On a découvert depuis les films d’animation de Miyazaki, comme Le Voyage de Chihiro et Princesse Mononoké, ou encore Le Tombeau des lucioles, d’Isao Takahata, qui fait définitivement rentrer les « manganimés » dans le domaine adulte.

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