« Il racconto dei racconti » (« Le Conte des contes »), de Matteo Garrone

tales-of-talesIl racconto dei racconti (Le Conte des contes) est le recueil le plus ancien d’Europe, écrit au XVIe siècle en napolitain par Jean Baptiste Basile, qui puisait beaucoup dans la Bible.

C’est lui qui a inspiré les frères Grimm et Perrault. On ne s’étonnera donc pas de trouver dans le film de Matteo Garrone leurs thèmes favoris, la stérilité féminine vaincue, l’affrontement de la Belle et de la Bête, les ogres, les fées et les sorcières.

L’Animalité y est omniprésente, incitant à se demander qui est plus monstrueux des bêtes ou des hommes, question philosophique qui habite le cinéma italien depuis Monicelli et Fellini.

Lire la suite

« Azur et Asmar », de Michel Ocelot, ou l’actualité brûlante d’un conte sur pellicule

"Azur et Asmar", de Michel OcelotLa une du Parisien du jeudi 15 janvier 2015 établissait comme attendu que la ligne de fracture de l’unité et de l’unanimité nationale s’exprime en tout premier lieu à l’école : le terme « école » devant être compris ici dans son sens large. Il devient ainsi impératif de poursuivre l’action civique en ne jetant pas de l’huile sur le feu sans pour autant céder à l’étouffement de la pensée critique.

C’est à cette fin que nous proposons quelques activités à partir du film de Michel Ocelot, Azur et Asmar (2006). Nous avons interrogé le réalisateur lui-même pour connaître les motivations qui ont présidé à la création de ce film remarquable.

Michel Ocelot est un réalisateur exigeant attaché aux belles images, aux beaux messages et aux belles histoires. On lui doit le célèbre Kirikou, esprit précoce et libre s’il en est ! Que ce soit dans Princes et Princesses ou dans Azur et Asmar – film à partir duquel nous proposons une activité pédagogique à destination des élèves de cycle 3 /sixième –, nous retrouvons la même volonté de combattre les préjugés et de nourrir l’esprit critique des « petits » et des « grands ».

Lire la suite

« Mécanismes de survie en milieu hostile », d’Olivia Rosenthal : se rendre visible

Olivia Rosenthal, "Mécanismes de survie en milieu hostile"

« La fuite », « La traque », « Le retour » : voici trois titres de chapitre de Mécanismes de survie en milieu hostile, dernier livre d’Olivia Rosenthal.

Ils ouvrent des voies, proposent des lectures, des références à une réalité quotidienne vécue par des millions d’humains sur la planète.

On pourrait leur opposer « Dans la maison » ou « Mes amis », les chapitres avec lesquels ils alternent. À ceci près que la maison peut être un de ces milieux hostiles évoqués par le titre, et que développer des mécanismes de survie s’y impose comme lors d’une fuite ou d’une traque.

Pour qui a lu, par exemple, Que font les rennes après Noël, du même auteur, on sait que la famille, et en particulier la mère de famille, oblige parfois à survivre…

Lire la suite

René Daumal ou la poétique du salut

René Daumal en 1944

René Daumal en 1944

René Daumal, c’est une trace, un sillon creusés dans la littérature et la vie.

L’image est à la fois banale et paradoxale quand on sait que le poète est désormais surtout connu pour Le Mont Analogue, ce conte métaphysique inachevé, récit d’une ascension « analogique ».

Mais Daumal a bien creusé sa vie comme on creuse un sillon (versus), cherchant avant tout à être. André Dhôtel, dans un court article lumineux (1), établit ce qui, selon lui, unit la démarche de Daumal à celle de Rimbaud : « … comme lui [Rimbaud], il a acquis une conviction inébranlable : la véritable voie spirituelle est un secret à retrouver, c’est-à-dire un élan originel vers ce qui est autre, vers l’inconnu qui nous échappe et seul peut nous redonner la lumière et le salut ». Lire la suite

Théâtre et générations

Hommage à Molière à la Comédie-Française © Cosimo Mirco Magliocca, 2014

Hommage à Molière à la Comédie-Française © Cosimo Mirco Magliocca, 2014

Conflits de générations en jeu dans les pièces,
grandes querelles esthétiques,
génération d’acteurs

Dans le cadre des rencontres organisées par la Comédie-Française au théâtre du Vieux-Colombier, à Paris, autour du thème Grandir pour ne pas vieillir, un nouveau débat abordera le vendredi 28 mars 2014 la notion de génération en histoire, en sociologie et en philosophie, et sous le regard du praticien.

