L’enseignement de la colonisation et de la décolonisation et la lutte contre le racisme et les discriminations à l’école

Almanach du Petit Colon algérien, 1893

Almanach du Petit Colon algérien, 1893

Cet article a été écrit avant les attentats du 13 novembre dernier, pour l’université populaire organisée par la Maison des potes sur la question de la lutte contre le racisme. Les attentats ont bien entendu bouleversé la donne.

Depuis, beaucoup de prises de position, de tentatives d’explication, de décisions ont été adoptées. Il convient effectivement de répondre à certaines causes urgentes mais aussi de continuer à réfléchir sur d’autres facteurs profonds, directs et indirects.

Tahar Ben Jelloun, dans un article intitulé « Le terrorisme expliqué aux enfants », publié dans Le Monde daté du 28 novembre, insistait en conclusion sur la nécessité de lutter contre le racisme à l’école :

« La sécurité garantie à cent pour cent n’existe pas. Il y a le travail immédiat que fait la police, qui est nécessaire et très important, et puis il y a l’éducation sur le long terme. L’école doit intégrer dans ses programmes la lutte contre le racisme qui est souvent à la base de l’intolérance et du fanatisme qui se traduisent, dans la réalité, par l’exercice du mal absolu. »

Cet article voudrait essayer de donner quelques pistes pour aller dans ce sens. Elles sont bien entendu non exhaustives : il existe beaucoup d’autres manières pour lutter contre ce fléau. Je n’ai fait qu’évoquer celles que je connais le mieux.

Continuer la lecture

« Les Prépondérants », d’Hédi Kaddour

"Les Prépondérants", d'Hédi KaddourOn est à Nahbès, au début des années 1920. La petite ville d’un pays du Maghreb, qu’on n’aura aucune peine à se représenter, est bouleversée par l’arrivée d’une équipe venue de Hollywood.

Neil Daintree, cinéaste aux nombreux succès, tourne là un film exotique. La vedette principale est sa femme, Kathryn Bishop ; l’acteur principal, une sorte de double de Valentino, se nomme Francis Cavarro.

En ces temps-là, la ville se divise en deux : d’un côté les locaux, avec Si Ahmed, caïd nommé par les autorités, son fils Raouf qui vient d’être reçu au baccalauréat, et toute une population composée de strates sociales soumises aux règles imposées par les « prépondérants ».

Ces derniers vivent entre eux, sont maîtres de l’essentiel, méprisent les indigènes qu’ils exploitent. Certains se dégagent un peu de l’ensemble, comme Ganthier. Il est le plus gros propriétaire de la région, négocie avec Rania, jeune veuve venue de la capitale dans cette ville, pour enrichir encore ses possessions. Il a fait la guerre dans les tranchées, en est revenu marqué mais pas amer, et on lui connaît surtout un lien solide : celui qu’il entretient avec Kid, son chien.

Le tournage du film attire également de nombreux curieux, ainsi que la journaliste Gabrielle Conti, amie de Rania, et bientôt dans la ligne de mire de Ganthier.
Continuer la lecture

« Le Premier Homme », de Gianni Amelio, d’après Albert Camus

gianni-amelio-le-premier-hommeÀ la mort d’Albert Camus, le 4 janvier 1960, un manuscrit a été retrouvé dans la voiture accidentée de Michel Gallimard, un projet de roman autobiographique en trois parties dont la deuxième aurait été intitulée Le Premier Homme.

Il retrace la naissance en Algérie de Jacques Cormery, son alter ego, la visite qu’il fait, à quarante ans, à la tombe de son père mort en 1914, soit six mois après sa venue au monde, son adolescence dominée par l’image de la mère.

Ce texte inachevé, lacunaire, sans doute plus personnel que Camus ne l’aurait voulu, le cinéaste Gianni Amelio l’a mis en images. Réalisateur classique, à la fois analyste politique et psychologique, il a lui aussi été élevé par sa mère et sa grand-mère. Il a obtenu le succès avec des films tels que Il Ladro di bambini (Les Enfants volés, 1992), Lamerica (1994) ou La stella che non c’è (L’Étoile imaginaire, 2006) et traite depuis ses débuts les thèmes qui sont au cœur de ce roman : la misère, l’enfance, la paternité et l’opposition Nord-Sud.

Continuer la lecture