« Fairyland. Un poète homosexuel et sa fille à San Francisco dans les années 70 », d’Alysia Abbott, aux Éditions Globe

« Fairyland. Un poète homosexuel et sa fille à San Francisco dans les années 70 » d’Alysia Abbott, aux Éditions GlobeDans Fairyland, Alysia Abbott relate ses vingt premières années auprès de son père, le poète militant homosexuel Steve Abbott, mort du sida en 1993. Son livre, marqué par le deuil, s’ouvre sur celui de sa mère alors qu’elle est une petite enfant.

Fairyland est un témoignage sensible habité par l’amour, mais sans aucun pathos. C’est aussi une chronique des premières années du sida à San Francisco. Une « féerie » rose et noire.

Comment définir Fairyland ? Ce livre est à la croisée de tellement de chemins qu’on est immanquablement condamné à faire fausse route en le catégorisant. Certes il s’agit bien de la biographie du poète et journaliste homosexuel Steve Abbott par sa fille Alysia Abbott. Dis comme ça, c’est un peu sec. On peut tout aussi bien l’aborder comme la chronique documentée du San Francisco gay de l’après « summer of love » jusqu’aux ravages du sida. C’est insuffisant.

C’est surtout le récit, parfaitement traduit par Nicolas Richard, d’un amour profond entre un père et sa fille. Qualifier cet amour de filial est bien réducteur. Ne pas le nommer, ne pas le définir, ne pas le restreindre permet à Alysia de le garder bien vivant. Ce livre est vivant.

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Modiano, émule de Proust ou de Balzac ?

Plan du métro parisien en 1950Le dernier roman de Patrick Modiano, Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, commence comme un roman policier et se transforme insensiblement en investigation sur le passé du narrateur, qui ressemble à l’auteur comme un frère.

Jean Daragane en a les habitudes, les craintes, les manies. Romancier, il est en train d’écrire un roman sans titre, feint d’écrire une monographie sur Saint-Leu-la-Forêt et se consacre surtout à fouiller dans sa mémoire pour y retrouver des souvenirs presque complètement oubliés que lui rappellent les deux étranges visiteurs venus lui rendre son carnet d’adresses.

Autobiographie déguisée ou autodérision ? Mise en abyme, mise en boîte, mise en demeure. Un nom disparu de sa mémoire va le mener de proche en proche à une série d’autres noms de gens qui ont tous tenu un rôle dans sa vie. Jouant sur ces noms – calembours, anagrammes, emprunts à l’histoire (Führer) ou à la littérature –, comme sur ceux des lieux évoqués, il écrit un nouveau paragraphe de son « pedigree », dessine la cartographie d’une existence fantomatique qui a été la sienne dans les années 1950, 1960, 1980 et 2000.

 

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« Mécanismes de survie en milieu hostile », d’Olivia Rosenthal : se rendre visible

Olivia Rosenthal, "Mécanismes de survie en milieu hostile"

« La fuite », « La traque », « Le retour » : voici trois titres de chapitre de Mécanismes de survie en milieu hostile, dernier livre d’Olivia Rosenthal.

Ils ouvrent des voies, proposent des lectures, des références à une réalité quotidienne vécue par des millions d’humains sur la planète.

On pourrait leur opposer « Dans la maison » ou « Mes amis », les chapitres avec lesquels ils alternent. À ceci près que la maison peut être un de ces milieux hostiles évoqués par le titre, et que développer des mécanismes de survie s’y impose comme lors d’une fuite ou d’une traque.

Pour qui a lu, par exemple, Que font les rennes après Noël, du même auteur, on sait que la famille, et en particulier la mère de famille, oblige parfois à survivre…

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Enseigner le génocide des Tutsi au Rwanda, du collège à l’université

Enseigner le génocide des Tutsis au Rwanda

Le génocide des Tutsi au Rwanda de 1994, dont on vient de commémorer les vingt ans, est l’occasion de s’interroger sur ses représentations et son enseignement, en France notamment.

Les programmes d’histoire récents (classes préparatoires de CAP – BOÉN numéro 8 du 25 février 2010) font une place explicite à l’événement et à la démarche comparatiste qui permet de rendre compte des caractéristiques propres à une politique génocidaire dans une perspective citoyenne. Ils ouvrent ainsi la possibilité d’étudier en parallèle les génocides des Arméniens, des Juifs et des Tutsi, en soulignant leurs points communs mais aussi leurs différences.

