La jeune fille au cinéma. Entretien avec Zeynep Jouvenaux, programmatrice au Forum des images

Zeynep Jouvenaux, Forum des images

Zeynep Jouvenaux

Le Forum des images, à Paris, consacre une partie de son été à programmer des films autour du thème de la jeune fille. Il ne s’agit pas de montrer l’intérêt narratif d’un personnage, mais surtout de questionner la place donnée à la jeune fille dans la société et de discuter la façon dont le cinéma s’en empare.

L’éventail est large, du film d’horreur au film naturaliste, du film d’auteur au film hollywoodien. Malgré ces différences, des questions récurrentes s’imposent, qui touchent à l’ordre social que la jeune fille assume ou remet en question, à l’identité féminine dont le cinéma montre comment elle peut être induite par les représentations sociales et révéler la fabrication des stéréotypes.

L’âge de la jeune fille renvoie alors à des questions d’affirmation, de reconnaissance du féminin et de transmission. Entre secret et sauvagerie, conscience et apprentissage, revendication et passage de relais, la figure de jeune fille est une figure de transformation et de création.

Zeynep Jouvenaux, la programmatrice de ce cycle, nous parle de ce qui l’a guidé dans ses choix et des questions auxquelles sa programmation ouvre.

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L’humour, valeur nationale : mallette théorique pour interventions pédagogiques

"Projet de costume pour MM. les journalistes", par André Gill, "L'Éclipse, janvier 1870

« Projet de costume pour MM. les journalistes », par André Gill, « L’Éclipse, 23 janvier 1870

Quelles valeurs enseigner dans l’école de la République ? S’en tient-on à la devise républicaine ? Faut-il lui ajouter tout ce qui est à même de fonder une unité nationale ?

À ces questions qui taraudaient déjà bien des enseignants et qui deviennent l’incontournable de l’après 11 janvier, le rassemblement national a sans doute apporté une réponse inattendue, très visible aux yeux des enfants et des adolescents, en étalant sur tous les écrans un mélange détonant de drapeaux tricolores et de caricatures de Charlie Hebdo.

Dans la solennité du moment, l’effroi des horreurs perpétrées, la sidération de la conscience citoyenne blessée, l’humour a pointé régulièrement le bout de son nez, jusqu’à se faire reconnaître comme valeur nationale.

Que faut-il faire d’une telle évidence : l’« esprit » français réunit les foules et fait chanter la Marseillaise ?

Dans toutes ses déclinaisons, de Rivarol à Groland, il semble pouvoir nous unir, être à même de tracer un pont entre le passé et l’avenir, un avenir que l’on voudrait le plus radieux possible pour la génération des petits manifestants en patinette, qui est aussi celle de jeunes téléspectateurs tourmentés par la perplexité ou la colère des adultes, et qui ne savent pas comment comprendre ces dessins humoristiques qui n’étaient pas pour eux et qu’ils doivent dissocier des insultes.

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« La Place Royale » et « Sophonisbe », de Corneille, dans une mise en scène de Brigitte Jaques-Wajeman, sur France Culture

"La mort de Sophonisbe", par Giambattista Pittoni (1687-1767)

« La mort de Sophonisbe », par Giambattista Pittoni (1687-1767)

France Culture diffuse le dimanche 7 décembre 2014, à 21 h, deux pièces rarement interprétées de Corneille, mises en scènes par Brigitte Jaques-Wajeman : La Place Royale ou l’Amoureux extravagant, comédie en cinq actes (1634) et Sophonisbe, tragédie représentée pour la première fois en 1663.

La première a été enregistrée en public, la seconde en studio et peut être podcastée (voir en note).

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Épreuve de littérature en terminale L : « Lorenzaccio », de Musset. Proposition de corrigé

Alfons Mucha, "Lorenzaccio", 1896Le sujet national des épreuves de littérature en terminale L a pris appui, cette année, sur le domaine d’étude « Lire écrire publier » et invité les candidats à réfléchir sur le drame de Musset, Lorenzaccio.

