Anatomie d’un mensonge : «L’Imposteur», de Javier Cercas

"L'Imposteur", de Javier CercasEn mai 2005, alors que le Premier ministre espagnol doit pour la première fois assister à la commémoration de la libération des camps, un scandale éclate. Enric Marco, président de l’Amicale de Mauthausen, révèle que, contrairement à ce qu’il avait affirmé, il n’a jamais été déporté à Flossenbürg.

Il a menti sur cet aspect essentiel de son passé, mais sur d’autres, aussi. L’effet est ravageur. C’est sur cet événement que Javier Cercas revient dans L’Imposteur.

Le romancier espagnol, auteur des Soldats de Salamine et de Anatomie d’un instant s’intéresse aux ambiguïtés de l’Histoire.

Il met en relief sa complexité, ses paradoxes, n’hésitant pas à heurter une certaine bonne conscience et à se confronter lui-même au danger de son entreprise.

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« Suite française », de Saul Dibb, d’après Irène Némirovsky. De la réalité romancée à la reconstitution filmée

"Suite française", de Saul Dibb, d’après Irène NémirovskyLe destin du roman d’Irène Némirovsky, Suite française, est aussi extraordinaire que celui de son auteur, juive russe née à Kiev en février 1903, immigrée en France en 1919, devenue romancière à succès et égérie littéraire de Tristan Bernard ou d’Henri de Régnier.

Mariée au banquier Michel Epstein, elle est baptisée en 1939, mais l’État lui refuse la naturalisation. Victime des lois antisémites promulguées en octobre 1940 par le gouvernement de Vichy, le couple ne peut plus travailler.

On peut se demander pourquoi Irène écrit dans les hebdomadaires de droite comme Candide ou Gringoire. De façon assez troublante, l’image qu’elle donne des juifs est plutôt défavorable. Faut-il l’attribuer à la haine de soi, analysée par Lessing, ou, comme le soutient Myriam Anissimov, dans son introduction à l’édition Denoël de Suite française, à une absence de choix devant la situation faite aux juifs en France ?

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Colloque international Primo Levi

Colloque international Primo LeviLe colloque international sur Primo Levi, qui se déroulera à Chambéry les 25 et 26 mars 2015, organisé par Daniela Amsallem, a été conçu dans le cadre des échanges entre l’université Savoie Mont Blanc et l’université de Vercelli (Università del Piemonte Orientale), avec le soutien de l’université franco italienne et en collaboration avec l’Institut culturel italien de Lyon.

Il prévoit la participation d’enseignants-chercheurs des deux établissements partenaires, ainsi que d’autres spécialistes français et italiens de l’écrivain turinois, qui aborderont sous un éclairage nouveau les différents aspects de sa personnalité et de son œuvre.
Seront traités des thèmes ayant trait à la biographie de l’auteur: sa participation à la Résistance, l’élaboration littéraire de son expérience vécue; sa position vis-à-vis de la science et de l’éthique, ses rapports avec la culture française.

Des documents inédits y seront présentés : les entretiens de Primo Levi avec Giovanni Tesio, en vue d’une biographie autorisée, et les adaptations radiophoniques de ses deux premiers livres: Si c’est un homme et La Trêve. Le directeur du Centre d’études Primo Levi de Turin exposera les activités du centre ainsi que la réception des œuvres de cet écrivain, devenu une figure incontournable du XXe siècle.

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Aharon Appelfeld, « Adam et Thomas », traduit par Valérie Zenatti, illustré par Philippe Dumas

Aharon Appelfeld, "Adam et Thomas", traduit par Valérie Zenatti, illustré par Philippe DumasDes histoires d’anges dans la forêt

« Ils marchaient main dans la main, rapidement. Ils arrivèrent à la lisière de la forêt avec le lever du jour. »

Voici la première phrase du nouveau roman d’Aharon Appelfeld. Tout est là : la sobriété de la prose et la densité d’un univers.

Celles et ceux qui ont lu Histoire d’une vie, Le garçon qui voulait dormir ou La Chambre de Mariana, pour ne prendre que trois exemples dans une œuvre riche, savent que la forêt dans laquelle arrivent des personnages de ce romancier n’est pas n’importe quel espace. C’est celui que l’enfant a rejoint, dans la nuit de la persécution nazie ; c’est à la fois l’espace effrayant et celui de la survie.