Le programme de la classe de terminale du baccalauréat professionnel (BOÉN numéro 2 du 19 février 2009) mentionne explicitement le Rwanda dans le cadre du cours « Le monde depuis le tournant des années 1990 » : « On insiste sur les crises qui marquent le début de cette nouvelles période : génocides en Afrique et en Europe – Rwanda, Srebrenica. »

Mais qu’en est-il de la réalité de cet enseignement dans les classes françaises, y compris dans d’autres disciplines que l’histoire ? En philosophie, et bien sûr en français, où la réflexion sur le monde des valeurs est au cœur des programmes du collège et du lycée par la lecture des textes ainsi que par l’analyse du discours (notamment du discours argumentatif de la troisième à la première).

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Photographie : « Au doigt et à l’œil », de Françoise Huguier

"Au doigt et à l'œil. Autoportrait d'une photographe", de Françoise HuguierUn angle décalé

Du 4 juin au 31 août, la Maison européenne de la photographie propose une exposition des travaux réalisés par Françoise Huguier. Si l’image est son moyen d’expression favori, elle sait aussi raconter et on en jugera en lisant Au doigt et à l’œil, autoportrait qu’elle a écrit en échangeant avec Valérie Dereux.

Vivant parce que Françoise Huguier a mené et mène une existence passionnante, digne parfois d’un roman d’aventures. Tout commence dans la forêt indochinoise. Elle a huit ans, son père dirige une plantation au début de la guerre d’Indochine.

Elle et son frère se font enlever par le Viet-Minh et conduire au Cambodge. Ils seront otages huit mois, dans des conditions très difficiles. Puis libérée, l’enfant entre chez les Sœurs, à Brunoy. La chance veut que cette institution religieuse applique la pédagogie Montessori et enseigne à la jeune fille à apprendre, à s’organiser de façon autonome et à entretenir son esprit critique. Ce qu’elle ne manquera jamais de faire.

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De nouveaux outils pour les lycées professionnels et les sections de BTS

Éditions GlobeÀ  l’occasion de l’inauguration de l’Espace professeurs du site des éditions Globe (groupe l’école des loisirs), et en partenariat avec l’École des lettres, une après-midi de formation sur l’aide que peuvent apporter en cours certains des titres des éditions Globe a été organisée à Paris le 9 avril 2014.

L’histoire d’un passionné d’électronique qui bouleversa le monde de l’informatique, l’épopée d’un jeune apprenti devenu le chef le plus étoilé au monde, le portrait d’un génie des maths formé à l’école soviétique… Autant de sujets forts qui vous aideront à établir des échanges productifs avec vos élèves et étudiants.

Delphine Martel, professeur de lettres certifié, a présenté le déroulement de séquences mineures ou majeures développées et testées avec des élèves de classes de différents niveaux autour de deux titres : Dans la tête d’un génie, de Macha Gessen et Une éolienne en Afrique, de William Kamkwamba.

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Édouard Louis, « En finir avec Eddy Bellegueule »

Édouard Louis, "En finir avec Eddy Bellegueule"Fuir

Le sentiment de honte est peut-être ce qui distingue et honore les humains. Qui l’éprouve a conscience d’être et d’avoir une place. Ce mot apparaît, à des titres bien différents, chez Primo Levi, Annie Ernaux, Tiphaine Samoyault , et désormais Édouard Louis.

Ce très jeune écrivain publie son premier roman, En finir avec Eddy Bellegueule. Le texte est impressionnant, dès sa scène inaugurale. Un jeune collégien se fait cracher dessus par deux garçons dans un couloir. Il se fait insulter et on lui demande brutalement si c’est lui le « pédé ».

Dès lors, il est l’autre, dans un univers clos qui, telle une poupée russe, enferme un autre univers clos, etc. La Picardie, le village, le collège, voici ce qui constituera le cadre dans lequel se débattra Eddy avant de fuir. Ce verbe à l’infinitif que se répète le jeune garçon comme une injonction fera l’objet de la seconde partie du roman.

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Des séquences inédites et des « récits de vie » pour les lycées professionnels et pour les classes de BTS

Éditions GlobeL’histoire d’un passionné d’électronique qui bouleversa le monde de l’informatique, l’épopée d’un jeune apprenti devenu le chef le plus étoilé au monde, le portrait d’un génie des maths formé à l’école soviétique ou encore les success-stories d’adolescents ayant arrêté l’école pour entreprendre un apprentissage

Dédié aux publics des lycées professionnels et des classes de BTS, Globe est un département éditorial de l’école des loisirs – maison d’édition indépendante dont bien des titres sont recommandés par le ministère de l’Éducation nationale.

Cette « littérature du réel », qui traite des sujets d’actualité dans un style alerte, favorisera des échanges productifs entre professeurs et élèves, mais permettra aussi d’établir des liens transversaux avec les matières scientifiques, l’histoire-géographie et, bien évidemment, avec les matières techniques.

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