Les rapports de générations dans les textes, la mise en scène comme interprétation générationnelle du répertoire et le théâtre comme art de la transmission seront ainsi interrogés au cours d’un débat animé par Agathe Sanjuan, conservatrice-archiviste de la Comédie-Française, avec Muriel Mayette-Holtz, administratrice générale de la Comédie-Française, Flore Garcin-Marrou docteure en littérature, spécialiste des liens entre théâtre et philosophie, et Martial Poirson professeur à l’université de Grenoble, spécialiste d’histoire et d’esthétique théâtrale.

L’École des lettres rendra compte de cette rencontre sur ce site.

. Lire la suite

Aharon Appelfeld, « Adam et Thomas », traduit par Valérie Zenatti, illustré par Philippe Dumas

Aharon Appelfeld, "Adam et Thomas", traduit par Valérie Zenatti, illustré par Philippe DumasDes histoires d’anges dans la forêt

« Ils marchaient main dans la main, rapidement. Ils arrivèrent à la lisière de la forêt avec le lever du jour. »

Voici la première phrase du nouveau roman d’Aharon Appelfeld. Tout est là : la sobriété de la prose et la densité d’un univers.

Celles et ceux qui ont lu Histoire d’une vie, Le garçon qui voulait dormir ou La Chambre de Mariana, pour ne prendre que trois exemples dans une œuvre riche, savent que la forêt dans laquelle arrivent des personnages de ce romancier n’est pas n’importe quel espace. C’est celui que l’enfant a rejoint, dans la nuit de la persécution nazie ; c’est à la fois l’espace effrayant et celui de la survie.

Lire la suite

Entretien avec Aharon Appelfeld à propos de son premier livre pour la jeunesse, « Adam et Thomas », par Valérie Zenatti

Aharon Appelfeld © Patrice Normand

Aharon Appelfeld © Patrice Normand

De son enfance qui lui a fait connaître le pire et le meilleur, Aharon Appelfeld a tiré à ce jour plus de quarante romans traduits en trente-cinq langues.

Régulièrement cité comme « nobélisable », encensé par l’écrivain américain Philip Roth, il a reçu de nombreux prix prestigieux dont le prix d’Israël, le prix Nelly Sachs (Allemagne) et le prix Médicis étranger pour son livre autobiographique Histoire d’une vie (Éditions de l’Olivier/ »Point », Seuil).

Depuis 2004, il a acquis en France une notoriété et un public extrêmement fidèle qui le suit de livre en livre. Souvent comparé à Kafka, qu’il tient pour l’un de ses maîtres, il distille dans ses romans faussement réalistes le sentiment que les êtres et les situations dans lesquelles la vie les plonge, demeurent des énigmes difficilement déchiffrables.

Adam et Thomas est son premier livre pour la jeunesse. Il est paru en Israël au printemps 2013, enthousiasmant la critique et les lecteurs.Tous y ont reconnu la voix si particulière de l’écrivain, simple et profonde. Le livre est d’ores et déjà au programme dans les écoles et les collèges, mais de nombreux lecteurs adultes l’ont également suivi dans cet élargissement de son œuvre à la littérature de jeunesse. La situation initiale du livre (deux enfants redoublant d’ingéniosité pour survivre dans la forêt pendant la Seconde Guerre mondiale) est bien sûr directement inspirée de sa propre expérience, et les lecteurs sont profondément sensibles à cette dimension autobiographique.

Lire la suite

Les « Contes » d’Hoffmann, séquence pour la classe de quatrième

E.T.A. Hoffmann, "Contes, "Classiques abrégés"Préconisée par les Instructions officielles pour la classe de quatrième, la lecture des Contes d’Hoffmann soulève généralement des problèmes de compréhension littérale. La complexité des constructions dramatiques aux narrations enchâssées, la densité des phrases, la fantaisie font souvent préférer au professeur de français l’efficacité d’un auteur comme Maupassant.

L’édition des Contes dans la collection « Classiques abrégés » lève en partie ces difficultés. Il n’en demeure pas moins que s’immerger dans l’œuvre d’Hoffmann, c’est faire l’expérience d’une lecture littéraire un peu déroutante, mais c’est aussi rencontrer un esprit libre, épris de musique et d’absolu. Ses nouvelles sont un témoignage essentiel sur ce romantisme qui, en Europe, devait libérer la créativité de tous les carcans théoriques.

Lire la suite