« Madame Bovary » selon Vincente Minnelli et Claude Chabrol

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Deux regards sur Emma Bovary

Adapter Madame Bovary pose plusieurs problèmes au scénariste et au cinéaste. Le premier tient au statut particulier du roman. Il fait partie des œuvres canoniques de la littérature française. Non seulement il est l’emblème d’une construction romanesque typique du XIXe siècle, mais le scandale qui a suivi sa parution et le procès de Flaubert en ont fait, à l’instar des Fleurs du Mal, un exemple des tensions entre l’invention littéraire et l’acceptation sociale, entre la singularité du destin d’un personnage et les conservatismes que ce destin met en lumière.

Cet aspect patrimonial rend la question récurrente de la fidélité de l’adaptation plus difficile et incite à la dévotion : Madame Bovary prend en charge une part de la France et de son histoire. Lorsque Claude Chabrol, qui s’est passionné pour mettre en images les ombres de la bourgeoisie française, s’empare du roman, il veut précisément aller le plus loin possible dans la fidélité au roman : faire entendre le style, être au plus près des métaphores et des nuances.

Lorsque c’est un cinéaste hollywoodien comme Vincente Minnelli qui travaille sur ce roman, dans un contexte de création marqué par les censures du code Hays et des règles de pudeur et de litotes, c’est une vision du caractère d’Emma qui le guide.

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Au sommaire de « l’École des lettres », 2, 2015-2016

1_4_couverture_2-2015-2016_couv.1_4L’École des lettres poursuit dans son numéro 2, d’octobre-novembre 2015, l’exploration de la création contem-poraine, et présente des œuvres marquantes accessibles aux élèves – bande dessinée, romans, films – qui permettent, notamment, une réflexion distanciée sur les grands thèmes de société qui font la une des médias.

L’accent est également mis sur la redécouverte d’un classique, Frankenstein, de Mary Shelley, dont une nouvelle adaptation cinématographique sera prochainement dans les salles.

2016 constituera le deuxième temps fort des commémorations de la Première Guerre mondiale : l’École des lettres s’associera dans une prochaine livraison à ces manifestations, qui mobilisent de nombreux établissements, en présentant des analyses d’œuvres qui évoquent cette période.

La langue française évolue, mais quels usages suivre, et comment l’enseigner ? Quatre essais pour faire le point sur le sujet, sans omettre, au-delà de l’école, la question de l’alphabétisation en entreprise et la situation de ces « gens qu’on voit mais qu’on ne regarde pas »…

Comment prendre en charge sa première classe ? De quelle manière concevoir une progression annuelle ? Ces questions sont abordées avec, en toile de fond, une réflexion sur la réforme du collège applicable en 2016 – sur laquelle vos avis sont bien sûr très attendus.

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« Suite française », de Saul Dibb, d’après Irène Némirovsky. De la réalité romancée à la reconstitution filmée

"Suite française", de Saul Dibb, d’après Irène NémirovskyLe destin du roman d’Irène Némirovsky, Suite française, est aussi extraordinaire que celui de son auteur, juive russe née à Kiev en février 1903, immigrée en France en 1919, devenue romancière à succès et égérie littéraire de Tristan Bernard ou d’Henri de Régnier.

Mariée au banquier Michel Epstein, elle est baptisée en 1939, mais l’État lui refuse la naturalisation. Victime des lois antisémites promulguées en octobre 1940 par le gouvernement de Vichy, le couple ne peut plus travailler.

On peut se demander pourquoi Irène écrit dans les hebdomadaires de droite comme Candide ou Gringoire. De façon assez troublante, l’image qu’elle donne des juifs est plutôt défavorable. Faut-il l’attribuer à la haine de soi, analysée par Lessing, ou, comme le soutient Myriam Anissimov, dans son introduction à l’édition Denoël de Suite française, à une absence de choix devant la situation faite aux juifs en France ?

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« Oz », de Lyman Frank Baum

"Le Magicien d'Oz", suivi du "Merveilleux pays d'Oz", de Lyman Frank BaumDorothée est une jeune orpheline qui habite le Kansas. Emportée par Un cyclone en compagnie de son chien, elle atterrit avec sa maison dans un étrange pays, écrasant au passage la méchante sorcière de l’Est.

Désireuse de rentrer chez elle, Dorothée prend conseil auprès de la (gentille) sorcière du Nord, qui lui recommande d’aller trouver le puissant magicien d’Oz dans la cité d’émeraude.

Publié en 1900, Le Magicien d’Oz, de l’écrivain américain Lyman Frank Baum, illustré par William Wallace Denslow, a d’emblée connu un énorme succès conforté par de nombreuses adaptations – comédies musicales et versions cinématographiques.

On a tout écrit sur Oz: apologie du communisme, métaphore d’un monde en crise dans lequel la cité d’émeraude aurait la couleur du billet vert, et même… opération de contrôle des esprits orchestrée par les Illuminati ! Comment mieux dire l’influence d’un livre pour enfants ? Lyman Frank Baum, lui, avouait seulement avoir voulu écrire un conte dans la lignée de ceux des frères Grimm et de Hans Christian Andersen, mais d’où serait bannie toute « morale terrifiante »…

Quant à ces deux lettres, «Oz », qui ont tant fait couler d’encre, il les aurait lues sur le dernier tiroir du classeur posé sur son bureau : premier tiroir : A-G ; deuxième tiroir : H-N ; troisième tiroir… O-Z.

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