« Une mère », de Stéphane Audeguy. Un horizon de liberté

"Une mère", de Stéphane AudeguyL’élégie est, selon Stéphane Audeguy, « une affection émue ».

C’est le genre qu’il choisit pour évoquer sa mère, morte en juillet 2016. Il n’est pas ici question de sa mort, « mais de sa vie », écrit l’auteur.

Sabine Audeguy n’est pas enfermée dans un tombeau, autre genre littéraire que peut apprécier l’auteur de In mémoriam, paru au Promeneur. Elle trouve une sorte de liberté liée à la forme de ce court récit.

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« Un loup pour l’homme », de Brigitte Giraud

Animal de guerre

« Antoine aurait préféré que Lila ne reste pas sur le quai de la gare. Il l’a dit mais elle n’a pas voulu entendre. Il est debout derrière la vitre, entouré d’autres gars, et il la voit qui reste figée. Il voudrait qu’elle s’en aille, qu’il n’ait pas sous les yeux le regard qui appelle. C’est violent d’aimer dans ces moments-là. »

Cela ressemble aux Parapluies de Cherbourg, lorsque les amants se quittent sur le quai de gare, que des années passent, et qu’il revient, blessé à jamais, porteur d’une cicatrice invisible.

À ceci près que les héros de Un loup pour l’homme ne sont pas longtemps séparés. Lila rejoint Antoine à Sidi Bel Abbès et elle met au monde Lucie, leur petite fille

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« L’Empereur à pied », de Charif Majdalani

"L'Empereur à pied", de Charif MajdalaniÉloge des vies dangereuses

On est au milieu du XIXe siècle, au Liban, et l’homme qui s’avance s’appelle Khanjar Jbeili. Les rares habitants qui le voient arriver le considèrent avec étonnement. Sa veste en peau de chèvre et ses bottes de cavalier le rendent à la fois misérable et superbe. Les amateurs de Cendrars apprécieront cette ouverture qui rappelle L’Or. Certaines figures sont universelles, on le verra ici.

Khanjar deviendra l’Empereur à pied, personnage légendaire et fondateur d’une dynastie dont nous entendrons l’histoire, d’alors jusqu’à nos jours. Le héros imaginé par Charif Majdalani, se situe dans la lignée de Chakib Khattar, chef de clan du Dernier Seigneur de Marsad (2013) et de Skandar Hayek, dans Villa des femmes (2015).

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« Taba-Taba », de Patrick Deville

"Taba Taba", de Patrick DevilleSomme provisoire

Un vaste projet occupe Patrick Deville depuis 2004 : raconter le monde entre 1860 et 1940.

Ainsi pourrait-on résumer ce qu’il entreprend depuis Pura Vida, son roman d’Amérique centrale, jusqu’à Peste et Choléra qui mettait en lumière la figure éminente de Alexandre Yersin, biologiste (entre autres professions qu’il eut) ayant découvert le virus de la peste.

Viva, dernier roman en date, dressait des parallèles entre Trotsky et Lowry, avec pour décor le Mexique, l’une des terres chères au romancier né à Saint-Brévin-les-Pins, au lazaret de Mindin, pour être très précis.

La précision s’impose puisque c’est dans ce lazaret accueillant des « fous » que débute Taba-Taba, son dernier roman.

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Georges Perec, « un contemporain capital posthume »

Partons d’une photo, en couverture de l’album de la « Bibliothèque de la Pléiade », conçu par Claude Burgelin : Georges Perec ouvre grand les yeux, esquisse un petit sourire, a l’air de cet enfant qu’il est resté.

Ses amis et ceux qui l’apprécient le soulignent, il avait conservé l’esprit d’enfance. Il aimait jouer, il aimait les calembours, les mots d’esprit, et ce qui reste de son adolescence dans le fameux Je me souviens, que l’on retrouvera dans le premier tome de la « Pléiade », ce sont les rengaines des années cinquante, les expressions que le temps fige, les mots simples qui prennent des virages imprévus.

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« L’Insurrection de l’âme. Frantz Fanon, vie et mort du guerrier-silex », de Raphaël Confiant

La quatrième de couverture du dernier roman de Raphaël Confiant, L’Insurrection de l’âme. Frantz Fanon, vie et mort du guerrier-silex, présente celui-ci comme l’« autobiographie imaginée d’un Martiniquais dont l’œuvre et la trajectoire marquèrent l’histoire non seulement de l’Algérie et du Tiers-Monde, mais aussi du monde entier : Frantz Fanon, le ”guerrier-silex” comme le définissait son compatriote Aimé Césaire ».

Un sujet et une démarche d’écriture qui intéresseront tous les lecteurs.

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« N’être personne », de Gaëlle Obiégly. Pour se débarrasser de son existence

"N'être personne", de Gaëlle ObiéglyUn vendredi en fin d’après-midi, la narratrice de N’être personne se trouve enfermée dans les toilettes de l’entreprise qui l’emploie comme hôtesse d’accueil. Munie d’un simple stylo-bille et du papier hygiénique dont elle dispose, elle « rumine », songe et écrit les pages qu’on lit.

Sur cette trame très simple, insignifiante, Gaëlle Obiégly écrit un livre qu’on ne saurait classer, entre le reportage, le recueil d’aphorismes, la réflexion sur l’écriture, avec un sens et un goût du coq-à-l’âne, des liens improbables et des digressions qui font de la lecture une activité incessante et vivante.

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