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Entretien avec Aharon Appelfeld à propos de son premier livre pour la jeunesse, « Adam et Thomas », par Valérie Zenatti

Aharon Appelfeld © Patrice Normand

Aharon Appelfeld © Patrice Normand

De son enfance qui lui a fait connaître le pire et le meilleur, Aharon Appelfeld a tiré à ce jour plus de quarante romans traduits en trente-cinq langues.

Régulièrement cité comme « nobélisable », encensé par l’écrivain américain Philip Roth, il a reçu de nombreux prix prestigieux dont le prix d’Israël, le prix Nelly Sachs (Allemagne) et le prix Médicis étranger pour son livre autobiographique Histoire d’une vie (Éditions de l’Olivier/ »Point », Seuil).

Depuis 2004, il a acquis en France une notoriété et un public extrêmement fidèle qui le suit de livre en livre. Souvent comparé à Kafka, qu’il tient pour l’un de ses maîtres, il distille dans ses romans faussement réalistes le sentiment que les êtres et les situations dans lesquelles la vie les plonge, demeurent des énigmes difficilement déchiffrables.

Adam et Thomas est son premier livre pour la jeunesse. Il est paru en Israël au printemps 2013, enthousiasmant la critique et les lecteurs.Tous y ont reconnu la voix si particulière de l’écrivain, simple et profonde. Le livre est d’ores et déjà au programme dans les écoles et les collèges, mais de nombreux lecteurs adultes l’ont également suivi dans cet élargissement de son œuvre à la littérature de jeunesse. La situation initiale du livre (deux enfants redoublant d’ingéniosité pour survivre dans la forêt pendant la Seconde Guerre mondiale) est bien sûr directement inspirée de sa propre expérience, et les lecteurs sont profondément sensibles à cette dimension autobiographique.

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« Le Dernier des injustes », de Claude Lanzmann

"Le Dernier des injustes", de Claude LanzmannLe film de Claude Lanzmann Le Dernier des injustes concerne Benjamin Murmelstein – ainsi surnommé par lui-même d’après le titre du roman d’André Schwarz-Bart, publié en juillet 1959 aux éditions du Seuil et Prix Goncourt –, placé par les nazis à la tête du conseil juif du camp de Theresienstadt pour exécuter leur plan d’extermination.

Le cinéaste l’avait longuement interviewé à Rome, en 1975, au début du tournage de Shoah, mais n’avait pas utilisé les rushes, qui avaient été confiés aux archives du Musée de l’Holocauste à Washington.

Quarante ans après le tournage initial de Shoah (1975) et trente ans après sa sortie (1985), après avoir montré l’évasion de Yehuda Lerner dans Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures (2001), après être revenu sur l’indifférence des Alliés, et en particulier de Roosevelt, dans Le Rapport Karski (2010), Lanzmann affronte, dans le Dernier des Injustes, la question si controversée de la collaboration. Et ce nouvel épisode revêt une importance toute particulière d’abord par sa remise en question historique, puis par le travail de mise en forme réalisé sur les documents existants.

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« L’Amour sans visage », d’Hélène Waysbord

helene-waysbord-l-amour-sans-visage.« Un être de confection »

« Ma vie, celle que j’ai vécue du moins, commence par un black-out au sens plein du terme. Biffée d’un coup l’enfant, derrière le noir total tombé sur le parvis de l’école maternelle à la sortie de midi un jour d’octobre. Était restée l’autre enfant en dessous comme un double décalé, perdu. »

C’est ce qu’écrit Hélène Waysbord dans la dernière partie de L’Amour sans visage. Ce noir total qui défait son enfance, toute son existence, est lié à la disparition de ses parents, en 1942. Ils n’ont eu que le temps de la confier à des cafetiers de province. L’un d’eux l’a conduite de la gare Montparnasse jusqu’à Aurion, qu’on peut entendre Orion, mais aussi composition de noms bretons puisque l’enfant sera cachée dans l’Ouest.

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