La morale républicaine à l’école : des principes à la réalité

Ministère de l'Éducation nationale

La conférence de presse du 22 janvier 2015 de Najat Vallaud-Belkacem aurait dû être en principe celle des vœux pieux à la communauté éducative. Mais l’actualité s’est invitée avec cruauté, appelant plus que de simples paroles de circonstances. La ministre de l’Éducation nationale n’avait donc pas le droit à l’erreur en des temps où la parole politique forte devient une impérieuse nécessité.

Il apparaissait ainsi essentiel de revenir honnêtement sur la difficulté de réguler les échanges sur les événements tragiques encore omniprésents dans la mémoire collective.

Par là même, on peut savoir gré à la ministre de pointer du doigt les points de vue déviants exprimés par certains élèves endoctrinés par des discours-slogans et vulnérables aux théories fumeuses circulant sur la Toile.

L’éducation aux médias apparaît de fait pour Najat Vallaud-Belkacem comme la première clef pédagogique pour combattre les tentations obscurantistes. On ne peut que lui donner raison tout en rappelant que la presse a perdu du poids dans la circulation des idées et que le premier chantier à réinvestir reste l’appropriation du texte par les élèves. Pas simplement la « une » ou le titre choc, mais le texte, soit un énoncé susceptible de déployer ses réseaux de signification. En ce sens, très concrètement, la Semaine de la presse ne justifie-t-elle pas de redevenir une obligation pédagogique citoyenne – et ce dès les plus petites classes ?

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En parler

Manifestation du 11 janvier 2015, à ParisCe jeudi 8 janvier 2015 à 8 heures, quand le professeur entre dans sa classe, il sait qu’il ne pourra pas revenir sur la technique du commentaire composé, corriger les exercices de mathématiques ou exposer les causes de la Révolution de 1789.

Il sait qu’il lui faut faire usage de son autorité, de son prestige peut-être, de son statut sûrement, pour ouvrir le débat, inviter à la parole, rompre la pesanteur du silence. L’école, que l’on souhaite parfois sanctuariser, ne peut se montrer étrangère, aveugle et sourde au fracas du monde, aux actes meurtriers qui se déroulent à sa porte.

Le professeur donc, un citoyen comme un autre – non, plus citoyen que les autres – n’a pas attendu l’invitation de son ministre pour en parler. « En parler », car indépendamment du contenu de l’échange, c’est l’acte verbal lui-même qui a valeur conjuratoire. Il restitue à l’école une de ses missions précieuses : aider de jeunes esprits à percevoir avec justesse et mesure la gravité d’un événement et ses enjeux.

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L’accompagnement personnalisé au service de l’argumentation en classe de seconde

Rôle et place de l’argumentation au lycée

Héritiers de la méthodique et rationnelle tradition cartésienne, les exercices littéraires du baccalauréat mettent l’accent sur la capacité à dérouler, de façon logique, un raisonnement constructif.

Tous les acteurs éducatifs savent d’emblée que la dissertation relève de la pure démarche argumentative : c’est, d’ailleurs, ce qui la rend redoutable  aux yeux des  lycéens. Mais force est de constater que les autres épreuves de l’examen se fondent sur des exigences mentales et des qualités expressives tacitement équivalentes :

• les TPE doivent répondre de manière structurée à une problématique que le candidat aura préalablement définie ;

• l’oral de français (ÉAF) suppose l’élaboration d’une réponse construite, pertinente, synthétique, appuyée sur une analyse fouillée d’un document ;

• le commentaire de texte, dit « commentaire littéraire », proposé à l’écrit, cousin germain de l’oral, doit éviter toute paraphrase, s’attacher à justifier et prouver ce qu’il avance en enchaînant des remarques reposant sur une analyse rigoureuse des procédés d’écriture ;

• Seule l’écriture d’invention semble, a priori, échapper aux contraintes argumentatives ; cependant, les apparences sont trompeuses car il ne s’agit pas de créer en toute liberté.

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