Le yin et le gang : « A Most Violent Year », de J.C. Chandor

"A most violent year", de J.-C. ChandorA Most Violent Year (2014) est un thriller feutré, accessoirement un film en costumes d’une certaine manière – avec des moments de concentré de violence qui constituent la grande réussite de son scénario : il s’agit de scander la marche des personnages vers leur accomplissement de moments ou d’instants qui les révèlent pour ce qu’ils sont vraiment.

Ainsi Abel (allusion biblique, et on notera que l’étymologie de ce nom en appelle aux notions de « souffle » ou d’« existence précaire » –  l’ironie n’étant jamais totalement absente du propos de J.C. Chandor, fût-ce au milieu d’une tragédie), ainsi Abel s’adapte-t-il lui aussi aux circonstances, en dépit de son discours… Il est comme tout le monde, à commencer par le procureur, dont on pressent qu’il est plus corrompu encore peut-être que tous les autres – car insidieusement, politique oblige.

En fait, ce qui frappe dans A Most Violent Year, c’est l’absence de liberté dans un pays qui se proclame le chantre de la libre entreprise. Chandor propose une vision très pessimiste du libéralisme : la lutte de tous contre tous. Ce n’est pas nécessairement une mafia extérieure qui gangrène le système. Les voleurs agissent isolés, de tout-petits commerçants, ou petits artisans du crime si vous préférez (trois morts violentes « seulement » dans le film, par accident et par suicide). Mais on trouve immanquablement à qui revendre la marchandise.

Tous coupables (souvenir du Cercle rouge de Melville), au moins potentiellement puisque nous ne connaîtrons pas les coupables – pour une raison assez simple, mais je ne peux vous en dire plus.

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Cinéma et littérature : « Briser la ligne du temps ». Entretien avec Éric Vuillard

Éric Vuillard, "Tristesse de la terre"Éric Vuillard vient de publier Tristesse de la terreUne histoire de Buffalo Bill Cody. Ce récit s’éloigne des lieux que la littérature française a l’habitude d’emprunter en se tournant vers l’Amérique, celle des Indiens, du spectacle, celle qui réécrit sa légende et qui s’efforce de la rendre matérielle.

Il s’approprie par la littérature et par l’utilisation de la photographie ce qui était venu jusqu’à nous le plus souvent par les moyens du cinéma. Son film, Mateo Falcone, vient d’être distribué. Bien qu’il puisse se présenter comme une adaptation, il s’agit avant tout d’une expérience singulière de spectateur, où se retrouvent la violence et la contemplation.

Le western est présent ici, comme une façon de s’approcher au plus près de ce récit aux allures de mythe, et d’un regard d’enfant.

Ces questions d’image, d’enfance et de création sont au cœur de cet entretien.

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« La Valse des pantins », de Martin Scorsese

"La Valse des pantins", de Martin ScorseseQuand le rire se fige

Truffaut expliquait que son plaisir était de voir les films sur grand écran avant de les revoir sur son écran de télévision et, alors, en cassette vidéo. Aujourd’hui, on dirait autrement mais l’idée reste la même et un support numérique aide à retrouver une émotion, un plaisir, ou à remettre en perspective un film. C’est le cas avec ce DVD.

Dans les suppléments de La Valse des pantins – King of comedy en anglais – Thelma Schoonmaker ,qui a monté la plupart des films de Scorsese, raconte comment elle travaille avec le metteur en scène, très soucieux du montage. Selon elle, les grands cinéastes sont des monteurs dans l’âme, et Scorsese, comme Eisenstein ou Hitchcock en est un : il pense en monteur.

Un écran de télévision branché sur TCM, la chaîne américaine diffusant des classiques, est allumée en permanence, son coupé. Et tandis qu’ils travaillent sur leur film, Scorsese jette des coups d’œil sur cet écran, et attire l’attention de sa monteuse sur tel plan, tel autre, tel effet. Le cinéaste ne cesse d’être cinéphile. Celles et ceux qui ont vu Voyage à Hollywood puis Voyage en Italie le savent, et se régalent à l’entendre et à le voir commenter les films.

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L’épave de la « Santa Maria » aurait été retrouvée après lecture du journal de bord de Christophe Colomb

"La Découverte de l'Amérique", de Christophe Colomb, "Classiques abrégés"Une équipe d’archéologues sous-marins américains pense avoir retrouvé au nord des côtes d’Haïti l’épave de la caravelle à bord de laquelle Christophe Colomb a découvert l’Amérique.

En 1492, le navigateur avait accosté sur les côtes caribéennes  avec trois navires : la Nina, la Pinta et la Santa Maria, le navire amiral qui avait sombré après la découverte des Bahamas.

«Tous les indices géographiques, topographiques et archéologiques suggèrent fortement que cette épave est bien celle de la Santa Maria», a déclaré Barry Clifford, responsable de la mission de reconnaissance.

C’est la lecture des récits de voyage de Colomb qui a permis cette localisation de l’épave. Ceux-ci ont été récemment édités dans la collection «Classiques abrégés» sous le titre La Découverte de l’Amérique.

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