« Bande de filles », de Céline Sciamma

"Bandes de filles", d'Élise SciammaLe titre est trompeur. Il y a bien une bande de filles que filme Céline Sciamma : elle est constituée par trois adolescentes, Lady qui en est le centre, Fily et Adiatou. Lorsque Marieme se retrouve seule, désœuvrée, en butte contre l’institution scolaire, elle se décide à les rejoindre.

En même temps qu’un nouveau prénom (Vic), elle s’efforce d’acquérir confiance en soi, agressivité, aisance, féminité. Lady est alors un modèle plus qu’une amie. Marieme, d’ailleurs, ne voit pas dans son amie les parts d’ombre et de vulnérabilité. Elle recherche d’abord un moyen pour conquérir une volonté d’affirmation et d’estime de soi.

Pourtant, cette bande n’est pas l’unique objet du film. Les quatre personnages ne sont absolument pas placés sur un pied d’égalité devant la représentation.

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« Chant furieux », de Philippe Bordas : chanter le héros

"Chant furieux", de Philippe BordasDans Chant furieux, la musique et l’idée d’extrémité propre à la furie, dans l’étymologie sont mêlées.

Ce titre, celui du premier roman de Philippe Bordas, photographe et déjà auteur de Forcenés, livre autour du vélo, chante des héros d’aujourd’hui, les « zoniers », et l’un d’entre eux, entré en pleine lumière, Zidane.

L’aède se nomme Mémos, il est né dans la banlieue nord de Paris, comme le footballeur dans le quartier de la Castellane à Marseille. Le roman raconte les cent jours qui séparent l’ultime match d’  » El Zid » au Real Madrid et la finale de la Coupe du monde à Berlin.

Ce soir-là, Zidane qui a conduit son équipe au sommet, risque le geste le plus difficile pour marquer un penalty et réussit avec une parfaite désinvolture cette « panenka ». Il sort sur un carton rouge après un geste rageur qui marquera cette soirée : on se rappelle plus ce coup de boule que la victoire italienne. Zidane aura vécu jusqu’à l’extrême ce dernier moment.

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« Le Bleu des abeilles », de Laura Alcoba

"Le Bleu des abeilles"; de Laura AlcobaDe La Plata au Blanc-Mesnil

En 2007 paraissait Manège, Petite histoire argentine, un court roman de Laura Alcoba qui mettait en scène la narratrice, enfant, dans l’Argentine en crise des années soixante-dix. On était à quelques mois du coup d’État qui conduirait Videla et ses comparses au pouvoir et plongerait le peuple argentin dans une période de violence.

L’enfant qui racontait, était fille de militants révolutionnaires ; son père était en prison, sa mère et elle vivaient dans la clandestinité, à La Plata.

Fausse identité, silence, nécessité de se cacher et de changer de refuge, ce roman décrivait tous ces tourments du point de vue de l’enfant qui ne comprend pas toujours, mais qui obéit aux strictes consignes des adultes. Le récit qui en résultait avait une forme d’innocence ou de naïveté qui mettait à distance une réalité sans doute moins légère qu’il y paraissait.

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