Les deux questions bien ciblées visaient à faire mettre en œuvre les connaissances liées au domaine d’étude.

Notre proposition de corrigé se veut une réponse « réaliste » dans la mesure où il a été effectué dans les conditions de l’examen. Le lecteur voudra donc bien nous pardonner l’imprécision de certaines références

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Contrepoint : « Les Garçons et Guillaume, à table! » de Guillaume Gallienne

"Les garçons et Guillaume, à table!" de Guillaume GalienneIl faut bien le reconnaître : la transposition au cinéma par Guillaume Gallienne du spectacle qu’il donna sur scène il y a peu se révèle décevante.

Malgré une critique bienveillante voire louangeuse, malgré les vivats de Cannes en mai dernier et malgré une promotion savamment orchestrée.

Les Garçons et Guillaume, à table ! repose sur une idée astucieuse, ambitieuse même – comment un garçon, programmé pour être fille, reconquiert sa masculinité –, mais manque des qualités qui constituent un film : une intrigue, une construction cohérente, des personnages consistants, une utilisation pertinente des ressources de l’image.

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« Les Garçons et Guillaume, à table ! », de Guillaume Gallienne

"Les garçons et Guillaume, à table!" de Guillaume GalienneÀ 41 ans, Guillaume Gallienne est sociétaire de la Comédie-Française, acteur de cinéma et de télévision, lecteur de grands textes classiques, animateur d’émissions télévisées. En 2011, il a aidé le chorégraphe russe Alexeï Ratmansky à adapter Illusions perdues d’Honoré de Balzac pour le ballet du Bolchoï, spectacle qui est invité à l’Opéra de Paris à partir du 4 janvier 2014. On l’a vu en mai et juin derniers au théâtre du Vieux-Colombier exceller dans le rôle d’Oblomov, le personnage inventé par l’auteur russe Ivan Gontcharov, dans la mise en scène fine et drôle de Volodia Serre.

Au même moment, il présentait au festival de Cannes l’adaptation cinématographique d’un spectacle intimiste intitulé Les Garçons et Guillaume, à table !, qu’il avait écrit en 2008 avec Claude Mathieu, et dans lequel il racontait avec humour son enfance, son éducation et les traumatismes qu’elle avait pu engendrer.

Dans cette comédie autobiographique, il explique en effet que, sa mère ne le traitant pas comme ses frères, il a cru ne pas être un garçon comme eux. Ainsi poussé à « faire la fille », il a eu une dépression nerveuse à l’âge de douze ans.

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« Le garçon incassable », de Florence Seyvos, prix Renaudot poche 2014

florence-seyvos-le-garcon-incassableFragiles et invulnérables

À  la toute fin du récit écrit par Florence Seyvos, un enfant va naître. Le dernier mot du livre est aussi le vœu de la mère : que cet enfant soit incassable.

Elle-même est une inquiète, une craintive perpétuelle qui ose à peine traverser la rue pour s’acheter une cannette. Elle voudrait donc un fils incassable, comme l’étaient, à leur manière, Henri, son demi-frère, et Buster Keaton, le cinéaste et acteur, dont la légende voulait qu’il ne sourie jamais.

Le Garçon incassable est l’histoire parallèle de ces deux hommes.

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Le proverbe chez Musset : l’aboutissement d’un genre théâtral

alfred-de-mussetAu programme de l’agrégation de lettres 2012-2013, le XIXe siècle est représenté par trois pièces d’Alfred de Musset, dont les titres, On ne badine pas avec l’amour, Il ne faut jurer de rien et Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée, résonnent à l’évidence comme autant de proverbes. 

De fait, ce dernier terme désignait alors, outre son sens courant toujours actuel de vérité générale d’expérience ou conseil de sagesse pratique, un genre dramatique mis à la mode dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.
Si Musset reprend explicitement ce genre, comme en témoigne le titre Comédies et Proverbes regroupant ses principales pièces, il le transforme considérablement pour aboutir à son épanouissement.

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