« Ombres de Molière », sous la direction de Martial Poirson

ombres-de-moliere-armand-colin-martial-poirsonLe statut de Molière, dans notre panthéon littéraire national, a quelque chose de particulier. Le génie de l’auteur dramatique est universellement reconnu et justifie qu’il plane sur les sommets.

Il est l’auteur le plus traduit, le plus lu et le plus représenté au monde, juste après Shakespeare. Et la Comédie-Française l’a joué trente-trois mille quatre cents fois entre 1680 et 2009.

Mais cette gloire légitime n’épuise pas l’auteur de Tartuffe, car derrière l’homme de théâtre, la postérité a voulu retenir l’image de l’homme tout court, saisi dans sa diversité. Son itinéraire personnel a, en effet, depuis plus de trois siècles, été l’objet d’une réappropriation par l’imaginaire collectif et par des créateurs qui, en s’emparant du personnage, ont pu, intentionnellement ou non, récupérer à leur profit un peu de son mérite et contribuer à la constitution d’un mythe.

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« Un chapeau de paille d’Italie », de Labiche : une nouvelle vision de la Comédie-Française

Un chapeau de paille d’Italie constitue, avec Le Voyage de M. Perrichon, un sommet de l’œuvre théâtrale d’Eugène Labiche (1815-1888), riche pourtant de quelque 180 pièces.

La Comédie-Française donne actuellement une nouvelle mise en scène, fort réussie, de ce chef-d’œuvre de vaudeville au Théâtre éphémère des jardins du Palais-Royal.

L’occasion est ainsi offerte d’apprécier l’originalité de ce spectacle par rapport aux précédentes mises en scène d’une pièce qui, depuis sa création en 1851, a connu un succès considérable. Continuer la lecture

« Reality », de Matteo Garrone

Anachronique, improbable, un carrosse doré, avec conducteur et valet de pied en habit rouge, pénètre dans un palais baroque où il est accueilli par une foule enthousiaste. Un couple de mariés en descend sous les acclamations et la fête commence dans ce décor de pacotille, inaugurant le contraste fondateur du film entre rêve et réalité, clinquant et banal, brillant et sordide.

L’animateur Enzo en est la vedette, naguère promue instantanément par sa participation à Grande Fratello (Big Brother en italien), l’équivalent de notre Loft.

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« To Rome with love », de Woody Allen

Après Londres et Paris, c’est à Rome que Woody Allen a décidé de poursuivre sa tournée des capitales européennes avec un titre en forme de dédicace qui reprend celui d’une série télévisée à succès de 1969. Mais son hommage à la ville éternelle, s’il témoigne d’une admiration fervente, ne se prend pas au sérieux pour autant.

Le premier guide choisi est un agent de la circulation qui arbore des poses de statue gréco-romaine au centre d’une place-carrefour où les vespas sont un clin d’œil à Vacances romaines de William Wyler (1953) et à Journal intime de Nanni Moretti (1993). Observatoire privilégié qui lui donne une vue imprenable sur la vie quotidienne des Romains et des touristes ou résidents américains qu’il nous révèle. Continuer la lecture

« La Nostra vita », ou la nouvelle comédie italienne

Depuis une trentaine d’années, une nouvelle comédie italienne est née autour de Nanni Moretti, même si ce dernier, auteur à part entière d’un cinéma autofictionnel et politique, est bien plus que le chef de file d’un genre déterminé. Il serait plutôt le garant esthétique et le moteur moral et économique d’un cinéma national en perte de vitesse qui a besoin d’une nouvelle impulsion.

Délaissant le comique bouffon et caricatural de la «comédie à l’italienne» des années 60-70, caractérisée par sa féroce critique sociale et sa tendance à la création de monstres grotesques, la comédie actuelle vise la peinture de la vie quotidienne des gens ordinaires dans une Italie politiquement désillusionnée et repliée sur ses problèmes familiaux. Du moins pour les films distribués en France, car il existe encore en Italie des comédies à la fois plus comiques et plus caustiques, réalisées par Paolo Virzi’, Silvio Soldini, Pupi Avati, Carlo Mazzacurati ou Gabriele Salvatores, qui sont peu exportées, sans doute par manque d’audace des distributeurs étrangers, qui se limitent aux noms les plus connus hors d’Italie. Continuer la lecture

« Ma part du gâteau », de Cédric Klapisch. « We Want Sex Equality », de Nigel Cole

Deux comédies sociales sortent presque en même temps, l’une française, Ma part du gâteau de Cédric Klapisch, l’autre britannique, We Want Sex Equality de Nigel Cole.

Klapisch choisit un sujet très actuel sur le monde de la finance.

Cole retrace les étapes d’un conflit historique : la lutte pour l’égalité des salaires entre hommes et femmes. Continuer la lecture

« Les Femmes du 6e étage », de Philippe Le Guay

Il n’est pas rare qu’un film léger, sans prétention, parvienne à susciter des réflexions d’ordre philosophique ou sociologique. C’est le cas de la comédie drôle et soignée de Philippe Le Guay, Les Femmes du 6e étage.

Grâce à des acteurs talentueux et bien dirigées (avec une mention spéciale pour un étourdissant Fabrice Lucchini, une hilarante Sandrine Kiberlain et une malicieuse Carmen Maura), et malgré un scénario assez conventionnel, le film se laisse voir avec plaisir et se place bien au-dessus des traditionnelles «comédies-à-la-française ».

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« Un fil à la patte », de Georges Feydeau

« Un fil à la patte », de Georges Feydeau © Christophe Raynaud de Lage

« Un fil à la patte », de Georges Feydeau © Christophe Raynaud de Lage

Et voilà ! On s’est encore laissé prendre. Le miracle Feydeau a une nouvelle fois opéré. Même si l’on connaît les ficelles, si l’on s’attend aux effets, si l’on voit venir le bon mot, la péripétie ou la catastrophe, on marche, comme un enfant naïf à Guignol (en supposant que les jeux vidéos n’aient pas définitivement altéré la naïveté des enfants d’aujourd’hui).

On a beau connaître les répliques par cœur, se souvenir de mises en scènes historiques (celle de Jacques Charon par exemple, avec une Micheline Boudet aussi minaudante que rusée, un Robert Hirsch étourdissant, un Jean Piat irrésistible et encore Denise Gence, Descrières, Roussillon, Cochet…), on a beau trouver les calembours fatigués ou peu raffiné le coup du personnage malodorant, on peut toujours juger l’intrigue mince et convenue, les situations invraisemblables, la morale douteuse, rien n’y fait : on se surprend à rire, à applaudir, à souhaiter que le spectacle dure, continue, recommence, bref à s’amuser, tout autant que semblent le faire les acteurs emportés par le rythme et l’allégresse de la farce.

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