« Samuel de Champlain, fondateur de la Nouvelle France », par Cécile Gagnon et Jean-Pierre Tusseau

Cécile Gagnon et jean-Pierre Tusseau, "Samuel de Champlain fondateur de la Nouvelle-France"

 

En France, Samuel de Champlain est un nom qu’on associe vaguement au Québec et dont on situe plus ou moins bien l’histoire aux débuts du XVIIe siècle.

Le petit ouvrage de Cécile Gagnon et Jean-Pierre Tusseau, Samuel de Champlain, fondateur de la Nouvelle-France aura le mérite de préciser l’itinéraire, l’aura et la ténacité de cette figure exemplaire d’aventurier idéaliste dont le parcours a déjà été étudié dans les pages de l’École des lettres.

 

Les premiers voyages

Si son acte de baptême et donc la date de sa naissance a disparu avec les fumées de l’histoire, on situe généralement sa naissance entre 1570 et 1580. Son premier grand voyage à lieu en 1599 : il accompagne son oncle Allène vers les « Indes occidentales » (Les Antilles et le Mexique). Il affinera, au cours de ce périple, ses talents de dessinateur et rapporte de l’expédition un récit de voyage. Au retour de cette expédition, il rencontre le roi qui lui confie la mission d’accompagner François Gravé du Pont à la recherche d’un passage vers la Chine en passant par l’Ouest.

C’est ainsi qu’il découvre pour la première fois le Canada. Le bateau amarré à Tadoussac, nos explorateurs remontent le « Canada » (le Saint-Laurent) jusqu’aux rapides de Lachine estimés infranchissables. Ils ont reconstitué l’épopée de Jacques Cartier et l’imagination du jeune Champlain s’enflamme pour les récits des indigènes qui lui décrivent une Acadie conforme à ses rêves, lui laissant entrevoir le passage tant recherche pour la Chine.

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Le rêve d’une Nouvelle France

De retour en France, il n’aura qu’une obsession : convaincre le roi de fonder une colonie dans cette Acadie mythique. Le récit qu’il a rapporté de ses précédentes explorations (Des Sauvages) a enthousiasmé le roi. Une nouvelle expédition est montée qui vise un peu plus au sud et permettra de reconnaître les territoires de l’actuelle Nouvelle Écosse.

Portrait présumé de Samuel de Champlain par Théophile Hamel (1870)

Portrait présumé de Samuel de Champlain par Théophile Hamel (1870)

Champlain cartographie, dessine, remplit ses carnets de notes. Mais l’hiver 1604 surprend les expéditionnaires sur l’île de Port Royal. Mal préparés aux rudesses du climat les compagnons de Champlain succombent aux assauts du froid : « Des 79 que nous étions, il en mourut trente cinq ».

L’optimisme de Champlain semble inaltérable. Et alors que ses compagnons rentrent en France, il reste poursuivant son œuvre d’exploration participant, avec quelques colons, à la création d’un théâtre, « Le Théâtre de Neptune », d’un club social et gastronomique.

Revenu au pays en 1607, il plaide pour l’établissement d’une colonie permanente, faisant miroiter aux rois les richesses naturelles du pays : les forêts, les peaux, les mines. Sully s’oppose à ses projets trop dispendieux, Champlain est toutefois nommé « lieutenant général » et repart en 1608 fonder une petite colonie sur les bords du Saint-Laurent, il s’arrête à un endroit où le fleuve se resserre, un endroit que les indigènes nomment Kebec (rétrécissement des eaux). Il y crée sa fameuse « habitation », vaste construction qui comprend entrepôts divers et lieux de vie.

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Les années aventureuses

Mais les années 1608-1610 sont riches en périls, Champlain échappe à un complot, remonte le Saint-Laurent avec ses alliés Hurons, affronte les Iroquois soutenus par les Anglais et finit par triompher. S’il veut imposer sa colonie, Champlain doit encore retourner en France. Le séjour des 1610 sera marqué par son mariage avec la très jeune Hélène Boullé, fille du secrétaire d’Henri IV, mais aussi par l’assassinat du roi, une péripétie qui rend la pérennité de la colonie hasardeuse. Délaissant la nouvelle épousée, Champlain repart à la conquête de ces terres américaines qui ont ravi son âme, l’année suivante.

Les années 1611-1618 sont parmi les des plus aventureuses et fécondes. S’il commence par donner le nom de « Sainte-Hélène » à cette île où il a le projet de fonder une ville en l’honneur de sa femme, Champlain part en expédition avec ses amis  les «Sauvages », prenant des notes et cartographiant sans répit. Blessé au genou après une algarade avec les Iroquois, au cours de l’hiver 1613, il passe l’hiver chez ses alliés, approfondissant sa connaissance de leur langue et de leurs coutumes, se familiarisant avec leur vision du monde.

Il fait aussi au cours de cette décennie de fréquents séjours en France, espérant toujours obtenir une légitimité plus grande à la présence française. La publication de son Voyage en 1613 n’est pas sans retentissement et engage les premières compagnies de marchands (malouins et rouannais) à fonder et y établir des comptoirs.

 

Carte de la Nouvelle France établie par Samuel de Champlain en 1612 © Bibliothèques et archives du Canada

Carte de la Nouvelle France établie par Samuel de Champlain en 1612 © Bibliothèques et archives du Canada

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Ruines et recommencements

Nommé commandant en titre de la Nouvelle-France par Richelieu en 1620, il entreprend la construction du Fort Saint-Louis et travaille sans relâche à l’expansion de l’influence française jusqu’en 1628 où les Anglais, s’emparent du fort. Champlain revient en Angleterre et, s’apercevant qu’il a été dépossédé de son œuvre alors qu’un traité de paix avait été signé entre les deux puissances, il met tout en œuvre pour récupérer la Nouvelle France.

Ce sera chose faite en 1632. Champlain repart illico, fonde Trois-Rivières, restaure les constructions abandonnées et meurt en 1635, épuisé, héros définitif de la cause française sur le continent américain.

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Le petit récit alerte et pédagogique de Cécile Gagnon et Jean-Pierre Tusseau dresse de Samuel de Champlain le portrait d’un homme énergique, curieux, ouvert et même visionnaire. On comprend qu’il soit devenu pour nos cousins québécois un héros national.

L’ouvrage bref est plutôt destiné à un public scolaire, il comporte de jolies illustrations de style rétro et un dossier utile qui permet de situer l’œuvre du héros de la cause française en Amérique dans les contextes du XVIIe, évoquant ses contemporains ou les difficultés engendrées par les traversées de l’Atlantique.

On y trouve également un extrait de ses Voyages, adaptés récemment par Marie-Hélène Sabard. En ressuscitant cette figure attachante Cécile Gagnon et Jean-Pierre Tusseau font œuvre de mémoire, nous rappelant – nous, peuples français et québécois – le creuset de nos origines communes.

Stéphane Labbe

 

• Cécile Gagnon et Jean-Pierre Tusseau, « Samuel de Champlain, fondateur de la Nouvelle-France », Éditions de l’Isatis, 2014.

Samuel de Champlain, "Voyages", "Classiques abrégés"

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• Champlain, « Voyages », texte modernisé par Marie-Hélène Sabard, « Classiques abrégés », 2008.

Voir l’article de Jean-Pierre Tusseau dans « l’École des lettres » : Relire ou découvrir Samuel de Champlain. Un récit de voyage en 4e.

Cet article, exclusivement réservé aux enseignants, vous sera adressé sur simple demande à courrier@ecoledeslettres.fr.

 

 

 

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